Samedi 20 août

En s’éloignant de Bali les lumières s’étaient progressivement estompées et seul restera impressionnant encore quelques heures durant le ballet des avions se succédant sans relâche pour s’aligner sur la piste de l’aéroport. Durant la nuit, nous passons non loin de la pointe sud-est de Java et pendant tout ce temps, nous verrons autour de nous les puissants feux de multiples pêcheurs, mais distants et évidemment visibles donc faciles à éviter. Au petit matin, alors que Heidi est de quart, elle aperçoit encore des volcans javanais, au loin, avant que les nuages ne les enveloppent. Nous sommes désormais vraiment en navigation océanique, et c’est une journée tranquille pour rentrer dans le rythme, vu que le vent mollit un peu, bien qu’il y ait toujours une belle houle de sud.

Dimanche 21 août

Fleur de Sel continue son petit bonhomme de chemin. On ne verra pas un seul bateau de la journée, même si à la nuit tombée on apercevra très au loin plusieurs lueurs. A la mi-journée, on profite des conditions tranquilles pour faire tourner un peu le désalinisateur, pour remplir le réservoir d’eau, mais surtout histoire d’empêcher qu’il ne se salisse si l’eau stagne. Comme notre appareil n’est pas installé à demeure avec un passe-coque, il faut le poser dans le cockpit et faire traîner la prise d’eau dans la mer, mais sans qu’elle ne prenne d’air. En la lestant avec les 4kg de notre ceinture de plomb, on arrive à la faire plonger suffisamment, même à 5 nœuds, et le désalinisateur tourne donc sans encombre. En fin de journée, on atteint une zone d’averses, et une fois la nuit tombée, les grains se succèdent des heures durant. Ils ne sont pas toujours pluvieux, mais le vent ne cesse de tourner et de varier de 5 à 20-25 nœuds, si bien qu’il faut ajuster le régulateur d’allure en permanence. Résultat : notre trajectoire ressemble à un spaghetti !

Lundi 22 août

Tôt dans la nuit, nous passons près du point le plus profond de la fosse de Java (plus de 7’000m, tout de même), et non loin de là, sans doute sur les pentes d’un volcan sous-marin, nous nous trouvons en route de collision avec un pêcheur. La nuit est noire et je tente de le joindre à la VHF mais sans succès, et je manœuvre donc pour être certain de l’éviter. Fleur de Sel passe si près de lui qu’aux jumelles on distingue les hommes d’équipage dans les projecteurs. Et comme nous passons juste sous son vent, subitement nous sommes enveloppés d’une bouffée épicée. C’est une odeur que l’on connait bien, celle de la cuisine indonésienne (et son inimitable clou de girofle), et ce sera notre dernière « expérience sensorielle » d’Indonésie, à 120 milles au sud de Java.

Mardi 23 août

Depuis un ou deux jours, la météo a particulièrement retenu notre attention. En effet, une dépression tropicale semble vouloir jouer les comités d’accueil à notre arrivée aux Cocos, et nous l’étudions donc de plus en plus précisément. Alors que nous approchons de Christmas Island, il nous faut acquérir un peu de certitude que la situation ne va pas dégénérer plus loin. Nous avons en effet prévu de ne pas nous arrêter ici, mais si la météo l’impose il nous faut l’envisager. Finalement, nous optons pour la poursuite de la traversée, en particulier car le mouillage de Flying Cove serait ouvert au nord-est, là d’où devrait venir le vent s’il venait effectivement à tourner.

Pendant cette journée, le vent se renforçant quelque peu, Fleur de Sel accélère. Comme en plus nous sommes entraînés par un courant d’est en ouest, la descente au portant se transforme en vol quasi-supersonique ! Ainsi, en 24 heures, nous parcourons la fabuleuse distance de 168 milles, soit 7 nœuds de moyenne ! Pendant l’après-midi, ce sont même 45 milles qui sont avalés en 6 heures (7,5 nœuds de moyenne…) Du coup, alors que nous pensions passer Christmas Island dans le noir, nous réussissons à apercevoir l’île, loin dans le sud, avant la tombée du jour.

