Quelle différence ! La Polynésie Française a ceci de merveilleux que ses archipels sont remarquablement divers et variés. Si bien qu’en quittant les Marquises et en arrivant aux Tuamotu quatre jours plus tard, on est transporté dans un univers radicalement différent. Ici ce n’est plus le monde de la montagne mais celui de l’eau et la randonnée fait place aux baignades.

La veille de l’arrivée, une touche sur la ligne de pêche nous fait prendre une petite bonite, qui terminera poêlée et en soupe. On sent que les récifs coralliens ne sont plus très loin. D’ailleurs, dans la nuit, on passe entre Makemo, que nous avions visité à l’aller et Katiu, que nous avions aussi longé. Cette fois-ci, on ne verra ni l’un ni l’autre. Il fait nuit noire, et de toutes les manières, même de jour il faut être bien proche pour voir les atolls : au lever du soleil, un regard aux jumelles ne nous permet pas non plus de voir le petit Tuanake qui devrait être à 10 milles sur bâbord arrière. Ce que j’aperçois en revanche, c’est quelque chose dans le sillage et qui s’avère être un beau thon rouge ! Deux prises en 24 heures, c’est presque du jamais vu à bord de Fleur de Sel où la pêche est plutôt frugale… Miam les bons sushis en perspective ! Sans parler des pavés mi-cuits ni des filets séchés.

En revanche, le vent qui nous avait bien porté depuis les Marquises tombe petit à petit, comme prévu. Ca n’empêche pas Nomad, catamaran dont la voile est apparue dans le sillage au lever du jour, de nous dépasser allègrement. Il fait le même cap que nous, celui de la passe Teavatapu, sur Tahanea. Présentation de notre lieu de villégiature pour la semaine à venir : 25 milles de long sur 7 de large, 7,7 km² de terres émergées pour un lagon de 522,5 km². Eh oui, nous voilà de nouveau dans le monde fabuleux des atolls. C’est l’archipel des Tuamotu.

Ils sont au nombre de 78 survivants d’anciens volcans dont ne subsiste que l’excroissance corallienne qui s’est bâtie autour de l’île désormais submergée. Rassurez-vous, il nous sera impossible de les explorer tous : il nous faudrait bien plus de temps que celui dont on dispose, et nous y serions encore dans trois ans. Car ils s’éparpillent sur 850 milles (1’580 km) de Mataiva au NW à Marutea et Morane au SE, et même 950 milles (1’760 km) si l’on compte les Gambier et Temoe. Certains sont célèbres pour leurs plongées accessibles aux passionnés (Rangiroa, Fakarava, Tikehau…), d’autres sont célèbres aussi mais plus tristement (Moruroa, Fangataufa…).

Dans la plupart des cas, à moins de bénéficier de très bonnes conditions météo, il est à moitié hasardeux de vouloir mouiller sur la pente externe du récif, vu qu’il tombe le plus souvent à pic : plusieurs centaines de mètres de profondeur parfois à quelques dizaines de mètres du platier, qui affleure, lui. Donc pour pouvoir débarquer, mouiller, visiter, il faut entrer dans le lagon, et tous les atolls n’ont pas forcément de passe profonde, et l’on ne peut que les admirer de la mer. Ce n’est heureusement pas le cas de Tahanea, qui offre trois passes côte à côte, et dont la passe centrale est plutôt facile. C’est parfait pour débuter, en plus nous arrivons à l’étale de courant, et enfin le vent est complètement tombé, si bien qu’on entre dans le lagon tout tranquillement avant la mi-journée du 14 avril.

Mouillage, installation des tauds de soleil, car il fait chaud, et repos. Voilà pour cette première journée, passée juste sous le vent du motu Hotupae. Rappelons que les motus sont les îlots. Or dans un atoll, il n’y a que des motus… Donc c’est sous le vent d’un motu qu’on mouille pour la première nuit. Le lendemain, après un petit snorkeling autour de la très jolie patate de corail qui se trouve non loin, on décide d’aller voir un peu plus loin, du côté d’Otao, l’ancien village. Deux maisons inhabitées que les propriétaires utilisent seulement lorsqu’ils viennent récolter le coprah, et un petit chat, tout seul, qui est sans doute là pour garder tout ça. Mais à force de miauler, il s’en est fallu de peu qu’Heidi ne craque et ne l’embarque ! En revanche, le mouillage à l’est du « village » est encore soumis au courant de la passe, si bien que le bateau tourne à chaque marée, et surtout il n’est plus face à la faible brise. Résultat : plus d’air dans le bateau, et on passe une nuit étouffante. Le snorkeling, en revanche, est assez sympa, et on patauge avec plaisir entre les petites patates de corail qui abritent une faune très bigarrée.

