Mot-clé ‘Australie’

Pendant notre séjour, Heidi grave et colore à notre nom un morceau de bambou pour laisser une trace de notre passage comme tous les autres bateaux.
Les Cocos, ce sont deux atolls (australiens) perdus dans l’Océan Indien, l’un des deux minuscule, l’autre bien plus grand (1 et 8 milles de long respectivement). Ce sont des confettis de terre isolés, plus proches de Sumatra que du continent australien. Et c’est un endroit où se sont déroulés des évènements historiques insoupçonnés pour qui n’en connait pas l’existence. En fait, rares sont les non-Australiens qui en ont entendu parler, mais c’est dans ces eaux méconnues que Fleur de Sel trempe désormais sa quille. Pas si méconnues pour les voiliers, cependant, car les Cocos sont un point névralgique de la transhumance océanique à travers l’Indien.

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"Au nom de tous les Australiens, je vous dis adieu et vous remercie pour votre visite", signé : la tortue
En un peu plus de 24 heures d’une navigation pour une fois agréable et sans histoire, nous passons de la région de Shark Bay à celle du Ningaloo Reef. Nous retrouvons alors le domaine de la grande houle, qui constitue un paramètre essentiel pour l’exploration de cette côte difficile. Ici aussi, de nombreux navires ont terminé leur course, et malheureusement, lorsque nous approchons de Coral Bay, le petit village touristique du sud du Ningaloo, nous tombons en pleine opération de recherche en mer : deux hommes partis pêcher à bord de leur bateau à moteur ne sont pas rentrés la veille et plusieurs bateaux, un hélicoptère et un avion ratissent la zone plusieurs jours durant. Nous ouvrons l’oeil également, et alors que pour effectuer notre approche nous empannons deux fois le long du récif, nous voyons sans mal comme il peut être sans pitié : la grande houle du large vient terminer sa course au-dessus du corail dans un fracas majestueux et incessant, déployant à chaque rouleau une puissance phénoménale. Malheureusement, nous constatons vite que la passe est bien trop large pour abriter le mouillage de Maud’s Landing vers lequel nous nous dirigeons. Mais nous n’avons pas le choix, car il est interdit de rentrer dans Coral Bay proprement dite, tant elle est damée de corail, bien trop dangereux pour qui ne connait pas bien le coin.

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Magnifiques dunes autour de Tetrodon Loop, sur Dirk Hartog Island
Il faut environ 48 heures de mer pour rallier les Iles Abrolhos au départ de Rottnest, mais pour nous cela s’est fait en deux temps. Nous avons en effet fait une halte un peu avant la mi-parcours parce qu’un front assez musclé a décidé de venir perturber notre remontée de la côte ouest. Parmi les rares abris possibles sur cette côte, nous avons opté pour les Green Islands, et nous sommes donc entrés dans le récif frangeant qui déborde la côte au nord de Perth, récif que nous longions quelques milles au large, passant d’ailleurs dans la nuit le site du naufrage du Vergulde Draeck. On peut alors mouiller derrière deux jolies îles (verdoyantes, comme le nom l’indique, et c’est suffisamment rare pour être relevé), que relie un banc de sable à marée basse. L’endroit est rouleur, mais c’est tout ce qu’il existe dans le coin. Nous laissons donc là le vent tourner au nord-ouest, puis à l’ouest, puis au sud-ouest, tandis que nous dansons à chaque marée haute. Enfin, après deux jours, nous nous extrayons de là, non sans subir une nouvelle session de shaker le temps de nous frayer un passage entre les récifs et de sortir du lagon, car la grande houle de sud-ouest est maintenant bien prononcée. Le lendemain, nous approchons enfin des Abrolhos, mais ce n’est qu’à quelques milles à peine que l’on aperçoit enfin ces îlots à fleur d’eau, et découverts par Houtman en 1619.

