A quoi occupe t’on nos journées ? Vous êtes nombreux à nous le demander, et il nous est souvent difficile d’y apporter une réponse, tant les journées ne se ressemblent pas. De même qu’une journée de travail peut être différente d’une autre, et qu’on ne pourra les résumer qu’en disant « une journée au bureau », de même pour nous ce sont souvent des journées de bricolage, du moins lorsque nous sommes au port ou au mouillage. Car ne nous méprenons pas : comme je l’ai entendu dire, la grande croisière c’est le fait de travailler sur son bateau dans des lieux exotiques ! C’est pourquoi reprendre la mer est pour nous un plaisir, car on se sert enfin de tout ce que l’on passe son temps à entretenir. Et puis avant de partir, on se dit qu’une fois qu’on sera en nav’, on pourra faire ceci, ou consacrer un peu de temps à cela. Mais ce serait se tromper en pensant qu’une journée en navigation n’est pas moins remplie, même s’il n’y a rien à faire ! Car tout prend du temps, aussi bien les tâches ménagères que la simple surveillance du cap, des voiles ou la veille anticollision, et puis il s’agit de ne rien faire, mais 24h sur 24. Il y en a donc presque toujours un de nous deux qui se repose pour être à peu près d’aplomb lorsqu’il faudra prendre le relais. C’est là tout le paradoxe de notre vie atypique, où l’on a le temps sans vraiment en avoir beaucoup plus. Et pourtant, au milieu de tout ça, une fois en mer, il est une chose à laquelle on peut se laisser aller : penser…

Car aussi bien en veillant pendant un quart de nuit qu’en faisant la vaisselle, l’esprit vagabonde, plus ou moins consciemment. Pendant le sommeil, on reste alerte au moindre bruit. Afin de détecter celui qui nous semblerait anormal au milieu des écoulements le long de la coque ou des cliquetis dus au roulis, ou pour essayer de savoir si le vent forcit ou mollit. Pendant que les yeux s’écarquillent dans la nuit, essayant de savoir si la lueur aperçue sur tribord avant était un feu au loin ou une simple vague phosphorescente, on pense. A la météo, évidemment, au temps qu’il fait aujourd’hui, à celui qu’il fera demain, et dans une semaine aussi. A notre immensité face à ces molécules d’eau sur lesquelles nous flottons, mais qui sont si nombreuses que nous sommes, à notre tour, minuscules face à cet océan qui couvre presque la moitié de la planète. Aux étoiles, lorsque le ciel est clair, qui nous renvoient une image encore plus crue de l’immensité et de notre petitesse face à la nature. Et puis à nos amis et famille, qui malgré la distance restent proches. Car on a plus le temps de penser à ceux qui nous sont chers que pendant une semaine de travail à cent à l’heure. On pense aussi à ceux qu’on a rencontré, parfois très peu de temps, comme c’est souvent le cas dans notre vie de voyageurs. On pense aussi à la distance parcourue et à celle qui reste à franchir. A ces horizons lointains, qui se profilent plus ou moins devant l’étrave, et à ces moments passés ici ou là. Et c’est seulement alors – tout en s’assurant que le cap est toujours bon et que pas un feu n’éclaire l’horizon noir d’une nuit sans lune – qu’on peut tenter de résumer plusieurs semaines à Valdivia, et comment nous y avons rempli nos journées.

De retour de nos « vacances » andines, nous avons rapidement repris le rythme des travailleurs. Pendant notre absence, notre ami Peter avait mis son Shanty au sec, grâce au ber submersible du yacht-club, et il nous fallait donc attendre qu’il termine avant de pouvoir à notre tour caréner. Mais pas de souci, la liste des petits et moyens travaux à faire à bord reste garnie, et nous avons de quoi nous occuper. De plus, en ce début du mois de juin, l’hiver est vraiment sur le point d’arriver, et les dépressions automnales nous font comprendre que rien ne sert de se presser : il aurait fallu parcourir les canaux chiliens plus vite et faire une croix sur les Andes pour pouvoir passer avant la mauvaise saison. Les conditions dehors sont maintenant mauvaises, et ce jusqu’à l’Ile de Pâques, et même encore aux Gambier, à la limite des tropiques. Nous sommes donc trop tard, ou trop tôt si l’on considère qu’il faut attendre la belle saison prochaine. Au travail à Valdivia, donc, même si nous allons rapidement nous lasser d’avoir à subir les assauts de l’humidité ambiante, et son corollaire la condensation omniprésente.