Il nous faut donc bouger, d’autant plus que la météo nous annonce encore deux jours de temps calme avant un renforcement notable de l’alizé. Alors snorkeling encore, du côté d’une jolie tête de corail non loin à l’est du village, et après examen des photos satellite, nous décidons en début d’après-midi de traverser le lagon vers le sud. L’idéal aurait été de le faire un peu plus tôt, car les coraux affleurants ne sont visibles que lorsque le soleil est bien haut et surtout pas de face. Et les cartes ? Eh bien c’est simple, mis à part les environs de la passe, l’atoll n’est pas hydrographié, et puis de toutes les manières même s’il l’était les levés dateraient certainement du XIXème siècle. Il est vrai que nous sommes au XXIème siècle, et donc on s’aide aussi des photos satellite obtenus sur Google Earth (lorsqu’il n’y a pas de nuages…) Bref, au final on navigue donc à vue, c’est le seul moyen de ne pas se mettre au plein, et pour mieux y voir, je grimpe donc dans les barres de flèche.

De là-haut je vois les motus et le récif à peu près tout autour de nous, ce que l’on ne voit pas du pont. En effet, les motus ne dépassent pas 4 ou 5 mètres d’altitude, et seuls les cocotiers sont visibles au-delà de quelques milles. Alors au ras de l’eau on ne voit que quelques motus ici ou là, et de temps en temps la gerbe blanche que la houle vient transformer en écume lorsqu’elle se brise sur le récif. On pourrait presque se croire en mer. Oui, mais non, il y a les patates de corail, d’abord, et on en croise une de temps en temps, qui remonte de 30m de fond à la surface. Et puis on le sent bien qu’on est dans un lagon : pas de houle, pas de ressac comme dans les mouillages infernaux des Marquises !

Notre nouveau mouillage est assez particulier : nous sommes à l’ancre derrière un récif affleurant dans le lagon, non loin du récif sud. Autour de nous, uniquement des nuances de turquoise, et c’est la solitude absolue ! Il y a bien un tout petit motu, à un mille dans le SE, et nous irons en faire le tour à pied le lendemain. Nous poursuivons d’ailleurs la promenade en annexe par-dessus le platier à marée haute, et nous arrivons non loin des brisants. Et puis au retour, nous nous mettons à l’eau autour de la petite langue de corail qui nous protège. Le paysage sous-marin est superbe, et nous admirons ici encore pléthore de poissons de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Des balistes, des chirurgiens, des poissons-anges, des perroquets, et évidemment, bien que ce ne soit pas pour nous rassurer, nous avons droit à un requin, comme à chaque fois ici. Oh, en soi ce n’est pas grand-chose, ce sont uniquement des pointes-noires, qui sont censés être inoffensifs, et de toutes les manières ils ne sont pas bien grands (moins de 2m), mais tout de même, ça impressionne malgré tout.

Le 18, comme prévu le vent s’est levé dans la nuit, et il souffle d’est de manière assez soutenue. Derrière notre petit récif nous sommes bien à l’abri. A marée haute un peu de clapot passe, mais rien de bien grave. Mais nous profitons de ce prétexte pour bouger encore, en longeant sur 10 milles le récif sud. Motus, brisants, cocotiers, patates se succèdent pendant que nous gagnons le coin sud-est de cet atoll qui est une réserve naturelle depuis quelques années (une pancarte nous le rappelle non loin des maisons d’Otao). Nous mouillons tranquillement sous le vent d’un joli motu, où l’eau est parfaitement plate tandis que l’éolienne fait rentrer les ampères. Trois autres bateaux sont mouillés un peu au nord sous le vent d’un autre motu, dont deux que nous avions vus près de l’entrée. Et peu avant la tombée de la nuit, un cata approche et semble vouloir mouiller non loin de nous. Oh surprise, ce sont nos amis de Pacific Bliss, rencontrés à Ua Huka !

