Outre le fait que Petite-Terre est l’un des endroits où le tirant d’eau de notre bateau de location nous avait empêché de nous rendre lors de notre croisière guadeloupéenne de 2008, c’est aussi une destination qui nous permet d’éviter de passer sous le vent de la Dominique, île haute connue pour son dévent. En revanche, il faut prendre soin de ne pas passer trop près au vent de la Dominique, pour ne pas se faire prendre dans le ressac. Ce qui signifie que l’on doit composer avec deux bancs de haut-fonds, dont il s’avèrera qu’il vont générer des courants pénibles provoquant à leur tour une mer très désagréable. La première moitié du trajet entre la Presqu’île de la Caravelle et Petite-Terre a donc tout d’une chevauchée infernale, où Fleur de Sel se fait malmener dans tous les sens, pour atteindre enfin des eaux à peu près claires après 40 milles de trajet. La suite de la traversée se fait à peu près sans histoire, et ce jusqu’à quelques milles de l’arrivée. Mais une fois Marie-Galante laissée sur babord et Petite-Terre étant déjà en vue, l’impensable se produit.

Petite-Terre, son phare, sa plage et son lagon

Petite-Terre, son phare, sa plage et son lagon

Un gros bruit suivi de claquements métalliques me font sauter de la table à carte et tirent Heidi du lit. L’enrouleur de génois est libre à sa base ! Heureusement là encore, nous avons à peu près les yeux en face des trous, et comprenant illico le critique de la situation, nous gréons d’abord en urgence la drisse de spi pour tenir le mât vers l’avant tandis que l’on conserve le bateau bien au portant. Puis nous parvenons à récupérer l’enrouleur qui bât, et à affaler le génois sans l’abîmer. Enfin, nous installons sans tarder l’étai largable avant de pousser un énorme ouf de soulagement. Le démâtage a été évité de peu. L’axe percé qui retenait l’étai a sauté, sans doute car la goupille fendue qui le bloquait a réussi à partir. Cela fait pourtant partie des vérifications que l’on effectue régulièrement, mais visiblement pas encore assez souvent ! Nous avions vérifié le bon état du gréement avant de repartir de Jacaré, mais les 2’000 milles parcourus à grande vitesse ont sans doute bien sollicité le bateau, et il n’aurait pas fallu attendre de repartir des Antilles pour refaire une inspection… L’approche finale de Petite-Terre se fait donc sous grand-voile arisée seule et nous franchissons sans encombre le seuil pour entrer dans le lagon, avant de nous amarrer sur l’un des corps-morts de la réserve naturelle. Le remplacement de l’axe et de la goupille est fait dans l’après-midi, et il n’y parait alors plus. Et pourtant, nous avons eu une grosse frayeur et il va nous falloir reprendre confiance dans le bateau.

Joli banc de poissons-chirurgiens

Joli banc de poissons-chirurgiens

Oursins d'une variété pas rencontrée dans l'Indo-Pacifique

Oursins d’une variété pas rencontrée dans l’Indo-Pacifique

En attendant, nous profitons maintenant de ces îles magnifique. Nous sommes amarrés entre Terre de Haut et Terre de Bas, dans un superbe chenal étroit, parcouru par du courant, et protégé par un récif qui ferme le lagon au vent. Evidemment, il y a beaucoup de monde, d’autant que nous sommes le week-end, et que Pointe-à-Pitre n’est qu’à 25 milles, mais c’est tout de même très joli et reposant. Au vent de la plage, le snorkeling se fait dans une eau limpide, et il y a une variété importante de poissons, qui sont d’autant plus intéressant à observer qu’ils sont différents de ceux que l’on trouve en Indo-Pacifique. On reconnait les familles, mais les espèces elles-mêmes ont des couleurs différentes, des variations dans la forme ou la taille, etc. Petit bémol tout de même : question corail, il n’y a rien à voir, tout est mort et c’est sans doute la raison pour laquelle a été créée la réserve, ce qui est une bonne chose.

Pendant notre séjour au mouillage, nous faisons travailler notre carte SIM obtenue en Martinique et qui fonctionne dans toutes les Antilles françaises. C’est ainsi que nous suivons la météo, qui nous invite à partir dès le surlendemain de notre arrivée pour profiter d’un reste de vent portant avant plusieurs jours de vent nul, variable ou « granuleux » (c’est-à-dire un temps à grains !)