Mercredi 24 août

La météo est devenue un peu plus variable, et nous passons la nuit parmi quelques petits grains, mais rien de bien méchant. En fait, il y en a même un dont on a profité pendant plus de 4 heures en fin de nuit, en réussissant à le suivre sur son flanc, à profiter du petit flux d’air bien frais. On a aussi du faire un peu de moteur dans les molles, autant pour avancer dans la mer résiduelle un peu pénible que pour recharger les batteries (notre frigo est réparé, mais maintenant il pédale, et ça consomme bien !).

Jeudi 25 août

Le temps s’est ensuite dégagé et Fleur de Sel a continué sagement sa route, si bien que nous avons profité d’une magnifique journée de navigation agréable. Nous grignotons des milles vers le sud pour nous positionner au mieux pour la fin du parcours. Les poissons volants nous accompagnent.

Vendredi 26 août

Nous avons empanné dans la nuit, lorsque le vent est passé au nord-est. Cela signifie que la dépression approche dans notre nord et la navigation est moins facile depuis. L’air est plus chaud et moite, et nous subissons des grains de temps à autre. De plus, un troisième train de vagues (en plus de la mer du vent et de la houle de sud-ouest omniprésente) a transformé Fleur de Sel en shaker dans la matinée, avant que les conditions ne se stabilisent un peu. Nous avons alors fait route à bonne vitesse directement vers notre destination. En fin de journée il nous reste encore 140 milles à faire. On espère réussir à jeter l’ancre avant la nuit le lendemain soir, et on pousse le bateau dans ce but. Pas de chance, un calme plat nous tombe dessus, si bien qu’on fait du moteur pendant quelques heures pour ne pas traîner.

Samedi 27 août

Dernière journée de la traversée, et ce fut un peu difficile. Après être revenu du sud, le vent est en effet bien monté, la dépression n’étant vraiment plus loin de nous. Pendant la plus grande partie de la journée, l’ambiance a surtout été un peu surréaliste : on se serait cru en Atlantique Nord, navigation ventée (au petit largue), dans la brume et dans le crachin, mais avec 15°C de plus ! Etrange manière d’arriver dans un atoll paradisiaque, que de voir les cocotiers sortir de la purée de poix et se détacher en teintes de gris.

Une fois franchie la passe nord en milieu d’après-midi, le soleil s’est un peu montré pour révéler de manière fugace le turquoise du lagon, facilitant ainsi notre manœuvre pour éviter le corail. Sept autres voiliers sont abrités derrière Direction Island – mais abrités est un bien grand mot, puisque la partie est de la zone sablonneuse est hors-limite aux visiteurs, si bien qu’il faut mouiller plus loin – là où le clapot peut bien s’exprimer. Au vu des conditions musclées les officiels renoncent d’ailleurs à venir, et ils nous informent que la clearance ne se fera que le lundi matin mais qu’on a le droit de se rendre sur Direction Island si on le souhaite. Tant mieux, rien ne nous presse plus. La traversée a duré tout juste moins de 8 jours, pendant lesquels nous avons avalé 1’143 milles, et il est maintenant l’heure du repos, même si cette grosse semaine s’est déroulée dans de très bonnes conditions.

3 commentaires

  1. BP écrit :

    C’est merveilleux de pouvoir vous suivre jour après jour. On s’y croit tellement en plantant la position sur la carte qu’on a l’impression d’avoir vécu tout cela avec vous. Le résultat est que vous sachant si près sur le mur je ne vous ai pas écrit depuis bien longtemps. Il va falloir que je m’y décide. Passez une bonne escale dans ces îles certainement paradisiaque dont nous regarderons les photos avec gourmandise.
    BP

    3 octobre 2016, 17 h 17 min
  2. BP écrit :

    Vous ajouterez un S là où la touche de l’ordinateur n’a pas fait son travail.
    Bonne escale et bonne suite pour cette longue traversée.
    BP

    9 octobre 2016, 16 h 19 min
  3. Nicolas

    Nicolas écrit :

    Aïe, merci pour la relecture. Mais si j’ai bien trouvé un N manquant et deux S en trop, je n’ai pas trouvé le S manquant ! Sans doute faudra-t-il que je relise à tête reposée un autre jour…

    9 octobre 2016, 18 h 02 min

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