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Heidi joue avec un quokka
Nous sommes déjà le 25 mars, mais nous sommes en passe de réussir notre pari, passer de la côte est à la côte ouest australienne par le sud. Après le South West Cape de Nouvelle-Zélande, le South East Cape de Tasmanie, Fleur de Sel va désormais virer le Cape Leeuwin, l’un des grands caps de la route des clippers, et pour nous le premier des trois grands. C’est dès le lendemain de notre visite par la terre que l’on s’y attelle par la mer, profitant d’une accalmie simultanée de la houle et du vent, si bien que nous osons nous faufiler au travers de la longue chaussée de roches qui débordent le cap – chaussée qui impose en temps normal de passer très au large, très au loin de la côte. En ayant bien repéré notre route sur les cartes et sur de multiples photos satellites, nous trouvons un passage où l’on n’a jamais moins de 7m d’eau, et nous doublons le cap alors que le soleil s’installe. Pour les Australiens, nous venons de changer d’océan, laissant derrière nous le Southern Ocean pour attaquer l’Indien. Et ça s’annonce plutôt rocailleux ! En effet, il faut bien déborder la côte en restant au moins 5 milles au large, sous peine de finir comme l’une des nombreuses épaves de la région.

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Ici commence la suite...
C’est sans anicroche que nous avons franchi le Great Australian Bight, cette immense golfe ouvert au sud dont nous vous parlions la fois passée. Mais pour autant, il nous a fallu bien jouer avec la météo : la saison ayant avancé, il nous était désormais impossible de bénéficier d’un bel anticyclone à déplacement lent pour nous procurer des vents portant tout au long de la traversée. Pas le choix, nous devions prendre un front à un moment ou un autre, l’essentiel était qu’il soit maniable, et de n’en prendre qu’un seul ! Portés par des vents de sud-est à est, nous avons donc d’abord vogué vers le sud-ouest, jusqu’à atteindre 34°S environ. Le vent ayant continué sa rotation au nord-est, nous avons ensuite empanné pour poursuivre plein ouest, car c’est à cette hauteur que nous souhaitions passer dans la partie la moins musclée du front à venir. Plus au sud, nous aurions été plus proches de la dépression, avec davantage de vents d’ouest. Plus au nord, nous aurions été plus proches du continent surchauffé, avec un risque accru d’orages violents. Nous croisons pendant ces premières journées de mer un pêcheur puis un cargo, et la navigation est très plaisante, sous un beau soleil.

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Fleur de Sel semble flotter au-dessus de Snug Cove (Kangaroo Island)
Enfin, après une semaine à la vitesse d’un escargot, nous remettions les voiles. A ce rythme-là, nous n’allions pas progresser bien vite. Et pourtant, maintenant que nous avions quitté la Tasmanie, il nous fallait au contraire changer de rythme pour accélérer ! C’est ce que fit Fleur de Sel, dès que nous nous sommes dégagés de la baie de Portland, en passant les superbes Lawrence Rocks entourés de nuées d’oiseaux (et tapissés du guano qui accompagne inévitablement les volatiles…) Doublant les caps les uns après les autres, nous avons ensuite tracé au portant un peu au large de l’extrême côte sud de l’Australie Méridionale (eh oui, après notre bref passage dans le Victoria, nous voici maintenant dans un nouvel état). Nous avons rythmé nos empannages pour la mi-journée et le milieu de nuit, nous rapprochant de la côte en première partie de journée, et nous en éloignant en seconde partie, histoire de profiter alternativement des brises de terre et de mer avec un angle optimal. Le long des côtes, comme toujours, on croise quelques pêcheurs au gros (ou au plus petit), quelques casiers aussi, dont un qui vient se prendre dans la dérive arrière. Heureusement, l’hélice de Fleur de Sel est bien protégée et vu la forme de la coque, ça se dégage sans encombre en relevant la dérive. Enfin, après 48 heures, et comme prévu, le vent nous abandonne quelques heures juste au moment où nous approchons de Kangaroo Island.

