Le détroit de Bass nous a donné un aperçu de ce qu’il pouvait faire, en générant une mer courte et hachée, que nous prenions heureusement de l’arrière. Mais rien de bien méchant, juste de quoi nous conforter dans l’idée que nous avions eu raison de le traverser une seconde fois dans des conditions optimales. Le vent a ensuite molli, un peu tôt d’ailleurs, et sur les coups de 8 heures, nous nous présentions devant Port Fairy. Le chenal menant à ce joli petit port est étroit mais agréable, et fort heureusement la houle n’était pas de la partie pour passer entre les brise-lames. Accueillie par le harbourmaster, Fleur de Sel est vite amarrée le long du quai sur la rive ouest, et après un bon dessalage du bateau et un bon brunch, nous pouvons nous reposer. La météo va désormais nous imposer de progresser lentement pendant près d’une semaine : de manière inhabituelle, un cyclone du nord-ouest de l’Australie (Stan) a réussi à traverser le continent et évolue, de manière affaiblie, en Australie Méridionale. Inutile de se battre contre les vents contraires, nous allons relâcher successivement à Port Fairy et à Portland et prendre notre mal en patience. Du large, la côte du Victoria occidental nous fait un peu penser à la côte vendéenne, basse et sablonneuse, si ce n’est que les Britanniques ont planté au XIX° siècle des Norfolk Island Pines maintenant majestueux.

Ces deux escales sont l’occasion tout d’abord de ravitailler. La supérette IGA de Port Fairy nous livre même gratuitement à bord, tandis que les supermarchés de Portland ont tout, et nous y faisons de belles razzias. Par ailleurs, les fidèles chaussures de marche de Heidi ont rendu l’âme en Tasmanie, et en se rendant en bus à Warrnambool, Heidi trouve de quoi les remplacer. C’est aussi un petit clin d’œil, puisque c’est précisément à Warrnambool un an auparavant que nous avions terminé notre parcours routier sur la Great Ocean Road pour retourner vers Melbourne. Et puis à la poste de Portland, nous recevons enfin les colis que nous avions manqués à Kettering et à Strahan. Tout cela se fait finalement avec une facilité déconcertante, car nous avons découvert les secrets de la poste australienne, qui propose un service de réception de colis dans n’importe quelle poste, et qui fait suivre gratuitement les colis si nécessaire. Dans toutes ces petites villes, nous découvrons comme la poste joue intelligemment dans ce pays, avec des officines souvent couplées à des commerces de proximité. A la réflexion, nous nous disons que les services postaux de la vieille Europe feraient bien de s’inspirer de leur homologue australienne. Face aux campagnes qui se dépeuplent, aux bureaux de postes qui ferment, aux commerces qui disparaissent, à la baisse du volume de courier, pourquoi ne pas faire appel à ceux qui sont experts pour faire tourner quelques commerces viables dans les zones très peu peuplées ?

Mais trêve de réflexions, nous avons aussi fait travailler nos mains à Port Fairy, en installant enfin à bord des feux de navigation sur le balcon avant [voir note technique en fin d’article]. N’ayant pas trouvé de soudeur alu à un tarif correct, nous avons trouvé un autre moyen de fixer les feux, mais il fallait encore les installer et en particulier faire passer les câbles à travers le balcon avant qu’il a fallu démonter. C’est ce moment qu’a choisi une énorme raie pour venir passer juste sous notre étrave, me surprenant au point de me déstabiliser et j’aurais fait le grand plongeon justement sur la raie si Heidi ne m’avait pas retenu ! Ce bricolage nous a pris bien toute une journée, car nous étions amarrés au début du chemin vers Griffiths Island, et nous avions l’impression d’être l’attraction de tous les promeneurs. Régulièrement, certains d’entre eux, parfois des locaux mais plus souvent des touristes, en particulier européens, s’arrêtaient pour engager la discussion, interloqués qu’ils étaient de voir un voilier français dans le port. Interludes nombreux et qui repoussaient d’autant l’aboutissement du projet, mais sympathiques néanmoins. Le troisième jour de notre séjour à Port Fairy, nous avons pu nous déplacer vers une autre place d’amarrage un peu moins en vue, sur l’autre rive, et plus proche des douches et du lave-linge (à usage gratuit et illimité !). Par ailleurs, à Portland, la journée bricolage fut l’occasion de poser notre nouveau lavabo, l’ancien ayant fait plus que son temps.