Blanc de la plage de corail, vert des cocotiers et turquoise de l'eau, ici il n'y a rien d'autre !

Blanc de la plage de corail, vert des cocotiers et turquoise de l’eau, ici il n’y a rien d’autre !

Le lendemain, ils nous invitent à les suivre à la mi-journée vers un motu voisin, où nous rejoignent également les autres bateaux : c’est l’anniversaire de Lizzy, et à ce titre il y a après-midi de jeux sur la plage (en fait surtout jeux pour les enfants, certains sont préposés au débourrage et râpage de cocos, tandis que d’autres cassent et préparent les sept-doigts que nous avons ramassés). Nous terminons par une piña colada au coucher du soleil avant de se retrouver sur Pacific Blisspour un bon gueuleton. C’est la fête !

Nous passons encore quelques jours dans ce petit coin paradisiaque, alors que le vent continue à souffler, et nous sommes tous contents que quelques rapides grains viennent répandre un peu de pluie sur nous. En effet, cela fait plus de 15 jours que nous n’avons pas eu de pluie, et il est de bon ton de remplir nos réservoirs, vu que l’on compte passer encore quelques semaines dans les Tuamotu. Colin et Lizzy nous ont dépannés de quelques bidons produits par leur déssalinisateur, mais c’est encore mieux quand ça tombe du ciel !

Avant de quitter Tahanea, nous retournons à Otao. Thierry et Corinne de Majorque nous ont recommandé d’y tremper notre masque, et alors que la marée commence à rentrer on rejoint l’extérieur de la passe en annexe et on se met à l’eau. Là, un tapis de corail se révèle à nous, s’étalant entre la surface et 5m de profondeur environ. Les poissons grouillent un peu partout, et comme d’habitude on se fait surprendre par un ou deux requins (dont un aileron blanc). C’est tellement beau de se laisser porter par le courant, en dérivant au-dessus d’un tel décor (avec l’annexe attachée à la taille), qu’on en redemande. On enchaîne avec l’autre bras de la passe (moins impressionnant, mais tout de même joli), et on revient faire encore une fois le bras ouest de la passe. C’est tout simplement magnifique et on est tout heureux de ne pas avoir raté ça !

Et puis, alors que la marée arrive à l’étale, on appareille et on franchit la passe, après avoir passé 9 jours à Tahanea. 9 jours que nous n’aurons vraiment pas vu passer, sauf lorsqu’on regarde le stock de légumes. Et nous nous dirigeons donc vers Fakarava, le deuxième plus grand des Tuamotu, et surtout celui qui est le plus peuplé du coin. Là-bas nous devrions y trouver quelques magasins et donc quelques produits frais. Il y a 50 milles à parcourir et c’est un peu juste en une journée, surtout lorsqu’il faut composer avec les horaires de la marée. Nous partons donc au soir pour arriver le lendemain matin. En plus le vent devient très très mou, donc ça tombe bien qu’on ne soit pas pressés d’arriver avant le lever du jour.

1 commentaire

  1. Marie-Caroline Remy écrit :

    Merci pour cette visite par procuration de Tahanea.
    L’histoire du petit chat qu’Heidi a failli adopter me fait repenser à votre lézard dont je veux depuis longtemps vous demander s’il est toujours à bord ou s’il a disparu entre deux cloisons.
    Je transmets comme toujours vos articles à Grand Papa: quel dommage qu’il ne soit pas connecté. Il ne sait pas ce qu’il manque…
    Ici, aller et retours dans tous les sens: nous sommes rentrés lundi matin de NY où nous avons vu Louisiane, Eléonore et Sofiya sont arrivées d’Istanbul jeudi soir et Sébastien hier (vendredi). Nous avons maintenant le bébé pour le week end alors que ses parents sont à un mariage d’amis en Sologne. Entre temps, nous avons fait une autre virée à Roissy pour récupérer Constance qui a fini son 2ème semestre à Boston et qui repartira le 31 août après des vacances durant lesquelles elle espère trouver un job. Bref, de quoi donner le tournis!
    Baisers à tous les deux,
    Maman

    12 mai 2012, 9 h 53 min

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