Nous nous étions fixés la date du 30 juin pour terminer de travailler, et en programmant la sortie pour carénage au 1er juillet, cela nous obligeait quelque peu à respecter le timing (en fait il y a quand même eu un peu de retard). Fleur de Sel a donc été hissée au sec sur le travelift de Nouville, et nous avions devant nous une semaine pour gratter la coque et la nettoyer au karcher (une journée qui nous a permis d’ajouter « Brut de Corail » à notre gamme de parfums), la poncer (une autre journée), et la peindre en passant 2 à 4 couches d’antifouling selon les endroits (une journée à chaque fois). Comme nous avons fait recaler le bateau pour pouvoir peindre les endroits préalablement inaccessibles et que la pluie s’est immiscée dans le jeu (ce qui nous donnait le temps de nous occuper des passe-coques à revoir), la semaine prévue a tout juste suffi. Le 8 juillet, Fleur de Sel retrouvait enfin son élément, tandis que Port Moselle nous retrouvait une place pour quelques jours.

Quelques jours seulement, car une belle fenêtre météo se dessinait. Nous nous sommes donc lancés dans les derniers préparatifs, les derniers avitaillements, et nous avons finalisé la vente de Miss Twinguette, qui nous aura véhiculés fidèlement ces deux dernières années. Il a aussi fallu anticiper un peu car le 14 juillet tombait un mardi. A priori pas de problème, sauf que cela occasionnait donc un 13 juillet chômé dans toutes les administrations, également fermées le week-end qui précédait. Il nous fallait donc faire les formalités de départ au plus tard le vendredi 10 juillet au matin pour pouvoir partir le 14 ! Inutile de dire qu’entre-temps, la météo nous promettait finalement des conditions moins idéales qu’initialement. Mais comme aucune autre possibilité favorable ne semblait se dessiner avant 8 à 10 jours au moins, nous avons pris le parti de profiter au maximum de ce qui nous était offert. C’est donc le lundi 13 dans la matinée que nous avons quitté Nouméa, en profitant du (fort) vent de nord-est pour gagner au sud-est. Nous avons passé la nuit à Port Koutouré, joli mouillage paisible au sud-est de l’Ile Ouen, pour nous abriter des nombreux grains qui ont rythmés la nuit. Départ ensuite au lever du jour, pour de bon cette fois-ci, encore que nous avons mis encore un moment pour vraiment quitter la Calédonie comme on va le voir.

Le vent de nord, toujours musclé, nous permet d’abord de progresser vers l’est tout en restant dans le lagon. La sortie « habituelle » par le Canal de la Havannah est bien trop au vent. Et vu sa force, l’état de la mer en résultant et l’heure de la marée, franchir la Passe de la Sarcelle nous parait également trop dangereux. De toutes les manières, rester dans le lagon est plus confortable, et nous ne le quittons qu’au nord-ouest immédiat de l’Ile des Pins, par la Passe de Ngié. Comme nous devons y naviguer presque bout au vent sur une courte distance et que la passe n’est pas large, nous appuyons au moteur. Et là retentit l’alarme de refroidissement ! Pendant que Heidi termine la sortie à la barre sous voiles seules, j’ausculte le moteur pour constater que l’eau de mer ne circule pas. Mais vu comme Fleur de Sel sautille maintenant dans les vagues, impossible de faire quoi que ce soit pour l’instant. Heureusement, nous sommes vite dégagés du danger et nous attaquons vraiment notre traversée, avec cependant quelques interrogations qui trottent dans la tête. Malgré tous nos préparatifs, tout l’entretien et tous les travaux que nous avons fait ces derniers mois, le bateau est-il bien prêt pour reprendre le voyage ?