Griffith Island, à deux pas de Port Fairy

Griffith Island, à deux pas de Port Fairy

Nous nous sommes aussi promenés. On fait vite le tour de Port Fairy, avec son petit centre-ville typiquement australien, mais les Norfolk Island Pines, un arbre vénéré par les Australiens pour son côté balnéaire et synonyme de détente, donnent un cachet certain à la petite bourgade. Et puis, nous nous sommes laissés porter vers Griffiths Island comme les promeneurs de l’avant-veille, et bien nous en a pris. Le petit circuit qui nous a mené jusqu’à la pointe est somptueux. Des dunes, des rochers, de la lande, un petit phare, et quelques bras de mer à l’allure de piscines naturelle, pour revenir ensuite le long du chenal. Comme on se l’est dit l’un à l’autre en se promenant dans ce joli cadre peuplé d’oiseaux, ça fait du bien de voir la mer, ça faisait longtemps ! A Portland, la promenade a été différente. La ville est le plus ancien établissement dans l’état de Victoria, et nous avons donc déambulé dans les rues en admirant les anciens bâtiments, de l’ancien bureau des douanes aux premiers hôtels, en passant par des maisons particulières, toutes datant du milieu du XIXème siècle. A Port Fairy et Portland, enfin, nous avons trouvé du WiFi gratuit, et nous nous en sommes donnés à cœur joie, pour télécharger pêle-mêle les mises à jour de tous les appareils et applis, les vidéos ou photos que l’on nous avait envoyé depuis quelque temps, d’autre vidéos ou films sur YouTube, etc. C’est l’occasion aussi de faire quelques conversations Skype, de faire une bonne partie de notre correspondance, nos comptes, etc.

 

[Note technique à propos des feux de navigation, car certains d’entre vous se demanderont peut-être pourquoi installer des feux supplémentaires, et comment nous faisions auparavant. En fait, nous n’avions à bord que deux feux en tête de mât, l’un blanc sur 360° et l’autre tricolore (c’est-à-dire vert sur le secteur tribord avant, rouge sur babord avant, et blanc sur l’arrière). Mais à notre avis, cette configuration, pourtant répandue sur beaucoup de bateaux, y compris de série, ne suffit pas pour respecter les règles de route. En discutant de ce problème avec de nombreux navigateurs, il nous est aussi apparu que la plupart d’entre eux méconnaissent celles-ci.

  • Au mouillage, on met le feu blanc en tête de mât. Il est visible à plus de 2 milles et n’importe quel bateau entrant dans le mouillage nous voit bien. Pour une annexe passant très près du bateau, c’est moins idéal, et il faudrait réfléchir à un éclairage complémentaire au niveau du pont, éclairage qui n’est pas interdit par les règles, qui n’imposent que le feu blanc comme un minimum.
  • En navigation sous voiles, on met le feu tricolore en tête de mât. En tant que voilier de moins de 20m de long, celui-ci est accepté en remplacement des feux séparés.
  • Et au moteur ? Pour rappel, un voilier faisant route au moteur, même s’il a aussi ses voiles, est considéré comme un navire « à propulsion mécanique ». Il faut donc que l’on puisse arborer les même feux qu’un bateau à moteur ! Et les règles sont très claires, cela signifie : un feu blanc dans le mât, visible sur les deux secteurs avant, des feux de côté (vert sur tribord avant, rouge sur babord avant) et un feu de poupe. Petit bonus, en tant que bateau de moins de 12m de long, nous avons le droit de montrer un feu blanc visible sur 360° et des feux de côté. C’est pratique, ça nous permet d’utiliser le feu blanc (« de mouillage »). Sinon il nous aurait fallu un feu supplémentaire dans le mât, visible seulement sur les secteurs avant, et un feu de poupe.

Conclusion de tout cela : il nous faut impérativement des feux de côté. Pourtant, il n’y en avait pas jusqu’ici, et sur Fleur de Sel, pour que ceux-ci soient visibles correctement, il n’y a pratiquement que le balcon avant dans lequel on puisse les positionner. Comment faisait-on jusqu’à maintenant ? On mettait seulement le feu tricolore. Quand on est au large, ce n’est pas grave, personne n’allait venir vérifier, et si un autre bateau se déroutait en cas de route de collision, ça ne porte pas à conséquence. Mais lorsqu’on rentre dans un port, de nuit, avec nos feux laissant penser qu’on est un voilier et qu’il n’y a pas un souffle d’air, ça devient dangereux car l’autre bateau peut très bien se dire que l’on ne va pas évoluer rapidement. Si j’ose la comparaison, c’est comme une voiture qui n’a qu’un phare avant et un phare arrière : on pense qu’il s’agit d’une moto, et quand on la croise ou qu’on la double, elle se révèle être plus large que prévu. C’est ainsi qu’ont lieu les accidents.

Des voix certainement bien intentionnées me diront que c’est une problématique mineure et que ça ne porte pas à conséquence. C’est très probable. Mais le jour où une collision a lieu, s’il y a enquête (et un assureur souhaitera certainement qu’il y en ait une), les responsabilités peuvent changer du tout au tout selon qu’on était en règle ou pas. Et même sur une épave, il est certainement facile de voir que les voiles étaient rangées et qu’il n’y avait pas de feu dans le balcon. La réponse, alors, à la question « Quels feux montriez vous ? » devient tout de suite plus épineuse… Fin de la parenthèse.]

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