Une traversée sans trop d’histoires, un long silence radio, un retour sur le Caillou, mais que se passe-t-il à bord de Fleur de Sel ? Nous vous l’avions laissé entendre à demi-mots, dès lors que nous avions chamboulé notre programme en Nouvelle-Zélande, nous avons quelque peu revu nos objectifs pour ces prochains mois. Plutôt que de reprendre notre voyage à grande vitesse et d’enchaîner les longues navigations, un projet tout autre est venu s’immiscer dans notre voyage…

Adieu l’idée de contourner l’Australie par le sud, abandonnée déjà au tournant de l’année pour nous permettre d’explorer l’Ile du Sud à la voile. Adieu ensuite l’idée de faire route rapidement vers l’Indonésie, puis vers l’Afrique du Sud, et ce en 6 ou 7 mois à peine. Place au contraire à la perspective de retrouver un mode de vie semi-sédentaire, en nous installant en Nouvelle-Calédonie ! Installation qui n’a rien de définitif, il faut bien le préciser, puisque nous envisageons un séjour sur le Caillou pour une durée moyenne, de quelques mois à deux ou trois ans au maximum. Installation qui a pour but de retrouver un temps un emploi. Mais installation qui signifie aussi pause majeure sur la route autour du monde que nous nous étions fixée.

Alors que nous quittons la Nouvelle-Zélande au départ d’Opua – un port que nous connaissons – en route pour Nouméa – que nous connaissons également, il y a désormais beaucoup moins de place pour la découverte et l’émerveillement. Et pourtant, nous profitons de chaque oiseau aperçu en mer, de chaque lever ou coucher de soleil, de chaque instant, même si, et peut-être parce que, nos esprits sont déjà quelque peu ailleurs. La mer, pourtant, nous rappelle qu’elle est toujours maîtresse. Même si la météo est très clémente, nous gratifiant pour cette traversée retour d’un bel anticyclone qui tiendra tout au long des sept jours de traversée, non loin dans l’est une belle dépression tropicale nous envoie de méchantes petites vagues du nord-est, qui croisées avec la mer du vent de sud-est, et avec la grande houle du sud-ouest, vient sérieusement nous secouer trois jours durant.

L’atterrissage se fait en fin d’après-midi, alors que les montagnes bleutées de la Grande-Terre se profilent dans le lointain, et que le Grand Récif fait briser la houle en un long ruban blanc. Il ne s’interrompt qu’aux seules passes qui permettent pour certaines de se faufiler dans le lagon, et c’est ce que nous faisons. Il est trop tard pour atteindre Nouméa avant la nuit, et avec l’accord de la douane obtenu par VHF, nous mouillons pour la nuit derrière l’îlot Kouaré – que nous connaissons déjà lui aussi… Navigation toute la journée le lendemain, par un beau calme plat qui impose l’utilisation du moteur, et nous voyons défiler des amers maintenant familiers, comme le phare de l’îlot Amédée. L’Anse Vata, la Baie des Citrons, et nous voici dans les passes. Port Moselle nous attend, et Fleur de Sel vient s’amarrer sur un ponton qu’elle connait aussi, pour ne plus en bouger pendant de longues semaines.

Incroyable revirement de situation, penserez-vous peut-être. Et sans aller jusqu’à penser que le voyage nous transforme – car nous avons toujours l’impression de rester nous-même – il nous fait en revanche prendre conscience d’autres réalités et de nouvelles opportunités. Il est de celles qu’il faut savoir saisir, et depuis neuf mois que nous évoluons dans le Pacifique sud-ouest, nous sommes émerveillés par le dynamisme qui existe dans cette partie du globe. C’est le cas dans toute la région Asie-Pacifique, et nous ne nous trouvons que dans une extrémité isolée de celle-ci. Pourtant, on a l’impression qu’ici tout bouge. Ici, c’est en Australie, c’est en Nouvelle-Zélande, c’est en Nouvelle-Calédonie, et ailleurs sans doute aussi. Comment ne pas céder à l’envie de faire partie, à sa manière, et à son niveau bien évidemment, de cette aventure. Comment ne pas tomber sous le charme de cet esprit pionnier, qui – l’espace d’un instant – donne l’illusion que tout est possible, que tout ne dépend que de l’envie de réaliser les choses…

