Petite mention avant de commencer cet article : toutes nos photos du Vanuatu sont maintenant en ligne. Vous les trouverez sur le site jumeau photos • belle-isle • eu ou simplement en bas de la colonne de droite de ce journal. Mais venons-en maintenant à l’Australie…

A l’origine, nous avions choisi de ne passer en Australie que rapidement, voire pas du tout. Il y avait plusieurs raisons à cela, la première étant le fait qu’il faut inévitablement consacrer à la découverte de ce pays-continent un temps certain. Mais notre arrêt en Nouvelle-Calédonie nous ayant permis de rallonger un peu notre séjour dans le Pacifique, nous étions maintenant en mesure de passer moins vite qu’en lance-pierre. L’autre raison principale concernait les formalités australiennes, dont il est de notoriété publique qu’elles sont exigeantes. L’Australie a fait couler beaucoup d’encre et fait enrager plus d’un navigateur par le passé. A juste titre, puisqu’on entend encore parler des histoires de saisies de toute la nourriture à bord, même de boites de conserves pourtant « Made in Australia » ! Difficile de savoir jusqu’à quand cela a été le cas, mais toujours est-il que les Australiens ont fini par comprendre que de telles pratiques ne pouvaient que leur donner mauvaise presse, et ils ont largement assoupli les règles de biosécurité (encore appelée familièrement « quarantaine »), peut-être en se calquant sur les procédés moins dogmatiques de leurs voisins néo-zélandais. Les formalités d’immigration et de douane, elles, restent l’affaire de processus stricts, mais qui ont le mérite d’être clairs et d’autant plus faciles aujourd’hui que tout est électronique. Venant d’arriver à Coffs Harbour, il serait toutefois inexact de dire que tout stress était absent, car nous allions inaugurer notre séjour par la séquence officielle, en espérant qu’on finirait bien par nous laisser rentrer !

Commençons donc par l’immigration, ce qui demande un petit retour en arrière. Le visa touristique standard n’étant valable que trois mois, et n’étant renouvelable qu’à grand-frais une fois dans le pays, nous avions fait la demande d’un visa touristique de longue durée (jusqu’à 12 mois). Tout se fait sur Internet, mais le dossier à fournir est plus conséquent que pour le visa de 3 mois. Ce n’est pas grave, alors que nous étions encore à Nouméa, nous y avions consacré le temps qu’il fallait, remplissant de longues pages de formulaires. L’essentiel nous a semblé d’être exhaustif (liste des pays visités durant les 5 dernières années, avec dates…), d’expliquer succinctement notre projet, d’apporter la preuve de solvabilité financière pendant le séjour (relevés de compte, que nous avons mis en rapport avec le coût de la vie local pour la durée prévue du séjour), de déclarer que nous disposerons d’une assurance santé durant notre séjour, et surtout d’être honnête (oui, j’ai eu une instruction au maniement des armes, dans le cadre de mon service militaire). Ce dernier point est crucial, car il ne faut jamais qu’on puisse nous reprocher d’avoir menti. La procédure aurait pu demander un examen médical et/ou une entrevue avec un officiel consulaire australien, et c’est pourquoi nous avions engagé la démarche presque 6 mois avant, afin d’avoir des médecins accrédités et un consulat d’Australie sous la main à Nouméa. Mais quelle n’a pas été notre surprise de recevoir, en trois jours à peine, nos visas ! Nous nous sommes demandés si le fait que nous avions effectué un séjour de dix jours à Melbourne en février n’avait pas aidé notre dossier : nous étions ainsi connus des services d’immigration, nous n’avions pas fait d’impair pendant notre séjour (pas même d’excès de vitesse), et logiquement le risque de contagion d’une maladie n’en était pas accru. Toujours est-il que la seule chose que nous aurons eu à payer aura donc été la taxe de 185 AUD par dossier. Nous redoutions de devoir faire les examens médicaux et les radios des poumons pour dépister la tuberculose, ce qui aurait été sensiblement plus cher, mais rien de cela, la première étape était franchie !

