Après la « Hawaiki », Fleur de Sel s’en est retournée dans le lagon des îles jumelles. Raiatea et Tahaa partagent en effet le même lagon, et vues du ciel on dirait un trou de serrure ! La course de pirogues ne nous aura laissé que peu de temps pour explorer Raiatea, et sachant que nous comptons y revenir d’ici quelques mois, nous nous contentons pour cette fois-ci d’une visite approvisionnement à Uturoa, petite ville par bien des aspects, mais aussi la plus importante et capitale des Iles Sous le Vent, la deuxième agglomération de Polynésie Française, et surtout la plus grande ville que nous avons vue depuis bien longtemps… C’est plutôt Tahaa, « l’île vanille », que nous explorons cette fois-ci.

Notre première nuit dans cette île discrète et tranquille sera passée à l’ouvert de la Baie d’Apu, où une douzaine de voiliers s’abritent ici des alizés qui soufflent plutôt pas mal. L’ambiance est tranquille, ce qui n’est pas pour nous déplaire, comparé au spectacle des rameurs survoltés que nous avons vus ! Mais dès le lendemain, nous sommes allés mouiller devant Tautau, le motu qui abrite le célèbre « jardin de corail ». Pour l’heure, le temps n’est pas particulièrement engageant, puisque nous mouillons sur le superbe platier de sable, avec 1m50 d’eau pas plus, le tout sous un bon grain bien gris avec de bonnes rafales. Mais le lendemain, assez tôt pour ne pas prendre trop de coups de soleil – nous en avons déjà pris bien assez les jours précédents – nous filons en annexe, les palmes, masques et tubas à la main. La plongée est pas mal, ce site étant très réputé. Nous trouvons que le corail est plutôt décevant, car il est très décoloré et on voit même beaucoup de corail mort. En revanche, il y a beaucoup de poissons peu farouches, et nous passons un bon moment dans environ un mètre d’eau entre les patates.

Cet après-midi là, nous contournons Tahaa par le nord, le lagon permettant de faire tout le tour de l’île en eaux abritées. En soirée, nous atteignons la Baie de Haamene, la plus longue de Polynésie Française, et qui nous permet d’atteindre quasiment le centre de l’île. Le paysage est joli, entouré de montagnes, et le village de Haamene est un peu endormi. C’est l’ambiance traditionnelle de cette île rurale, réputée surtout pour sa vanille. C’est là que nous trouvons de l’eau accessible facilement à l’enracinement d’un ponton, et à la faveur du beau temps, nous effectuons une opération lessive majeure ! L’autre mission pour nous est de trouver de la vanille, même si nous remettons à la prochaine fois la visite d’une exploitation. Nous profitons de ce week-end paisible pour nous plier aux coutumes locales et déguster un plat typiquement polynésien : le chow-mein chinois ! ;-)

La météo est plutôt favorable pour nous, car la rotation des vents se fait exactement lorsqu’on en a besoin. Et il nous faut donc déjà avancer vers Huahine, l’île voisine, distante d’une grosse vingtaine de milles. La mer est belle et le vent de nord-est nous mène en une petite journée de la Passe Toahotu à la Passe Avapehi. Plutôt que d’aller mouiller devant le village de Fare, le principal de Huahine, nous préférons continuer un peu plus loin dans le lagon. Contrairement à Tahaa et Raiatea, le chenal est plutôt étroit, et il n’y a aucun motu sur le récif de la côte ouest. Seul un grand platier de sable, réfugié derrière le récif de corail, sépare le large du lagon.

Nous élisons domicile dans la vaste baie de Port Bourayne, là où Huahine se sépare en deux : il s’agit en fait de deux îles, Huahine Nui et Huahine Iti – la grande et la petite – séparées par un chenal très peu profond et reliées par un pont. Contrairement aux sept bateaux mouillés devant Fare, nous sommes seuls pour admirer le paysage grandiose qui s’offre à nous. Dans le soleil déclinant, nous admirons le côté majestueux et pourtant chaleureux des collines verdoyantes, au pied desquelles c’est à peine si quelques habitations occupent ici ou là le rivage. Malgré les élégantes villas qui occupaient les bords du lagon, Huahine semble avoir conservé sa tranquillité et sa beauté originelle. C’est plus que suffisant pour nous donner envie de revenir, le jour où nous repasserons par là. Entre les marae du nord et le beau mouillage du sud, il y aurait pourtant amplement de quoi faire, mais nous voulons en plus revenir à Bourayne. Pourtant, lors de notre retour aussi, il faudra faire des choix…

Le front annoncé est là, et nous quittons donc déjà les Iles Sous le Vent. A l’occasion de cette perturbation, les alizés qui soufflent d’est vont disparaître, remplacés par du vent de nord à ouest, ce qui nous permet de faire route à l’est. En temps normal, ce serait un désagréable louvoyage de 80 milles, et c’est donc une belle occasion d’engranger des milles rapidement. Enfin, rapidement c’est ce que laissaient présager les prévisions, car le vent a été plus capricieux qu’on ne le souhaitait, mais les milles ont malgré tout été avalés plus facilement qu’au près, quitte à devoir négocier des grains, des bulles sans vent, des rotations venues d’on ne sait où. Et au petit matin, malgré la masse nuageuse, nous voici devant la belle, devant Moorea.