L’alternative, celle bien planifiée, budgétée et travaillée depuis des années que nous nous sommes lancés dans ce projet, était de reprendre la route pour traverser en cet hiver austral l’Océan Indien, de passer le Cap de Bonne-Espérance en janvier prochain, et de remonter ensuite l’Atlantique, pour embouquer le chenal de La Trinité avant la fin de 2014. C’est un planning soutenu, qui ne permettra pas de consacrer autant de temps à l’exploration que nous l’avons fait lors de ce périple pacifique. C’est aussi un planning qui nous mènera au bout de nos réserves financières, comme prévu il y a quatre ans maintenant. Et enfin, c’est un planning qui vient se télescoper avec la conjoncture dans 18 mois environ. Et force est de constater qu’elle est non seulement mauvaise en Europe, vous le savez tous, mais qu’en plus elle devrait encore empirer, ce que beaucoup ne veulent pas admettre.

Confrontés à ce cocktail potentiellement ardu pour nous – retrouver du travail sur un marché sinistré sans avoir gagné sa croûte pendant 5 ou 6 ans, voilà un sérieux challenge, et non des moindres – et d’autre part à des opportunités sinon paradisiaques du moins nettement plus intéressantes et prometteuses, le choix nous a travaillés pendant les six mois passés en Nouvelle-Zélande. Oh oui, nous aurions sans doute aussi aimé faire la même chose en Nouvelle-Zélande, car en dehors du fait qu’on a du mal à y trouver du pain correct, on nous a souvent dit « This country needs people like you ! » Et c’est vrai qu’il y a tant de choses à faire. Mais il faut un visa, chose qu’il est à la fois long, cher et difficile à obtenir. L’Australie, nous ne connaissons pas, et c’est à la fois plus difficile encore et plus cher.

Alors va pour la Nouvelle-Calédonie, où les Français peuvent séjourner sans limitation de durée, que nous connaissons déjà, et où nous avons déjà fait notre repérage, en quelque sorte. Le climat social est loin d’être aussi apaisé, les formalités et les paperasses tiennent bien plus du dédale administratif français que de la clarté et du pragmatisme des voisins, et surtout il nous y sera bien moins aisé de trouver une place pour Fleur de Sel – chose particulièrement critique de décembre à avril, la saison des cyclones. Mais nos compétences sont mieux connues, nous pourrons être à pied d’œuvre plus rapidement, et nous ne souhaitons pas perdre trop de temps si les démarches ne débouchent pas. La Calédonie étant un petit marché, c’est parfait, nous nous donnons deux mois au plus pour faire bouger les choses, et à défaut nous repartirons vers l’Indonésie et la suite du programme initial.

A peine arrivés, ce sont donc CV, annonces, lettres de motivation, coups de fil, prises de contact, et autres démarches qui s’enchaînent, accaparant notre temps. A peine débarqués d’un projet, nous voici embarqués dans un autre ! Pendant deux semaines, rien ne bouge, mais nous sommes en mai, et aux jours fériés s’ajoutent des grèves. Puis les dix jours suivants nous voient récolter les premiers fruits de nos recherches. Et enfin, les dix derniers jours ont été plus fructueux encore en ce qui me concerne, tant et si bien qu’aujourd’hui le projet semble être en passe de se confirmer. Plus d’informations à venir par la suite, mais vous comprenez pourquoi nous avons été peu loquaces…

Nous aurons donc le loisir, le temps de cette escale plus longue que les autres, de vous en apprendre plus sur notre environnement antipodien. Et que ceux qui s’inquiètent soient ici rassurés : le voyage reprendra, mais pas tout de suite. Fleur de Sel compte bien parcourir encore la moitié du globe qui nous est inconnue. Seulement il nous faudra attendre un peu plus pour découvrir les eaux de l’Océan Indien, après avoir un peu posé notre sac, après avoir travaillé, après avoir aussi, pourquoi pas, vagabondé encore un peu plus dans le Pacifique Sud ?

1 commentaire

  1. moello yves écrit :

    Bonjour Heidi et Nicolas, vous prenez une sage décision, félicitations. ça n’a pas dû être facile à prendre, mais vous avez du bon sens.
    Comme tous ceux qui vous suivent, j’ espère que Fleur de Sel fera son tour complet, mais y a pas le feu
    Amitiés? Yves et Pascale

    28 juin 2013, 18 h 38 min

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