Quelques heures après, alors que la nuit tombe, nous croisons le seul bateau que nous verrons, le paquebot Carnival Spirit, repéré à 20 milles sur l’AIS (notre nouvelle installation marche bien !). Je l’appelle à la VHF et lui demande quel vent il a. Réponse : « Ca ne va pas vous plaire, mais E 2 noeuds ». Effectivement, deux heures plus tard, le vent de nord (qui devait tourner au nord-ouest puis à l’ouest) a définitivement disparu. Et dire qu’on ne peut pas mettre le moteur pour gagner des milles au nord-est ! Toute la nuit, nous allons donc nous battre pour faire avancer Fleur de Sel, souvent à un noeud, parfois à 2 noeuds en pointe (wow !), mais à d’autres moments en marche arrière… Les voiles battent dans la mer désordonnée, on aurait bien envie d’épargner quelques souffrances au gréement. Et puis, par deux fois, des baleines viennent même souffler à côté de nous dans la nuit d’encre. Heureusement, elles ne restent pas comme celles qui nous avaient accompagnées dans le Pacifique Est pendant près d’une heure. Pourquoi cela se passe-t-il toujours la nuit ? Mais même les mauvaises choses ont une fin : peu avant le lever du jour, le vent de sud annoncé (et tant attendu) arrive enfin, et Fleur de Sel peut se lancer dans une folle chevauchée de 24 heures et se dégager de la Calédonie.

Terre à l'horizon ! Un nouveau pays, un grand moment...

Terre à l’horizon ! Un nouveau pays, un grand moment…

Nous nous trouvons dans le sud de l’île d’Aneityum lorsque le vent tombe de nouveau dans une petite zone de transition, annoncée celle-ci. Mais entre temps, après avoir dormi un peu, réfléchi un peu aussi, et fait de nombreux essais de circulation d’eau dans les tuyaux du moteur, j’en viens à essayer une manip à laquelle je ne crois pas. Je change l’impeller de la pompe, pourtant récemment changé (comme toutes les 1000 heures, cela fait partie de l’entretien habituel du moteur et je l’avais sagement fait à Nouméa). Et là, hop, miracle, l’eau se remet à circuler, pour une raison non encore élucidée ! Dans l’immédiat cependant, ça veut aussi dire qu’on peut maintenant gagner du nord en faisant quelques heures de moteur, ce qui nous évite une nouvelle session de voiles battant dans la houle. Et puis dans la matinée, alors que Heidi est de quart, Aneityum apparait, là, devant l’étrave. Montagneuse et embrumée, pas très étendue, c’est ainsi qu’apparait cette première terre nouvelle depuis deux ans et demi. C’est un grand moment, qui nous fait beaucoup de bien. En plus, nous réussissons à arriver dans l’après-midi, ce qui nous évite de devoir capeyer au large toute une nuit durant. Bref, après un départ un peu musclé, une avarie préoccupante et une nuit pas drôle, tout va maintenant beaucoup mieux. Nous sommes globalement contents de Fleur de Sel qui semble en forme. La plupart des travaux que nous avons faits semble fonctionner, et notamment l’installation de l’antenne extérieure pour le téléphone satellite. Nous n’avions pas vraiment pu la tester auparavant, n’ayant activé l’abonnement satellite que peu de temps avant de partir, mais le branchement sur antenne extérieure nous donne toute satisfaction et prendre les mails et la météo est devenu nettement moins compliqué (car on peut le faire seul) et dangereux (pour le téléphone, car il peut rester au sec !).

2 commentaires

  1. anne-laure écrit :

    Quel suspense ! Mais heureusement un peu de sommeil vous aura amené la clef nécessaire au fonctionnement du moteur ! ouf.
    Contente de vous relire en voyage. Bonne découverte !

    2 août 2015, 12 h 25 min
  2. Nicolas

    Nicolas écrit :

    Eh oui, le sommeil peut faire des merveilles. Et le manque de sommeil peut mener à un manque de lucidité impressionnant. Mais à force de fréquenter ma chère et tendre, qui me rappelle souvent de prendre du recul, j’essaie de moins m’obstiner lorsque ce n’est pas urgent. Enfin, j’essaie… :-)

    2 août 2015, 12 h 51 min

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