Pour être à l’heure au rendez-vous, il faut partir dans la nuit de Bora Bora. Alors nous avons levé l’ancre vers 23h30, pour passer devant le village enfin endormi et franchir la passe où étaient actifs quelques pêcheurs. C’est qu’il y a du monde à nourrir dans tous les hôtels… Nous mettons aussi la ligne à l’eau, mais elle restera bredouille, même au petit matin. Après un bon bord de grand-largue et après avoir empanné, nous voyons la silhouette de Maupiti se dessiner dans l’aube naissante, silhouette que l’on n’avait qu’aperçu de loin hier sur l’horizon.

La passe, ici vue du sommet de l'île et bien ouverte, peut à d'autres moments être barrée de brisants sur toute sa largeur

La passe, ici vue du sommet de l'île et bien ouverte, peut à d'autres moments être barrée de brisants sur toute sa largeur

A peine un quart d’heure après le lever du soleil, nous nous trouvons en face de la passe. La mer est tranquille, la houle fait moins d’1m50, l’entrée si redoutée ne devrait pas poser trop de problèmes. En se présentant tôt le matin, à marée montante, le courant contraire doit être minimal et en fait, nous n’aurons qu’un nœud contre nous, c’est une bonne surprise ! Tout se déroule sans encombre, même si c’est vrai que la passe est étroite. Peu de temps après, nous nous retrouvons dans le lagon, après avoir suivi les alignements et les balises. L’heure est venue de jeter l’ancre, là, juste au NW des deux motus qui encadrent l’entrée. Après un bon petit-déjeuner, l’heure est aussi venue du repos…

Au réveil, on peut prendre un peu plus le temps de contempler Maupiti. Sa forme est vraiment si particulière. Une arête rocheuse vient tomber presqu’à-pic dans l’eau, tandis que de part et d’autre c’est en pente plus douce que le terrain descend vers le lagon. Le village principal est niché sur la fine bande de terre qui se trouve au pied de la falaise, et l’église au toit rouge parait minuscule en comparaison. Autour, le lagon assez peu profond est fermé sur la majeure partie de son pourtour par des motus assez massifs : ils sont bien larges et créent une véritable barrière. Sauf un peu au SE et surtout au SW, où là il n’y a que le récif. On y a voit la houle, pourtant très modeste, y briser avec fracas.

Retour de snorkeling : c'était bien !

Retour de snorkeling : c'était bien !

Commençons par explorer le lagon. Le lendemain de notre arrivée, nous nous mettons à l’eau dans la passe (le courant y est toujours modéré), et attachés à l’annexe nous nous laissons dériver. On y voit quelques poissons, mais la visibilité n’a rien d’extraordinaire, ce qui n’est pas surprenant : le courant sort et l’eau est donc chargée de sable et autres particules. Nous faisons le tour du motu pour nous approcher du récif et dans à peine 1m d’eau, nous y trouvons aussi quelques poissons mais rien de remarquable si ce n’est cette belle raie que j’effraie un peu trop tôt pour qu’on ait le temps de bien l’observer.

Un autre jour, nous prendrons l’annexe pour faire le long trajet vers le récif SE. Là nous y trouvons un terrain de jeu extraordinaire : un labyrinthe de formations coralliennes dans 1 à 2m de fond, une eau translucide au possible où l’on voit à 30m au moins, et beaucoup de poissons. Nous y rencontrons plusieurs espèces que l’on n’avait encore jamais vues ni aux Tuamotu ni dans les Iles de la Société comme des labres-oiseaux aux couleurs bleu-vert formidables sans parler ni de leur « vol » assez comique pour un poisson ni de leur bec allongé. Nous nous trouvons aussi au milieu du plus grand banc de chirurgiens-bagnards que nous ayons rencontré. Et puis le coin grouille de bénitiers colorés et d’ailleurs les pêcheurs le savent bien puisque non loin de là il y a aussi tout plein de tas de coquilles de bénitiers vidées… Vraiment ce fut un snorkeling formidable.