Au fil des jours, nous allons allonger la liste de ce qui a déjà été fait avant de quitter le bord. Le moteur a eu droit à une révision complète – méritée après ses bons et loyaux services dans les canaux – avec non seulement une vidange mais aussi le changement de tous les filtres et pré-filtres, le remplacement de l’impeller de la pompe à eau de mer et le nettoyage et la refixation du pré-filtre à eau de mer. On n’oublie pas, au passage, de vérifier la bonne santé de l’accouplement, changé en Bretagne car il nous avait posé tant de problèmes en Norvège. Nous avons profité de quelques jours secs pour reposer le hublot au fond du lit, qui donne dans le cockpit, et dont l’étanchéité n’était plus que toute relative. Lors de ces mêmes journées, nous avons également posé un nouveau plexi au fond de la salle de bain. Plus grand que le précédent (et plus propre !), et donnant lui aussi dans le cockpit, la difficulté venait du fait que la manette des gaz est posée au travers et qu’il a donc fallu démonter le mécanisme complet et faire de multiples découpes, ce qui nous a pris la journée. Pendant que nous sommes dans le cockpit, une autre journée nous a vu vider intégralement les coffres arrières, afin de les nettoyer de fond en comble, ce qui n’a pas été simple tant ils étaient gras de gazole ou d’huile accumulés au fil des années. En y replaçant leur contenu, il a fallu trouver une place pour les encombrantes aussières flottantes qui nous ont été si utiles en Patagonie.

Quelque peu échaudés par la mésaventure survenue au gréement de nos amis du Schnaps (voir leur site), nous avons vérifié tous les sertissages de haubans, et de manière générale inspecté le gréement avant d’entreprendre la longue traversée du Pacifique. Les drisses ont été inversées, afin de déplacer leur point d’usure, et deux winches ont été entièrement démontés, nettoyés, lubrifiés et remontés. Les enrouleurs de voiles d’avant ont aussi eu droit à leur lot de graisse. La prise extérieure du pilote automatique, quelque peu récalcitrante, a été remplacée par un nouveau modèle que l’on espère un peu plus étanche. Nous avons légèrement optimisé le circuit des drosses du régulateur d’allure, qui s’usaient un peu trop vite à notre goût : espérons que cela sera plus concluant ! La perche IOR, qui sert de marqueur en cas d’homme à la mer, a reçu une nouvelle housse de protection, la précédente ayant rendu l’âme sous les assauts des UV. La bande anti-UV du génois – qui sert à protéger la voile lorsqu’elle est enroulée – s’était aussi décousue, et Heidi l’a renforcée sur plusieurs mètres.

Côté intérieur, l’essentiel de l’énergie a été consacré à l’inventaire et à l’avitaillement, histoire d’être sûrs d’avoir ce qu’il nous faudra pour les semaines et mois passés à traverser le Pacifique. En plus des multiples expéditions aux divers supermarchés, et pour lesquelles nous remercions chaleureusement Nadine et Marc qui ont transporté plusieurs de nos chargements, Heidi a réalisé un stock de conserves avec la bonne viande sud-américaine que nous ne sommes pas prêts de retrouver dans les îles. La liste de nos stocks a été remise à jour, afin de faciliter la gestion de notre consommation. Evidemment nous avons fait la part belle aux fameux vins chiliens, mais aussi aux bonnes bières Kunstmann de Valdivia. Mais rassurez-vous, en navigation, pas d’alcool, et c’est une pile de bouteilles d’eau minérale qui est venue alourdir la pauvre Fleur de Sel, car c’est pour nous le point critique: avoir assez d’eau, au cas où nous ne parvenions pas à en récupérer assez en route. C’est donc dans la même veine que nous avons changé l’eau de nos bidons de secours, que nous gardons six mois en les purifiant pour qu’ils tiennent sans devenir mauvais. Oh, et puis il y a eu encore mille et une petites choses, qu’il s’agisse de couture ou d’électricité, mais ma mémoire finit par me faire défaut.

Et puis, au bout de presque trois semaines, le ber était libre, et se présentait une fenêtre de trois jours sans pluie. Un peu froids, certes, à croire que nous sommes habitués à repeindre la coque dans des conditions moins qu’optimales, mais à Valdivia fin juin, il ne faut pas en demander plus qu’à La Trinité mi-janvier ! A priori tout semble simple, et pourtant ces quelques jours ne seront que le récit d’un fiasco. Le jour dit, impossible de sortir, car une voiture a détruit le poteau électrique devant le club, nous privant de l’électricité nécessaire à la sortie de l’eau. Soit, et c’est donc le lendemain que, composant avec le courant, Heidi présente Fleur de Sel parfaitement face aux rails, tandis que j’installe les pare-battages aux emplacements des bras du berceau.

