Mot-clé ‘Lagon’

Danse de Gombey pendant la Bermuda Day Parade
Les premiers jours de navigation après les Antilles sont plaisants. Le temps est ensoleillé, ce qui est agréable autant pour nous que pour les batteries du bord dont la charge remonte. Seule la pêche est un peu contrariante, car nous ne cessons de moissonner des sargasses. Au bout de deux jours, notre premier anticyclone nous abandonne et il nous faut subir un passage mou et pluvieux, où l’atmosphère est lourde et la mer chaotique. Le lendemain c’est enfin le front qui passe, nous accueillant sous les latitudes tempérées avec une belle pluie torrentielle ! Comme on avait quitté, peu auparavant, et pour la dernière fois, les tropiques, on se demande si c’était un adieu tropical ou une bienvenue en Atlantique Nord.

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Pendant notre séjour, Heidi grave et colore à notre nom un morceau de bambou pour laisser une trace de notre passage comme tous les autres bateaux.
Les Cocos, ce sont deux atolls (australiens) perdus dans l’Océan Indien, l’un des deux minuscule, l’autre bien plus grand (1 et 8 milles de long respectivement). Ce sont des confettis de terre isolés, plus proches de Sumatra que du continent australien. Et c’est un endroit où se sont déroulés des évènements historiques insoupçonnés pour qui n’en connait pas l’existence. En fait, rares sont les non-Australiens qui en ont entendu parler, mais c’est dans ces eaux méconnues que Fleur de Sel trempe désormais sa quille. Pas si méconnues pour les voiliers, cependant, car les Cocos sont un point névralgique de la transhumance océanique à travers l’Indien.

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Pendant deux jours le vent s’est évanoui, une situation d’autant plus étrange que depuis que nous sommes au Vanuatu les alizés n’ont cessé de souffler sans relâche ou presque. Revoyant notre programme, nous avons décidé d’en profiter pour gagner à l’est, au moteur certes, mais c’est toujours cela de gagné. Quittant Santo, notre première escale fut l’île-volcan d’Ambae, qui a surgi de la brume de chaleur à une dizaine de milles seulement. A noter que vous ne trouverez Ambae que sur les cartes récentes (et donc sur aucune carte marine), où c’est le nom d’Aoba qui est mentionné systématiquement (de même que dans les instructions nautiques américaines pourtant récentes). Nous mouillons à la pointe est, dans une petite baie de sable noir et nous débarquons presque aussitôt après avoir mouillé, car nous ne resterons pas longtemps. Après un atterrissage humide en annexe, nous rencontrons James, qui habite là avec sa famille et celle de son frère. Il nous offre des papayes et des tomates (délicieuses), et nous donne bien-sûr l’autorisation de nous baigner, ce que nous nous empresserons de faire avant la fin de l’après-midi.

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Terre à l'horizon ! Un nouveau pays, un grand moment...
Nous nous étions fixés la date du 30 juin pour terminer de travailler, et en programmant la sortie pour carénage au 1er juillet, cela nous obligeait quelque peu à respecter le timing (en fait il y a quand même eu un peu de retard). Fleur de Sel a donc été hissée au sec sur le travelift de Nouville, et nous avions devant nous une semaine pour gratter la coque et la nettoyer au karcher (une journée qui nous a permis d’ajouter « Brut de Corail » à notre gamme de parfums), la poncer (une autre journée), et la peindre en passant 2 à 4 couches d’antifouling selon les endroits (une journée à chaque fois). Comme nous avons fait recaler le bateau pour pouvoir peindre les endroits préalablement inaccessibles et que la pluie s’est immiscée dans le jeu (ce qui nous donnait le temps de nous occuper des passe-coques à revoir), la semaine prévue a tout juste suffi. Le 8 juillet, Fleur de Sel retrouvait enfin son élément, tandis que Port Moselle nous retrouvait une place pour quelques jours.

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Juste avant de regagner l'abri du lagon, et malgré la grisaille, on voit bien l'usine de Vavouto
Malheureusement le temps n’aura pas été extraordinaire ces derniers jours, mais Fleur de Sel a malgré tout progressé à bonne allure. Hier jeudi, tout d’abord, le réveil s’est fait sous le crachin. Il a fallu chercher la motivation pour se mettre en marche, après avoir compulsé le fichier GRIB, les bulletins de prévisions, les cartes radar et les photos satellites. On y croit, ça doit être faisable, on se lance. En début de matinée, même au-dehors de la passe de Gouaro, le vent est faible. Mais après avoir été chercher la bande nuageuse au large, il monte ensuite progressivement pour bien souffler dans nos voiles. Fleur de Sel taille au large, car sur 80 milles le lagon n’est pas navigable. Alternant les bords de grand-largue, nous passons au large de Poya et de Népoui pour atteindre notre objectif une heure avant le coucher du soleil : la passe de Goyeta. Encore une bonne heure et nous atteignons l’Ile Koniène, pratiquement le seul abri entre Népoui et Voh.

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Maquis minier au Cap N'Dua
Je profite de ces moments de navigation pour vous abreuver avec un premier article d’une petite série. Pour ceux qui ne connaissent pas, et/ou qui ont du mal à comprendre l’environnement dans lequel nous vivons depuis plus d’un an, voici donc un petit précis sur la Calédonie. On ne veut pas y rentrer dans le détail sur chaque sujet (on ne le pourrait d’ailleurs pas), mais on vous renvoie plutôt vers d’autres liens si nécessaire. Commençons donc par l’environnement naturel.