Majestueux animaux...

Majestueux animaux...

Et puis le matin de notre départ, ce sont de bien plus gros poissons que nous avons rencontré sous l’eau : des raies manta ! Avec leurs deux, trois, peut-être quatre mètres d’envergure, ce sont véritablement des créatures majestueuses. Le rendez-vous est donné autour d’une patate de corail précise, à heure quasiment fixe tous les jours. Nous avions tenté de les voir à notre arrivée, mais sans savoir précisément où ni quand. Or, les raies mantas viennent chaque matin se faire nettoyer et il semble que ce soit réglé comme une horloge. Malheureusement l’eau est un peu trouble, car cela se trouve un peu dans le courant, mais nous avons la chance d’assister au spectacle de deux puis trois géants venant tournoyer autour du fameux rocher. Après un petit ballet, les voilà reparties, semble-t-il. Mais non, elles reviennent encore, à quatre puis cinq. En fait, non, au plus fort de la danse elles seront même sept ! C’est incroyable de les voir évoluer lentement, tel de grands oiseaux. Elles sont belles, avec leurs « ailes » noires, leur tout petit aileron caudal, et surtout leur énorme bouche. Heureusement, elles sont inoffensives, et on peut donc les observer sans rien craindre si ce n’est de les déranger.

Décoration 100% naturelle pour jardin 100% coquet

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Mais à Maupiti, nous avons aussi exploré l’île elle-même. Son petit village qui s’étire tout en longueur, avec ses trois magasins et sa boulangerie, son église, un unique snack-restaurant, et son infirmerie. Ca nous rappelle un peu l’ambiance à Mangareva, si ce n’est qu’il n’y a pas ou peu de perliculture ici, et que les pensions sont plus nombreuses – ony croise même régulièrement des touristes. C’est qu’il y a une différence de taille : on n’est qu’à 50km de Bora Bora et à 1h de vol de Tahiti… Les Gambier étaient à 1’700km de Tahiti, soit 4h de vol ! Et pourtant, subsiste ici une ambiance bon-enfant, tranquille et agréable. Sans doute est-ce le coin le plus préservé des Iles de la Société. Nous nous laissons surprendre par une particularité que nous n’avions encore vue nulle part en Polynésie. Devant les maisons se trouvent des tombes, parfois fleuries, mais le plus souvent seulement sobrement décorées. En revanche, nombre d’entre elles ont un toit pour être à l’abri de la pluie ! Visiblement à Maupiti on garde ses ancêtres à la maison, et on continue à prendre soin d’eux.

Le side-car polynésien

Le side-car polynésien

L’île elle-même n’est pas trop grande, et notre première promenade est pour en faire le tour, en 3h à pied. Sur l’unique route en anneau, on croise un nombre incroyable de scooters et quelques vélos. Il nous semble que les habitants de l’île ne cessent de se rendre « en ville » pour un oui ou pour un non. Mais c’est autrement plus drôle lorsqu’on croise quatre personnes de front : une en scooter à laquelle s’appuient trois vélos, ce qui permet de déplacer quatre personnes sans se fatiguer. Une chose est certaine : il n’y a pas de gendarme dans l’île ! En chemin nous remarquons aussi le nombre incroyable de plantations de Tiare Tahiti, la fleur de tiare si emblématique de Tahiti – enfait, tiare signifie déjà fleur en tahitien. Elles sont utilisées pour faire les couronnes servant à accueillir les voyageurs. A la pointe ouest de Maupiti se trouve une très belle plage, où on vient admirer les couleurs du lagon. Et puis la « route traversière », qui monte une petite colline, nous permet d’admirer le même lagon vu d’un peu plus haut. D’ailleurs, il n’y a pas que le lagon qui mérite notre attention : les motus et l’océan au-delà aussi, ainsi que les montagnes à l’intérieur de l’île, qui montent à près de 400m. L’escarpement qui tombe raide est impressionnant et on dirait par moment que le Jura a les pieds dans l’eau turquoise. Un Jura qui serait boisé de manière légèrement plus tropicale, il est vrai ! D’ailleurs, au retour, nous trouvons (enfin !) un bel arbre plein de citrons que nous cueillons en grand nombre ainsi que quelques pamplemousses. Un peu plus tard, alors que nous nous lancerons dans la confection d’un sirop, nous nous rendrons compte qu’il s’agit en fait d’oranges ! Qu’à cela ne tienne, il y aura du sirop de citron et du sirop d’orange.