Mais une fois à moitié sortis de l’eau, nous constatons que les poutres de soutien des armatures centrales (il y en a deux devant, deux derrières et deux au milieu) portent directement sur la coque, et nous demandons donc de retourner à l’eau pour que les marineros puissent re-régler les armatures. On nous indique que le câble de traction en sens descendant est cassé, mais qu’il n’y a pas de souci, qu’on pourra re-régler cela à terre, en dépit de mes doutes à pouvoir sortir une goupille sur laquelle porte le poids d’un bateau. Pensant avoir affaire à des professionnels, nous continuons donc jusqu’à entendre des craquements qui résonnent dans toute la coque (aïe !), et une fois à terre, impossible de sortir les goupilles (tiens, tiens…) Pendant que les marineros courent dans tous les sens, essayant de trouver une solution au problème, et surtout pendant que Fleur de Sel est toujours en porte à faux, je finis par exiger qu’on nous remette à l’eau. Nous essayons donc le toboggan aquatique, en laissant simplement Fleur de Sel rouler jusqu’à l’eau, ce qui est plutôt impressionnant à bord d’un bateau de 8 à 9 tonnes. On rerègle le berceau comme nous l’avions initialement demandé et on ressort de l’eau pour constater deux enfoncements sur les bouchains. Finalement rien de dramatique, car la structure n’est pas atteinte, et il n’y a apparemment pas de voie d’eau. Cependant, nous sommes très énervés d’avoir abîmé le bateau.

Cependant, nous ne sommes pas au bout de nos peines, car on nous apprend alors que le Kärcher est en panne. Pourtant, la possibilité de sortir de l’eau et de pouvoir le passer au jet à pression étaient ce qui nous avait justement décidé à venir à Valdivia. A quoi bon sortir le bateau si l’on ne peut pas le nettoyer ? Ce qui nous énerve d’autant plus, c’est de n’avoir pas été prévenus auparavant, et donc de ne pas pouvoir nous organiser en conséquence. Car on est est samedi après-midi, et le lundi est férié. Autant dire que si nous voulons peindre avant le mauvais temps de la semaine suivante, il va falloir trouver une solution rapidement. On nous en promet une avant 15h30. A 17h, toujours rien, et finalement on nous dit qu’il va falloir le faire « à l’ancienne ». J’explose, car nous venons de perdre une deuxième journée, d’abîmer le bateau, sans toutefois même savoir si tout cela va servir à quelque chose.

Enfin, et là les marineros n’y peuvent rien, nous découvrons que les couches d’epoxy que nous avions posées dans des conditions limite il y a 18 mois à La Trinité ont cloqué, et qu’il va nous falloir refaire tout le travail de décapage de la coque et de pose des couches de primaires, d’epoxy et d’antifouling. Entre le coût et l’effort que cela implique, c’est une très mauvaise nouvelle. Etant donné que de toutes les manières nous ne pouvons pas bien nettoyer la coque, nous ne posons finalement qu’une seule couche d’antifouling, et nous remettons à l’eau sans délai. Cela devrait nous permettre de tenir six mois et d’aviser à notre prochaine sortie de l’eau.

Car entre-temps, il est une étape suivante de notre programme dont nous avons décidé. Nous rentrerons passer les fêtes prochaines en Europe. Ce sera l’occasion de voir familles et amis, et nous avons donc pris nos billets d’avion. Pendant ce temps, nous sortirons Fleur de Sel de l’eau, car ce sera le début de la saison des cyclones à Tahiti, et c’est donc là-bas que nous remettrons une nouvelle fois l’aluminium à nu, et tout ce qui s’ensuit.

Heureusement, lors de ces semaines froides et pluvieuses, nous avons eu tout d’abord la joie de retrouver et de passer de bons moments avec nos amis autrichiens du Taurus, que nous avions rencontrés à Rio, et qui ont finalement réussi à rattraper Fleur de Sel pendant que nous étions en Bolivie. Ce ne fut pas toujours facile pour moi de reparler allemand, tant le manque d’exercice m’handicapait, mais c’était justement là une occasion de pratiquer. Nous avons aussi eu la visite régulière du sympathique Steve, venu du Canada, et qui fait le parcours en sens inverse du nôtre. Ce fut donc l’occasion d’importants échanges d’information. Il y a aussi eu quelques bons moments passés avec la sympathique petite famille de passage à bord du moins petit Imaqa. Et puis grâce à Nadine et Marc, déjà rencontrés et chiliens d’adoption depuis peu, nous avons fait la connaissance d’Olivier, venu s’installer en couple à Valdivia. Avec tout ce petit monde, nous avons multipliés les verres, les dîners, et les discussions. De bons moments de sociabilité après de nombreux mois passés seuls ou presque dans les canaux, et avant d’autres longues semaines face à nous-mêmes dans le Pacifique. Comble du hasard, le jour où la météo nous prévoit une bonne occasion de partir, est prévu au yacht-club un grand repas, et c’est donc l’occasion d’y revoir encore une fois nos amis, avant de larguer les amarres dans l’après-midi.