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Griffith Island, à deux pas de Port Fairy
Le détroit de Bass nous a donné un aperçu de ce qu’il pouvait faire, en générant une mer courte et hachée, que nous prenions heureusement de l’arrière. Mais rien de bien méchant, juste de quoi nous conforter dans l’idée que nous avions eu raison de le traverser une seconde fois dans des conditions optimales. Le vent a ensuite molli, un peu tôt d’ailleurs, et sur les coups de 8 heures, nous nous présentions devant Port Fairy. Le chenal menant à ce joli petit port est étroit mais agréable, et fort heureusement la houle n’était pas de la partie pour passer entre les brise-lames. Accueillie par le harbourmaster, Fleur de Sel est vite amarrée le long du quai sur la rive ouest, et après un bon dessalage du bateau et un bon brunch, nous pouvons nous reposer. La météo va désormais nous imposer de progresser lentement pendant près d’une semaine : de manière inhabituelle, un cyclone du nord-ouest de l’Australie (Stan) a réussi à traverser le continent et évolue, de manière affaiblie, en Australie Méridionale. Inutile de se battre contre les vents contraires, nous allons relâcher successivement à Port Fairy et à Portland et prendre notre mal en patience. Du large, la côte du Victoria occidental nous fait un peu penser à la côte vendéenne, basse et sablonneuse, si ce n’est que les Britanniques ont planté au XIX° siècle des Norfolk Island Pines maintenant majestueux.

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Magnifique cascade de Sir John Falls, à l'eau couleur thé
Au petit jour, Fleur de Sel double le Cape Sorell, du nom du troisième lieutenant-gouverneur de Tasmanie et successeur de Davey. S’ouvrent alors devant nous les portes de l’enfer ! Hells Gates est le nom de l’étroit chenal, large de moins de 100m, qui donne accès au Macquarie Harbour. Nous avons déjà rencontrée plusieurs fois le nom de ce gouverneur de la Nouvelle-Galles-du-Sud, et si on le trouve maintenant en Tasmanie, c’est parce qu’il avait autorité sur le lieutenant-gouverneur de Tasmanie. Le plan d’eau qui porte son nom est le second plus grand d’Australie après Port Philip et il n’a rien à voir ni avec Port Macquarie ni avec Lake Macquarie, tous deux en Nouvelle-Galles-du-Sud. Le courant contraire n’était pas trop fort, nous faisons notre chemin dans le chenal d’accès, mais nous constatons que la visibilité n’est pas bonne, et nous ne voyons donc pas le Mt Sorell qui domine la côte est de cette mer intérieure. Au fur et à mesure que nous progressons vers le sud, l’odeur de fumée s’intensifie, et c’est alors que nous apprenons l’ampleur des incendies qui ont frappé la Tasmanie. Nous venons mouiller sur la côte ouest, dans la Double Cove, entourés d’une belle forêt d’eucalyptus élancés. L’heure du repos a sonné et comme nous captons du réseau mobile pour la première fois depuis 15 jours, les siestes alternent avec les emails, d’autant qu’il nous faut organiser la logistique des colis que nous n’avons pas pu recevoir à Kettering.

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Vue panoramique du sommet du Mt Rugby
La côte sud tasmanienne est longue d’une quarantaine de milles, orientée exactement est-ouest, et elle ne comporte aucun abri sérieux. Pire, des îles, îlots et récifs sont parsemés un peu au large, ce qui fait de cette région un lieu de passage certes spectaculaire mais dangereux. Nous avons donc bien choisi notre météo pour faire le « saut » de la côte est à la côte ouest, un jour avec peu de houle et avec du vent d’est, malheureusement un peu trop faible. Les caps que nous doublons sont affublés de noms assez peu créatifs : le South East Cape est suivi par le South Cape. Et pourtant, ils se suivent mais ne se ressemblent pas, le premier étant fait de collines assez pyramidales, tandis que le second exhibe des formes verticales dues à la dolérite, cette roche emblématique de la Tasmanie dont nous avons déjà parlé plusieurs fois. Le paysage dans le lointain devient ensuite grandiose, avec de beaux sommets en arrière-plan de la côte sauvage. Et, faisant parfois de la voile dans les risées, parfois du moteur dans les molles, nous parvenons ensuite au niveau des îles Maatsuyker et De Witt, entre lesquelles nous passons. Ces îles ont conservé les noms hollandais attribués par Tasman lui-même : lorsqu’il découvre la Tasmanie en 1642, il la baptisa en l’honneur du gouverneur-général des Indes néerlandaises, Van Diemen, tandis que les îles environnantes prirent le nom d’autres membres du conseil des Indes.