Venons-en maintenant à la douane. Puisque nous nous rendons en Australie en bateau, celle-ci exige que nous la prévenions à l’avance, et ce entre 3 mois et 96 heures avant l’arrivée. Avant de partir de Nouméa, nous avons donc envoyé la liste des informations nécessaires, avec une date estimée d’arrivée, et le port d’entrée envisagé, Coffs Harbour, tout cela par simple email. Bien que ce ne soit pas obligatoire, nous avons même communiqué notre ETA mis à jour pendant la traversée, et à l’arrivée le douanier Mike nous a même félicité d’avoir mis à jour notre position régulièrement sur MarineTraffic.com, ce qui lui permettait encore d’affiner l’estimation. Il était d’ailleurs là le lundi matin à la première heure, nous appelant à la VHF pour nous expliquer comment nous allions procéder. Malheureusement son collègue de la biosécurité n’était pas aussi prévoyant, et il fallait attendre qu’il arrive de Newcastle, à 3 ou 4 heures de route, si bien que nous ne sommes rentrés dans la petite marina qu’à la mi-journée et que les formalités n’ont commencé qu’en milieu d’après-midi. Nous avions déjà pré-rempli les formulaires, aussi ne restait-il que quelques questions orales, la prise de quelques échantillons ici ou là à bord (pour chercher des traces de drogue), et c’était tout bon pour nous. Nous avions en main nos passeports tamponnés et notre permis de navigation (c’est-à-dire d’importation temporaire du bateau en franchise de taxes).

Nous voici sur un nouveau continent - une vieille terre que peuplait un peuple ancien et culturellement très différent. Mais en fait, en Australie, tout est différent !

Nous voici sur un nouveau continent – une vieille terre que peuplait un peuple ancien et culturellement très différent. Mais en fait, en Australie, tout est différent !

Restait la fameuse « quarantaine », celle qui hante l’esprit des navigateurs. C’est surtout Heidi qui a géré cet aspect-là car je m’occupais du douanier pendant ce temps. L’officiel nous a tout de suite plu. Il avait l’air jovial, semblait connaître son affaire, mais paraissait désorganisé à souhait. L’inspection devait durer un bon moment, et en ce qui concerne la nourriture nous lui avions facilité la tâche en rassemblant déjà dans un sac les quelques produits frais qui nous restaient (fruits, légumes, viande, oeufs, etc.), autant dire pas grand-chose. A notre surprise, la plupart du reste ne nous a pas été confisqué : ni le miel néo-zélandais qui nous restait, ni le beurre ou les autres produits laitiers (zut alors, nous aurions pu prendre bien plus de beurre aux cristaux de sel !), ni les herbes et épices. Seules quelques graines nous ont été retirées, mais bien peu en regard de nos stocks d’épicerie sèche ! Quelques questions encore sur l’état extérieur de la coque, de quand datait notre dernier carénage, etc. (pour savoir s’il y a des risques d’importation d’algues ou coquillages invasifs). Il y a quelques années il parait qu’ils étaient tatillons là-dessus, mais pour nous ça a été sans problème. Pas même de caméra plongée sous l’eau au bout d’une perche comme en Nouvelle-Zélande. Non, le sujet à la mode maintenant chez les officiels de quarantaine, ce sont les termites dans les bateaux aux aménagements en bois. Autant dire que, vu l’intérieur de Fleur de Sel, nous nous sentions particulièrement concernés. L’officiel a donc été fourrer sa tête dans la plupart des recoins pour voir s’il trouvait des traces de ces bestioles. Nous avions nettoyé le bateau de fond en comble à Nouméa, mais en même temps nous nous disions que si nous avions des termites à bord, nous serions heureux de l’apprendre le plus tôt possible. Et puis finalement, après avoir balayé le bateau de l’avant à l’arrière, nous avons été contents d’apprendre que notre bateau est a priori sain. Inspection de quarantaine terminée, tout allait bien. Ne restait que la partie douloureuse : si les formalités de douane sont gratuites à l’entrée (il semble qu’il faille payer un peu au départ du pays…), les formalités de biosécurité, elles, sont payantes : et 380 dollars de plus à débourser, mais il est vrai que nous venons passer de nombreux mois dans le pays alors c’est déjà nettement plus acceptable que pour un bateau qui ne ferait qu’une courte escale.