C’est aussi de la sorte que nous apprenons les résultats de l’élection présidentielle française. Cinq ans auparavant nous étions aussi en territoire français, aux Tuamotus. Et pourtant, dans aucun des deux cas je n’ai pu voter, la faute à un système électoral pensé pour les archi-sédentaires. J’avais pourtant exploré toutes les possibilités légales en 2016 pour réussir à pouvoir voter cette année. Mais le système ne permet pas le vote par correspondance comme cela se fait dans de nombreuses autres démocraties, et ne propose aux absents que la procuration comme alternative, ce qui suppose de connaître quelqu’un inscrit dans la même commune, et d’avoir suffisamment confiance en elle pour qu’elle vote comme soi. Bref, nous poussons un deuxième grand ouf de soulagement en ce 7 mai, et nous pouvons continuer à regarder avec fierté et optimisme le pavillon européen qui flotte sur babord dans notre mâture (toujours debout !), à défaut de pouvoir flotter à la poupe.

Magnifique coucher de soleil flamboyant

Magnifique coucher de soleil flamboyant

Peu après le départ, nous laissons au vent la Désirade, et sur babord la côte est de la Grande-Terre de la Guadeloupe, tapissée d’éoliennes, de la Pointe du Château à la Pointe de la Grande Vigie. Nous enchaînons quelques empannages car le vent adonne comme prévu, et la nuit tombe, si bien que de Montserrat et Antigua, que nous avions vues en 2008, nous ne verrons cette fois-ci que les lumières. Au petit matin, le temps s’est bien bouché, si bien que Nevis, St-Kitts, Statia et Saba ne sont visibles que par intermittence dans la grisaille.

On sera peut-être surpris de nous savoir en transit si rapide au travers du « paradis caribéen ». Et pourtant, d’une part nous n’avons pas prévu d’y traîner plus que nécessaire, et d’autre part quand bien même on le souhaiterait, la saison est très avancée. La saison des ouragans étant sur le point de commencer, la plupart des bateaux sont d’ailleurs en train de commencer leur transhumance, qui vers le continent américain, qui vers les Bermudes, les Açores et l’Europe. Nous avions donc décidé de ne passer aux Antilles que le temps de faire de rapides escales. Parmi 20 ou 30 destinations possibles, nous n’en avons retenu que peu, et en fonction de critères pas toujours touristiques. Nous avons notamment voulu faire simple question formalités, histoire de ne pas perdre trop de temps et d’argent. Au risque de paraître franchouillards, nous avons donc décidé de rester dans les îles françaises, qui ont le système le plus rapide, le plus simple et le moins cher pour faire les clearances d’entrée et de sortie. Nous avions donc pensé nous rendre au côté français de St-Martin comme destination finale. Mais là, un autre critère entre en jeu : la sécurité y est, parait-il, loin d’être bonne, particulièrement en ce qui concerne les vols d’annexe. Ne souhaitant pas non plus avoir à nous embêter avec ce genre de problème, nous nous disons que finalement une escale à St-Barth sera tout aussi bien, même si l’île est réputée haut de gamme et donc plus chère.

Gustavia la belle, décidément antillaise, avec son histoire aussi colorée que le panorama

Gustavia la belle, décidément antillaise, avec son histoire aussi colorée que le panorama

Nous voici donc en approche de Gustavia, la capitale de St-Barth, qui disparait de temps à autre dans une averse, et la difficulté consiste à trouver un endroit à peu près protégé où mouiller non loin de la ville, tant il y a de bateaux. De toutes les façons nous ne resterons pas longtemps là, seulement le temps de faire les formalités et quelques courses. Entre temps la météo s’est à nouveau dégradée, et le retour à bord en annexe se fait sous la pluie battante. Il en sera de même pour le trajet vers l’Anse de Colombier, quelques milles au nord, où nous venons nous abriter du mauvais temps qui doit sévir pendant deux jours. Là nous faisons de l’eau, notre lessive et encore un peu d’entretien à bord. Souhaitant profiter d’une éclaircie pour nous dégourdir les jambes à terre, notre promenade est vite interrompue par les averses, et nous allons faire à la place du snorkeling sur les côtés de la baie. De nouveau peu de corail, encore qu’il y ait quelques belles gorgonnes, mais on voit toutefois des poissons en nombre et l’eau bien qu’agitée, est assez claire. Et puis les tortues nous tiennent compagnie, autant sous l’eau qu’en surface autour du bateau.

La traduction n'est pas tout à fait littérale...