Histoire de commencer en douceur, la première nuit est passée dix milles en aval, dans la baie de Corral, ce qui nous donne le temps de faire les derniers arrimages, de nous reposer un peu loin de l’agitation de la ville, et de nous mettre déjà dans l’ambiance. C’est aussi à ce moment là, alors que le vent de sud-est se lève petit à petit, que Fleur de Sel se fait cendrer. Car le Puyehue, ce volcan qui est en éruption depuis un mois est précisément au sud-est de Valdivia, à 125km environ. Alors qu’il avait réussi à bousculer le trafic aérien argentin, brésilien, et même australien et néo-zélandais, le Chili n’avait encore quasiment rien eu. Avec cette bascule du vent, nous faisons donc l’expérience de ces microparticules qui viennent tout recouvrir, d’une pellicule heureusement très fine.

Dimanche 3 juillet, en début d’après-midi, nous levons l’ancre, et nous longeons jusqu’au lendemain matin la côte, car le vent souffle fort au large, et nous sommes donc un peu abrités. Au petit jour du 4, nous doublons l’Isla Mocha, alors que les montagnes du continent se dessinent au levant. Le nuage de cendres se trouve à notre nord, et depuis ce point situé par environ 38°S, soit la même latitude que Mar del Plata en Argentine, nous obliquons vers l’ouest. L’ouest qui va désormais être notre leitmotiv pendant un bon moment, même s’il restera teinté de nord dans un premier temps. Alors que la côte s’estompe dans le lointain, et que nos pensées vagabondent toujours lorsque notre œil n’est pas attiré par le vol de ces oiseaux blancs à tête noire et aux ailes noires tâchetées de blanc (encore inconnus pour nous) ou des derniers albatros, c’est plus que notre escale à Valdivia qui occupe notre esprit.

Nous revivons toute cette parenthèse sud-américaine, qui se termine ici. A Juan Fernandez, et même à l’île de Pâques, ce sera toujours le Chili, mais ce sera déjà aussi le Pacifique, surtout pour cette dernière. En tous les cas, nous quittons maintenant le continent, et cela fait presque un an jour pour jour que nous étions arrivés au Brésil, là-bas de l’autre côté. Plus qu’une parenthèse, c’est une tranche de vie que nous refermons là. Une année que nous avons eu la chance de vivre, et qui a été pour nous l’occasion de découvertes toutes plus magiques les unes que les autres. Outre les superbes paysages que nous y avons vus – qu’il s’agisse d’Iguazú, des glaciers de Patagonie, des pirogues du fond de la Bahia, ou encore des interminables Andes que nous avons vues défiler devant nos yeux sur près de 4’000km, soit la moitié seulement de leur longueur – mille images reviennent en nous. Les soirées tango à Buenos Aires, la ferveur « religieuse » survoltée de Bonfim à Salvador, ou encore l’accueil chaleureux et tranquille à l’Estancia Eberhardt. Tout cela nous vous l’avions raconté à l’époque.

Mais cette année sud-américaine nous aura parfois aussi ouvert les yeux sur des petites choses, des impressions plus ou moins fugaces, des constatations qui nous ont interpellées, et des surprises parfois cocasses, parfois terriblement intéressantes. En vrac, alors qu’elles se bousculent les unes les autres, voici quelques pensées sud-américaines:

  • La vénération monarchique et quasi-idolâtre pour les présidents. Moins intense au Brésil, elle est en revanche flagrante en Argentine et au Chili, où certains sandwichs portent même le nom du président qui le mangeait ! Et quand ils s’appellent tous Montt, c’est bien compliqué de suivre qui est qui !
  • Le nombre incroyable de pharmacies, si possible regroupées à 4 ou 5 dans un rayon de 200m, et où l’on vend sans doute dix fois plus de parapharmaceutiques que de véritables médicaments. Signe, sans doute, d’une population pour qui le culte de soi et de son corps est véritablement crucial, particulièrement au Brésil.
  • La différence, flagrante et fondamentale, bien que pas évidente pour nous Européens, entre les Chiliens et les Argentins, qui ont finalement bien peu à voir les uns avec les autres. Ils ne font qu’occuper les versants opposés des Andes et ne sont pas plus similaires qu’Allemands et Italiens.
  • Le dynamisme du Brésil, un pays qui bouge vraiment, où nous ne nous attendions pas à trouver une classe moyenne si importante, si éduquée, si active et créative, dans un pays qui reste décrit chez nous par les stéréotypes : très riches et très pauvres, îles privées et favelas. Mais le Brésil bouge, le Brésil change, et il devient un état de droit, où on ne fait plus tout et n’importe quoi comme le pensent encore notamment certains navigateurs.
  • Alors que les Chiliens et les Boliviens dépensent une fortune chaque année en gaz ou en bois de chauffage, l’isolation des maisons est sommaire, voire inexistante, même à Potosí, à 4’000m d’altitude, là où il fait -20° la nuit en hiver… Le double vitrage est inconnu, les toits en tôle condensent, mais impossible de leur faire entendre qu’il serait plus rentable dès la deuxième ou la troisième année d’investir dans une maison mieux isolée.
  • L’état de révolution permanente que professe l’immense majorité de la population nous a souvent fait sourire. Contre les riches, contre le pouvoir, contre le capitalisme ! Et pourtant, nous avons trouvés les Latino-Américains on ne peut plus capitalistes, bien plus encore qu’en Europe. Car ici, on paye pour tout, pour n’importe quel service rendu, même le stop gratuit n’existe pas en Bolivie : chacun participe aux frais. Les abonnements de transports n’existent pas, car on paie systématiquement à la course, et en liquide. Car chacun a droit à son revenu immédiat sur son travail, même s’il est employé, sans doute car il est intéressé au résultat. En fait, chacun mène sa petite entreprise, et il n’y a jamais de resquille car ce serait flouer un autre. Comme quoi, finalement, tout cela peut mener au respect mutuel entre les gens. A condition, évidemment, de rester dans la limite de l’équitable, ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’il s’agit de multinationales souvent nord-américaines…
  • Le préjugé comme quoi les latino-américains ne travaillent pas, ou sont fainéants, ne tient pas la route. Beaucoup travaillent plus que de nombreux occidentaux, l’immense majorité des magasins d’alimentation et de nombreuses autres grandes surfaces sont ouvertes 7 jours sur 7, et le plus souvent les villes ne sont pas mortes le week-end comme en Europe. Mais il faut l’avouer, ce qui pose problème, c’est l’organisation : il y a beaucoup d’air qui se fait brasser pour pas grand-chose. Il faut souvent autant d’observateurs que de travailleurs pour arriver à quelque chose, on n’anticipe jamais rien et c’est seulement une fois la tâche n accomplie qu’on se pose la question de ce qu’il faut faire lors de la tâche n+1, et la lourdeur des paperasses n’est pas là pour améliorer une efficacité souvent déjà bien écornée. Evidemment, tout cela est tellement culturel qu’on ne peut pas imaginer un changement à court-terme, mais le jour où le latino-américain se souciera d’efficacité, attention car pour le reste il est très dynamique !
  • L’immigration allemande, jamais évoquée ni même imaginée, est pourtant l’une des grandes caractéristiques de l’Amérique du Sud, aussi bien dans le sud du Brésil que dans le sud du Chili. Elle nous a même paru plus remarquable que l’immigration italienne tant vantée de Buenos Aires, où les pizzas ne sont pas si extraordinaires (chut, il parait qu’il ne faut pas le dire aux Argentins !). Résultat : on trouve de la bonne bière et on peut manger des « Kuchenes » en dessert. Loin des préjugés de nazis réfugiés, il s’agit pour l’immense majorité de travailleurs ayant été invités dans la deuxième moitié du XIX° siècle pour faire fructifier des régions ou la terre et les conditions de vie étaient difficiles.

¡ Adios America, que le vaya bien !

2 commentaires

  1. Helgard écrit :

    Merci de ce résumé de vos experiences sudamericaines! Quelle chance d`avoir passé une année sur ce continent passionnant.
    Maintenant nous avons commencé la traversée du Pacifique avec vous, en pensées et en prières.
    Nous nous réjouissons déjà de votre visite plannifiée pour ce fin d`année.

    15 juillet 2011, 20 h 05 min
  2. Philippe Lagarrigue écrit :

    … face à cet océan qui couvre presque la moitié de la planète … Un peu plus, 71% !
    Toujours un grand plaisir de vous lire

    29 décembre 2016, 19 h 39 min

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