Ce soir là, à Coffs Harbour, lorsque nous avons enfin été libérés, nous étions dans un état second. Nous étions arrivés d’une semaine de mer peu de temps avant le lever du jour, et nous n’avions eu droit qu’à trois heures de sommeil avant l’appel VHF du douanier. Nous sommes donc allés nous dégourdir les jambes et découvrir brièvement notre nouvel environnement, mais sans réellement être présents. Et puis au retour de notre petite promenade, nous avons fêté ça avec un fish n’chips et une bière. Nous avions, certes, déjà mis les pieds en Australie quelques mois plus tôt à Melbourne, dans le Victoria, mais cette fois-ci nous y étions arrivé à bord de Fleur de Sel. Cela prenait une toute autre signification, et nous ne commencions à le réaliser que maintenant. Nous allions pouvoir attaquer la découverte d’un nouveau pays, et huit mois pour le faire ne seraient pas de trop. Autant dire que notre escapade victorienne n’était qu’un avant-goût, tant ce pays est grand. Ce continent, en fait, car il fallait se rendre à l’évidence : nous avions abordé un nouveau continent, et cela nous avait frappé, à l’approche de Coffs Harbour, de voir la carte à l’écran. Quel que soit le niveau de zoom, la terre était toujours là sur 180° de l’horizon. Du nord au sud, en passant par l’ouest, il y avait la terre, et ce même en dézoomant beaucoup. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas navigué le long d’un continent – depuis l’Amérique du Sud, en fait, et c’était en 2011 ! Finalement, ce que cela voulait dire, et même si nous avions mis particulièrement longtemps en raison de notre pause calédonienne, c’est que nous avions enfin fini notre traversée de l’Océan Pacifique. Nous étions à la fois fiers et tristes…

Il y a aussi eu, ce même soir, dans les collines derrière Coffs Harbour, de beaux gros orages, et nous étions régulièrement éblouis par les éclairs presque en continu. Ca faisait longtemps que nous n’avions pas eu droit à un tel spectacle. L’Australie nous démontrait, dès notre arrivée, à quel point la présence d’un continent faisait la différence au niveau météorologique. Un continent sec et chaud, qui contraste forcément avec l’eau de mer avoisinante, et qui entraîne des chocs thermiques importants. Mais une fois le son et lumière terminé, nous nous sommes laissés gagner par un bon sommeil réparateur.

Après la traversée et la quarantaine, il faut refaire le plein. Merci à Leo et Pepo pour leur généreuse aide !

Après la traversée et la quarantaine, il faut refaire le plein. Merci à Leo et Pepo pour leur généreuse aide !

C’est que le lendemain nous avions rendez-vous. Pepo, ami de longue date du père d’Heidi, et que nous n’avions pas vu depuis notre mariage, venait nous rendre visite. Cela faisait trois ans qu’il attendait notre passage en Australie, et après avoir patienté durant tout notre arrêt calédonien, il était réellement motivé pour nous voir. Nous lui avions annoncé que nous ne passerions pas par Brisbane et la Gold Coast, où il habite. Mais ce n’est pas grave, il avait décidé de venir nous rejoindre à Coffs Harbour en compagnie de son ami Leo, lui-même baroudeur et navigateur il y a peu encore. Les deux compères ont donc fait plusieurs centaines de kilomètres de route pour passer la journée avec nous, nous comblant au passage de cadeaux, nous faisant faire le plein de provisions au supermarché, et nous montrant telle ou telle chose spécifiquement australienne, comme par exemple ce club où nous sommes allés déjeuner. Ce soir-là, après une journée « Welcome to Australia » digne d’une tornade de générosité, une fois de plus nous peinions à réaliser pleinement ce qui nous était arrivé.

Ce sont surtout les jours suivants où, le repos aidant aussi, nous avons pris nos marques. Il nous fallait faire réviser notre grand-voile, qui commençait à réclamer de l’attention plus que tout ce que nous avions pu faire par nous-mêmes, notamment en 2013 en Nouvelle-Zélande, puis plus récemment en Calédonie. Et c’est à Pierre que nous avons eu affaire, voilier français à l’accent méridional, installé à Coffs Harbour depuis plus de 30 ans. Il a fait en un jour un travail fabuleux, que nous aurions eu du mal à faire faire en moins de cinq mois à Nouméa, et sans doute pour trois fois le prix au moins. Fleur de Sel retrouvait donc le lendemain déjà son moyen de propulsion essentiel, prête à poursuivre le voyage.