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L'élégance de Salamanca ressort presque plus la nuit que lors du marché bondé du samedi matin.
L’amarrage à Constitution Dock, en plein centre de Hobart, est plus bruyant que ce que nous pensions, entre le bruit de la route, celui des véhicules de nettoyage, celui des camions poubelles, celui des passants éméchés la nuit, et celui des préparatifs pour l’arrivée de la course Sydney-Hobart. Mais il est vrai que nous bénéficions d’une position centrale, qui va nous permettre de déambuler en ville à volonté et d’y faire des courses – nous ferons 4 ou 5 allers-retour chez « Woolies » (surnom de Woolworths, grande chaîne de supermarchés australiens), à chaque fois chargés comme des mules de provisions en tous genres. Avec de l’eau à volonté, nous pouvons faire plein de lessives, et il y a même des lave-linges à disposition dans les sanitaires, ce qui est parfait pour les grandes pièces. Au milieu de notre séjour, John, du musée maritime, vient nous demander si nous pouvons nous déplacer, car il doit, lui, mettre le bateau vainqueur de la course de 1947 à notre place pour le mettre en évidence. Nous l’aidons à déplacer le bateau et il nous obtient deux entrées au musée maritime – un petit musée sympathique, qui retrace les liens de Hobart et de la Tasmanie avec la mer : exploration, transport de déportés, chasse baleinière, commerce de bois, de pommes et d’autres. Tout y est exposé avec nombre de reliques d’une histoire souvent épique et parfois sombre.

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Un wallaby pose devant <em>Fleur de Sel</em> sur Deal Island !
Ce qui est drôle avec la Tasmanie, c’est qu’après une trentaine d’heures dans le Détroit de Bass cap au sud-ouest, on l’atteint sans vraiment l’atteindre. Eh oui, tout dépend si on parle de l’île elle-même ou de l’état. Vous ne le réalisez peut-être pas vraiment, mais l’Australie est un état fédéral. Aussi, lorsque Fleur de Sel termine cette petite traversée par un temps un peu grisâtre, et lorsque nous atteignons le petit archipel des îles Kent, nous voici maintenant dans l’état de Tasmanie, alors que nous sommes encore à 85 milles de la grande île elle-même. A contrario, nous sommes à seulement 50 milles du Wilsons Promontory (dans le Victoria), la pointe la plus sud du continent. Bref, nous sommes en plein milieu du Détroit de Bass. Ce bras de mer, finalement relativement large (une grosse centaine de milles) a douloureusement bâti sa réputation depuis sa découverte en 1798 par Matthew Flinders et George Bass. Dans ces parages, il est particulièrement important de respecter la mer, celle-ci se chargeant sinon de vous rappeler à l’ordre, par le biais de courants et de vents pour le moins brutaux. Il s’agit en quelque sort de la Manche de l’hémisphère sud, et les navires perdus dans les environs se comptent en centaines. Si nous venons nous aventurer ici, c’est que nous espérons en profiter pour visiter les Iles Kent, si isolées que la plupart des Australiens ignorent même leur existence !

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Les dunes du Cape Howe apparaissent sans crier gare !
Il y aurait de nombreux arrêts à faire sur la côte du New South Wales (NSW), et la portion au sud de Sydney, même si elle est plus exposée, mériterait son lot d’attention. Cependant, il faudrait du temps pour ce faire, en particulier car la majorité des abris possibles sont derrière une barre à l’estuaire d’une rivière, et qu’après avoir réussi à y rentrer il faut encore réussir à en sortir (ce qui peut demander des jours, voire des semaines d’attente). Pour nous, plutôt que d’être une destination, ce tronçon de côte sera le chemin vers la suite, pris que nous sommes par les impératifs saisonniers. En quittant la région de Sydney, nous ne savons pas encore en détail où nous ferons une pause. Nous pensons éventuellement nous arrêter dans la grande Jervis Bay (où la Royal Australian Navy a une base), mais assez vite la météo nous incite à pousser un peu plus loin.

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