Mois de juillet 2011

L’Ile Robinson Crusoé devient peu à peu silhouette dans le jour déclinant et les détails s’estompent dans le crépuscule, tandis que Fleur de Sel taille sa route entre quelques grains, mais surtout dans la grosse houle de SW qui agite encore l’océan. Nous sommes partis sans traîner car d’une part le mouillage au sud de l’île n’était plus vraiment bien protégé, et d’autre part il n’y a pas de temps à perdre. La fenêtre météo est là, et l’anticyclone du Pacifique Sud devrait rester au bon endroit pendant quelques jours. Il faut en profiter avant qu’il ne s’éloigne pour laisser la place à quelque dépression, ou avant qu’il ne remonte nous engluer dans la pétole. Pour nous, cet anticyclone sera un gigantesque rond-point dont il va falloir se servir avec doigté, d’autant plus car nous effectuons cette traversée à la mauvaise saison, c’est-à-dire en plein hiver. En avant pour un tour de manège, donc !

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Une fois le continent sud-américain perdu de vue, la navigation est devenue beaucoup plus tranquille. Pas que durant notre première journée de mer elle ait été stressante, loin de là. Il n’y avait eu que deux pêcheurs vagabonds à esquiver pendant la nuit, mais une fois en mer, plus besoin de se soucier des courants de marée, et la météo annonçait que le vent frais devrait mollir un peu pour nous mener tranquillement au nord-ouest. Lors de cette première journée au large, nous ne verrons qu’un tanker nous passer sur l’avant, cap au sud. Plusieurs oiseaux virevoltent autour de nous, jouant avec les vagues. Mais dès le lendemain, force était de constater que nos prévisions, qui dataient encore de notre départ de Valdivia, étaient optimistes, et le vent a si bien molli qu’il en est tombé complètement. Et nous voici donc au moteur pendant une bonne partie de la journée, entrecoupée de séances de « voile sportive » à près de 1 nœud…

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A quoi occupe t’on nos journées ? Vous êtes nombreux à nous le demander, et il nous est souvent difficile d’y apporter une réponse, tant les journées ne se ressemblent pas. De même qu’une journée de travail peut être différente d’une autre, et qu’on ne pourra les résumer qu’en disant « une journée au bureau », de même pour nous ce sont souvent des journées de bricolage, du moins lorsque nous sommes au port ou au mouillage. Car ne nous méprenons pas : comme je l’ai entendu dire, la grande croisière c’est le fait de travailler sur son bateau dans des lieux exotiques ! C’est pourquoi reprendre la mer est pour nous un plaisir, car on se sert enfin de tout ce que l’on passe son temps à entretenir. Et puis avant de partir, on se dit qu’une fois qu’on sera en nav’, on pourra faire ceci, ou consacrer un peu de temps à cela. Mais ce serait se tromper en pensant qu’une journée en navigation n’est pas moins remplie, même s’il n’y a rien à faire ! Car tout prend du temps, aussi bien les tâches ménagères que la simple surveillance du cap, des voiles ou la veille anticollision, et puis il s’agit de ne rien faire, mais 24h sur 24. Il y en a donc presque toujours un de nous deux qui se repose pour être à peu près d’aplomb lorsqu’il faudra prendre le relais. C’est là tout le paradoxe de notre vie atypique, où l’on a le temps sans vraiment en avoir beaucoup plus. Et pourtant, au milieu de tout ça, une fois en mer, il est une chose à laquelle on peut se laisser aller : penser…

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