Le lagon sud, des fractales de corail

Le lagon sud, des fractales de corail

Notre deuxième randonnée sera un peu plus ardue. Nous avons attendu plusieurs jours pour que le temps soit vraiment bien dégagé, et ce matin là nous attaquons les quelques marches qui indiquent dans le village le début du chemin. Très vite cela devient un sentier, qui grimpe presque sans discontinuer. Un peu plus loin, nous tombons sur les équipages des trois autres bateaux au mouillage, et c’est ensemble que nous poursuivons l’ascension. Deux cordes permettent de se tenir dans deux raidillons particulièrement pentus, et nous voilà enfin au sommet ! La vue est à couper le souffle.A l’horizon on voit bien Bora Bora et on devine Tahaa et Raiatea. A nos pieds, le lagon, toujours lui, mais on découvre dans sa partie sud des motifs alambiqués : le corail a créé des structures tout à fait formidables qui donnent des formes allant du nid d’abeille à la toile d’araignée, à moins que ce ne soit des marais salants. Evidemment, il faut imaginer le tout en teintes de turquoise, délimité par du corail allant du blanc à l’orange sombre. Au-delà du platier de sable – sur lequel Fleur de Sel tire sur son ancre – etdes motus, il y a le récif, frangé de blanc, et tout juste derrière le bleu sombre de l’océan. Il n’y a pas plus visuel pour se rendre compte de la particularité incroyable de ces îles : à moins d’un mille du récif, il y a déjà mille mètres de fond ! Ca tombe à pic. C’est que nous sommes sur les restes d’un vieux volcan qui surgit des abysses. Et au loin, on distingue bien la passe entre les deux motus et on voit qu’entre les brisants une petite entaille permet de se faufiler dans le lagon.

C’est justement par là qu’il nous faudra repasser. Le lendemain de cette balade-escalade, et après avoir passé une soirée très sympa en compagnie de l’équipage allemand d’Elan, et après nous être assurés que Fleur de Sel est prête, nous nous lançons dans le goulet. Cette fois-ci le courant est avec nous et il est plus rapide. Surtout, le vent de SE souffle bien – c’est d’ailleurs ce qui nous pousse à saisir cette fenêtre météo. Aussi est-ce un peu sportif, puisque le courant vient lever de belles vagues bien hachées au dehors dans l’axe de la passe. Juste avant d’être sortis, nous saluons d’un geste un pêcheur muni de son fusil juste à côté de sa barque. Adieu Maupiti, adieu aux Polynésiens. Le relief de Maupiti s’effaçant dans le jour déclinant sera notre dernier coup d’œil à la Polynésie Française. Presque 10 mois après y être arrivés, il était temps, me direz-vous. Mais une parenthèse se referme, une longue et belle parenthèse…Nana ! *

* A la fois « au revoir » et « à bientôt » en tahitien

1 commentaire

  1. christine écrit :

    c’est d’autant plus passionnant de lire votre récit, que nous retrouvons tout ce que l’on a aimé et connu.
    Bravo les patagons pour cette ultime, exploration de la Polynésie.
    Snif, Muscade est au sec. Escale de 2 jours à PPT et envol mercredi par l’ouest de la planète !
    grandes bises tahitiennes, on pense à vous

    ch & jf

    2 juillet 2012, 21 h 15 min

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