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La houle d'est qui vient frapper sur Kenutu a façonné de splendides paysages...
Neiafu a beau être la deuxième agglomération des Tonga, ce n’est guère plus qu’un gros village, et en son centre tout tourne autour du tourisme. Pour les « yachties », qui peuvent y trouver certains services qui leur sont utiles, mais plus généralement à l’attention de tous les touristes, qui viennent surtout ici pour voir les baleines. Mais mis à part ces tours-opérators qui auraient pu être les mêmes qu’au Brésil, qu’en Mer Rouge ou qu’à Hawaï, il n’y a pas grand chose d’autre que des maisonnettes plutôt rafistolées. Peu de choses nous retiennent donc en ville une fois qu’on a fait quelques courses de première nécessité, passé une dernière soirée avec nos amis de Taurus et lu nos emails. Nous ne pourrons pas aller très loin, puisque les Vava’u sont un groupe d’îles très compact ! Mais fidèles à nous-même, nous voici en route pour le bout du monde. Enfin, le bout des Vava’u…

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Les cochons de Niuatoputapu fouinent à marée basse avec le volcan de Tafahi en arrière-plan
Le cône de déventement de Savai’i nous aura retenus plusieurs heures dans une petite brise légère d’ouest. Puis en une minute ou deux, quelques bouffées d’alizé ont d’abord soufflé avant que le vent d’est bien soutenu ne s’établisse, le tout en l’espace de 200 ou 300m. Impressionnant, les moutons parsemaient maintenant la mer tandis que quelques minutes plus tôt nous étions dans la pétole. Mais c’était parti, et il ne nous restait que 24 heures environ à faire pour atteindre notre objectif tongien, à commencer par l’île de Niuatoputapu. Depuis longtemps, les Américains (intimidés par les noms peu habituels) l’ont rebaptisée « New Potato ». Pourquoi pas « en robe des champs », tant qu’on parle de pomme de terre nouvelle ?

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Rencontre océane avec le Maugaroa 2, goélette qui dessert les Iles Cook
L’alizé soufflait fraîchement au moment où l’on a quitté Maupiti. Aussi, pendant les deux premiers jours, la paisible navigation tropicale sous les latitudes clémentes ressemble plutôt à une partie de flipper. Même au portant, vu comme la mer est courte et parfois désordonnée, il est téméraire de vouloir garder les panneaux ouverts. Aux mouvements quelque peu chaotiques, il faut donc ajouter la chaleur que le soleil ne manque pas d’entretenir dès son lever et jusque bien après son coucher. Faire la cuisine relève de l’exploit acrobatique, mais on parvient tout de même à s’alimenter. De toutes les manières, dans ces conditions, Heidi ne peut avaler que quelque chose de simple. On nous croirait masochistes à nous voir nous précipiter hors d’un lagon parfaitement protégé pour aller nous jeter dans 20 à 25 nœuds de vent. Mais voilà, nous finirons par toucher les dividendes de ce moment un peu inconfortable.

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Majestueux animaux...
Pour être à l’heure au rendez-vous, il faut partir dans la nuit de Bora Bora. Alors nous avons levé l’ancre vers 23h30, pour passer devant le village enfin endormi et franchir la passe où étaient actifs quelques pêcheurs. C’est qu’il y a du monde à nourrir dans tous les hôtels… Nous mettons aussi la ligne à l’eau, mais elle restera bredouille, même au petit matin. Après un bon bord de grand-largue et après avoir empanné, nous voyons la silhouette de Maupiti se dessiner dans l’aube naissante, silhouette que l’on n’avait qu’aperçu de loin hier sur l’horizon.

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Il y a quelque chose de magique dans l'air à Taputapuatea. C'est beau, c'est serein, c'est divin.
Ce sont les Iles Sous le Vent, et la première est là devant nous au lever du jour : Huahine. Contrairement aux Iles Sous le Vent des Antilles, qui ne sont pas vraiment sous le vent, c’est-à-dire en aval dans le sens de la circulation dominante, ici la navigation se fait au portant depuis Tahiti et Moorea (les Iles du Vent). La nuit a été calme, et Fleur de Sel a bien avancé sauf dans quelques molles. Il ne faut pas confondre Huahine et Vahine, même si ce n’est pas un hasard si leurs noms se ressemblent. Huahine a décidément quelque chose de féminin. Vahine en tahitien c’est tout simplement la femme. Huahine, on nous l’apprendra sur place, signifie « sexe féminin ». C’est certainement parce que l’île est en fait deux îles, séparées par une entaille. Il y a la « grande île » au nord, Huahine Nui, et la « petite île » au sud, Huahine Iti. Et comme pour bien s’assurer du graphisme de la chose, un piton s’élève le long de l’indentation qui les sépare, et en tahitien c’est bien-sûr le « Pénis de Hiro », Hiro étant la grande divinité polynésienne.

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Spectacle fantastique que cette grande houle qui vient se fracasser sur le récif
Un grand plaisir que cette traversée. Du largue, tout du long, pas un grain, pas trop de vagues, c’était très agréable. Fleur de Sel a tellement tracé – particulièrement sur le début du parcours, où elle a avancé de 78 milles en 12 heures, et même plus de 21 milles en 3 heures – qu’on s’est retrouvé un peu en avance à Tahiti, après une quarantaine d’heures de mer. C’est donc dans à la lueur de la Lune qu’on a deviné dans la nuit la masse de l’île, non pas noire mais blanche, enveloppée de nuages tandis qu’il faisait beau par ailleurs. Nous avons donc poursuivi un peu au sud de la Presqu’île pour empanner à l’aube, le tout afin d’arriver au niveau du récif après le lever du soleil. Heureusement la passe de Vaiau est bien balisée car la houle brise avec violence et forme des rouleaux impressionnants. C’est un spectacle grandiose et malgré les vagues qui déferlent de part et d’autre, nous nous faufilons en sécurité au travers de cette entaille qui mène vers deux bassins profonds et bien protégés.

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