La traduction n’est pas tout à fait littérale…

Une fois le mauvais temps passé, nous revenons mouiller plus près de Gustavia, et à défaut de visiter le reste de l’île, nous en profitons pour arpenter la petite ville qui a bien du cachet. L’île ayant appartenu aux Suédois pendant un siècle, on comprend mieux son nom, mais aussi son caractère. Certains vieux bâtiments sont manifestement d’architecture scandinave, les vieux noms de rue suédois sont conservés aux côtés des nouveaux noms de rue français, et il y a même un consulat de Suède ! Les anciens forts qui défendaient le port ont des noms évocateurs (Karl, Oscar, Gustav) et ils permettent d’embrasser un panorama magnifique. Le bourg est propret, huppé et branché sans tomber (trop) dans l’excès. Les gens y sont plutôt agréables, courtois et serviables. Bref, le temps de notre rapide escale, on s’y sent bien. Mais il faut vraiment que ça ne bouge pas trop dehors car on doit mouiller sur rade à un endroit qui peut vite devenir inconfortable.

Le Fort Oscar domine le port et l'Hôtel de la Collectivité

Le Fort Oscar domine le port et l’Hôtel de la Collectivité

Cela ne pose pas de problème, car nous voulons justement attraper le vent lorsqu’il se relèvera, pour nous propulser vers le nord. Aussi la matinée suivante est-elle notre dernière aux Antilles. Le trajet à terre nous permet de faire les dernières courses – mais pas trop car c’est cher, et de toutes les façons tous les fruits et légumes sont importés et donc réfrigérés, ce qui signifie qu’ils ne tiendront pas longtemps. En revanche, le boulanger nous repère vite, lui, car en voyant le stock qu’on lui prenait, il nous a demandé « Vous partez vers des îles non françaises ? » Il nous faut enfin faire les formalités et payer notre séjour, et tout cela est expédié à la capitainerie en quelques minutes. Oui, il nous faut payer alors que nous n’aurons été qu’au mouillage, mais les taxes de séjour sont assez modiques et incluent le quai pour laisser son annexe, le wifi et les douches, ce qui est finalement parfait. Enfin, nous retournons à bord, le plein d’eau a été effectué par le désalinisateur. Nous sommes prêts.

Fleur de Sel vogue vers le nord, et laisse dans le sillage Anguilla, plate comme une galette !

Fleur de Sel vogue vers le nord, et laisse dans le sillage Anguilla, plate comme une galette !

Fleur de Sel lève l’ancre, trois semaines et demie après l’arrivée aux Antilles, et nous filons cap au nord. Presque immédiatement, nous laissons sous le vent l’Ile Fourchue, bien nommée en raison de sa forme tarabiscotée. Puis plus loin c’est la grande île de St-Martin que nous passons à plus grande distance, avec la petite Ile Tintamarre. Et nous nous octroyons encore un tout petit peu de tourisme antillais, le temps d’apercevoir Anguilla (sans nous y arrêter). Pour plus d’amusement, nous choisissons de passer dans l’étroit passage entre l’île principale et Scrub Island. C’est étonnant, car les deux îles sont plates au possible et n’ont rien à voir avec les hautes collines de St-Martin ou de St-Barth. Chacune de ces îles antillaises a ainsi sa propre personnalité, et elles sont certainement chacune intéressantes à découvrir. Mais nous n’avons pas le temps. Et elles partagent toutes quelque chose en commun : elles sont très peuplées vu leurs tailles. La plupart d’entre elles étant aussi peuplées de touristes et de yachties, nous n’avons pas besoin d’en voir beaucoup plus. D’ailleurs, nous avons déjà tourné la page et nous regardons devant nous, dans l’Atlantique Nord.

2 commentaires

  1. Nat,et Dom écrit :

    Super blog
    HEUREUX de vous avoir revus à Madinina
    Soyez prudents
    Effectivement, la saison est bien avancée
    A Madinina déjà qqs ondes trop sont passées. Dont qqsunes virulentes
    Et vous naviguez à bonne allure pour éviter ces vilains cyclones
    Bon vent belle mer les petits loups

    31 mai 2017, 10 h 54 min
  2. Nicolas

    Nicolas écrit :

    Quelle tristesse, ce soir, de savoir que la belle Gustavia que nous avions découverte est vraisemblablement en lambeaux suite au passage de l’ouragan Irma. Nous souhaitons beaucoup de courage à tous les Antillais pour reconstruire leurs vies et leurs belles îles.

    6 septembre 2017, 22 h 37 min

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