Voyage qui pouvait reprendre sans tarder. Dès le vendredi, la météo étant favorable, nous avons donc lancé Fleur de Sel dans la brise de nord-est naissante, cap au sud. Pendant une nuit sans histoire, rythmée seulement par le ballet incessant des cargos au large, montant et descendant la côte est australienne (mais heureusement pas trop de pêcheurs, pas forcément signalés sur l’AIS, et moins prévisibles), nous sommes passés devant Port Macquarie, poursuivant notre route jusqu’aux abords de Port Stephens. Nous allions arriver après le coucher du soleil, et même si l’entrée paraissait facile, les Broughton Islands étaient idéalement placées pour nous accueillir pour la nuit. Très peu nombreuses sont les îles débordant la côte de la Nouvelle Galles du Sud (en anglais New South Wales, et plus simplement NSW). Restait à trouver un mouillage dans ce petit archipel, car la baie habituelle, ouverte au nord, ne pouvait pas nous convenir, tandis que Coal Shaft Bay, une baie à l’aspect un peu plus sauvage, et où des récifs cassaient la houle de sud, nous a permis de passer une très bonne première nuit au mouillage.

Nous découvrons les orages de la côte est : fréquents, humides et violents !

Nous découvrons les orages de la côte est : fréquents, humides et violents !

Le lendemain, nous avons fait la dizaine de milles qui nous restait pour atteindre Port Stephens, un grand plan d’eau protégé et peu profond, au fond duquel nous sommes allés trouver un corps-mort visiteur (courtesy mooring) dans Fame Cove. Il s’agit d’une jolie petite crique entourée de végétation native, c’est-à-dire beaucoup d’eucalyptus en tous genres notamment. N’étant ouverte qu’à l’ouest, elle devait nous assurer une bonne protection pour la nuit, ce qui fut le cas, à l’exception d’un bon gros grain nous tombant dessus à l’improviste avec de bonnes rafales précisément de l’ouest. Rien de grave, nous étions bien amarrés, le fetch n’était pas long, et cela n’a pas duré longtemps. Mais nous commencions ainsi notre apprentissage de la météo côtière du NSW, au caractère capricieux et difficile à cerner. Heureusement, malgré les orages en soirée, le même scénario ne s’est pas reproduit le lendemain, et après une petite marche vers le magasin de bricolage Bunnings ce jour-là, et un approvisionnement à la supérette IGA de Shoal Bay le lendemain, nous étions prêts à repartir, pour profiter du vent d’est puis nord-est annoncé ce soir-là.

Durant la nuit, nous sommes passés au large de Newcastle, le plus grand port charbonnier d’Australie. Aux multiples cibles AIS reçues à l’intérieur correspondaient à chaque fois des feux éblouissants dehors. Les cargos pléthoriques patientaient au mouillage sur une vingtaine de milles, et la difficulté consistait à s’assurer qu’aucun pêcheur non identifié ne se mêlait à eux. Une fois passée l’entrée du Lake Macquarie (rien à voir avec le port du même nom, mentionné plus haut), le traffic se calmait un peu, mais le vent aussi. Et puis, à 25 milles de notre destination, alors que le temps s’était franchement dégradé, le vent a subitement tourné au sud et nous avons terminé cette étape sous la pluie. Le vent, lui, a viré au sud-ouest, nous permettant de tirer un bord pour nous éloigner de la côte, et puis il est retombé. Moteur, donc, mais pluie toujours. Et enfin le vent de nord-est est revenu, mais toujours accompagné de pluie. Nous n’avons donc pas vu grand-chose de notre entrée dans Broken Bay, et c’est sous des cordes que nous avons attrapé l’un des deux cents corps-morts dans America Bay. Pourquoi tant de bouées ? Car, bien que nous étions maintenant mouillés au coeur du Ku-Ring-Gai Chase National Park, nous étions aussi en lisière de l’agglomération de Sydney. Nous y étions presque, mais avant d’atteindre la ville quelques dizaines de milles au sud, nous allions d’abord pouvoir profiter ici d’un vaste et beau bassin de navigation aux formes fractales, entouré ici de banlieues, et là de nature presque vierge.

1 commentaire

  1. BP écrit :

    Pourquoi ai-je 50 ans de trop? Et pourquoi ne pas avoir fait cela dans mon jeune âge? Heureusement, j’ai la réponse et finalement je ne regrette rien. Quelle sagesse ou quel bonheur peut-être!
    Le temps passe et ne revient jamais en arrière. Il passe et il est déjà passé… allez comprendre quelque chose.
    Bon voyage et à une prochaine lecture toujours passionnante.
    BP

    30 novembre 2015, 14 h 55 min

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