Pour nous, ce ne sera pas vraiment « l’île sœur », comme on la surnomme en comparaison à Tahiti : de cette dernière nous n’avons qu’entre-aperçu une pointe de terre, mais nous ne venons pas à Moorea après Tahiti. Eh oui, depuis Raiatea, nous faisons les choses à l’envers, à contre-sens des alizés, et à contre-sens de ce que font les autres voyageurs… Mais Moorea n’en sera pas moins belle pour autant, en dépit des nuages qui ne semblent pas quitter le Mont Rotui. Nous mouillons à l’ouvert de la Baie d’Opunohu, la plus occidentale des deux entailles qui viennent donner à Moorea une forme de raie manta. Le paysage est beau, l’eau est délicieuse et la plongée vers le récif n’est pas mal non plus. Le corail est toujours moyen, mais les poissons sont superbes. Seul regret : on sent décidément qu’on est dans une zone très touristique, car les hôtels bien que relativement discrets sont néanmoins omniprésents, et surtout les touristes vont et viennent en hors-bord, en bateau de plongée, en énorme paquebots de croisière et en jet-ski… (ces derniers sont évidemment les plus pénibles).

Le lendemain de notre arrivée, en fin d’après-midi, nous déplaçons Fleur de Sel au fond de la baie. Changement de décor total, l’eau de limpide devient turbide, et les montagnes nous environnent maintenant de trois côtés. Au fond de la baie se dresse l’aiguille acérée de Mouaroa. Au petit matin, nous sommes à pied d’œuvre, prêts à débarquer, chaussures de marche aux pieds, et nous entamons la remontée de la Vallée d’Opunohu. On suit tout d’abord la route sur laquelle se suivent les pickups, cars et quads de touristes. Ce n’est pas au Lycée Agricole, où nous nous arrêtons tout d’abord pour goûter aux délicieux ananas de Moorea (en jus et en sorbet !), que vont tous ces gens, mais au belvédère situé un peu plus haut. Nous nous y rendons aussi, mais à partir du site de marae – plusieurs anciens sanctuaires religieux – nous empruntons un chemin dans la forêt. La vue du belvédère est splendide, avec les deux baies d’Opunohu et de Cook qui viennent encadrer le Rotui (toujours embrumé), tandis que les grains viennent déverser un rideau de pluie ici ou là.

Moorea, l'île des ananas...

Moorea, l'île des ananas...

Nous nous laissons alors intriguer par un panneau indiquant « Trois Pinus », et bien nous en prend, car en suivant le chemin qui semble d’abord redescendre vers la Baie de Cook avant de monter en lacets, nous aboutissons à un point de vue encore plus beau. La vue n’y est pas aussi symétrique, mais elle est plus dégagée et laisse mieux voir les nombreuses plantations d’ananas. Chose qui ne gâche rien, il n’y a plus aucun des 2’000 touristes américains, australiens ou allemands débarqué du paquebot à l’ancre depuis ce matin. Nous profitons donc de cette vue merveilleuse seuls à seuls avec le Rotui que son nuage n’aura bien voulu lâcher qu’une fois que nous serons redescendus ! La redescente nous fait traverser les plantations d’ananas et les bananiers, papayers ou autres arbres fruitiers, et nous atteignons finalement Paopao, village situé au fond de la Baie de Cook, en contrebas de la montagne percée.

Nous y trouvons un supermarché bien approvisionné, et avant même que nous ne tentions de trouver une voiture pour rejoindre notre mouillage, un minibus pour touristes tout fraîchement sortis de l’avion se propose de nous avancer. C’est merveilleux la Polynésie : même dans un lieu si touristique, les habitants n’ont pas perdu leur sens de l’accueil. Nous revenons donc à bord de Fleur de Sel de belles vues plein les yeux et de beaux souvenirs plein la tête. Le lendemain matin, une nouvelle petite plongée sur le récif, avec de nouveau plein de jolis poissons, sera notre adieu à Moorea où nous reviendrons aussi avec grand plaisir ! Décidément, malgré leur caractère bien plus touristique que les autres îles polynésiennes que nous avons visitées jusqu’ici, les Iles de la Société ont su nous séduire, et nous faisons déjà des projets concernant tout ce que nous souhaitons y faire lors du passage que nous prévoyons pour l’automne prochain. Mais pour l’heure, en prévision de notre escapade européenne, il nous faut rejoindre Tahiti, que l’on aperçoit déjà une fois sortis de la Baie d’Opunohu.

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