Les « vacances » sont terminées, et nous sommes de retour à bord de Fleur de Sel, après avoir parcouru les Andes. Voici le carnet de voyage de la partie chilienne du voyage, jusqu’à notre retour à Valdivia.

Samedi 28 mai – Après une matinée bolivienne déjà bien remplie, nous sommes arrivés à San Pedro de Atacama à la mi-journée, en compagnie de Clíona qui avait fait le voyage d’Uyuni avec nous. Ensemble, nous élisons domicile dans une petite auberge un peu en dehors du centre du village, tandis que le soleil d’Atacama brille sans relâche. Cela nous donne des idées, et après une bonne sieste réparatrice, nous nous prévoyons un programme hors du commun pour le soir même : aller voir les étoiles. Le désert d’Atacama est le plus aride du monde, et nous sommes à 2’400m d’altitude, ce qui rend le ciel extrêmement limpide. Les observatoires sont d’ailleurs nombreux tout au long des Andes dans la moitié nord du Chili. Et justement, un astronome français, reconverti en tour-opérator local, propose des soirées la tête dans les étoiles, intéressantes (et drôles) aussi bien pour les non-initiés que pour les amateurs éclairés de l’hémisphère nord. En effet, même si l’on connait le ciel de chez nous, c’est diablement intéressant de profiter d’une batterie de téléscopes pour observer des merveilles visibles seulement au sud de l’équateur. Ainsi, en plus de voir Saturne et ses anneaux, nous avons ainsi pu observer entre autres la fameuse nébuleuse Eta Carinae, une beauté.

Carte de notre parcours andin

Dimanche 29 mai – Après une bonne nuit de sommeil, et avec le retour du soleil, nous déambulons tranquillement dans les rues de terre de San Pedro. Les maisons sont bâties en adobe, des briques de terre crue séchées au soleil, et la charpente de la jolie église blanche est bâtie en bois de cactus. Mais pour l’après-midi nous prévoyons de sortir un peu, et nous optons donc pour une visite des vallées environnantes. Le tour commence en surplombant la spectaculaire Valle de la Muerte, totalement inerte comme son nom l’indique, et hérissée de dents de scie rocailleuses. La seule eau visible dans ce paysage se trouve sur la ligne blanche des volcans dans l’arrière-plan, 3’000m plus haut. Nous continuons ensuite par la Valle de la Luna, toute aussi minérale. Nous nous promenons pendant une petite heure dans un canyon sablonneux, entourés de falaises rougeâtres. Mais quelle n’est pas notre suprise lorsque nous découvrons que la roche n’est en fait rien d’autre que du sel gemme ! Eh oui, nous sommes dans la Quebrada de Kari, qui entaille la Cordillera de la Sal, en bordure du Salar de Atacama, et il semble que tout ici soit fait de sel… Le plus étonnant est de voir des paysages façonnés par l’eau, tandis que les lits des rivières sont secs depuis des dizaines ou des centaines de millénaires. Au contraire, de nos jours, c’est l’une des régions les plus arides de la planète, et nous ne parvenons d’ailleurs pas à nous accoutumer à la poussière omniprésente. Puis, en fin d’après-midi, nous grimpons au sommet d’une des multiples crêtes acérées et entrecoupées de vallons de sel. Juste à côté se trouve une grande dune de sable, et nous admirons, en compagnie de nombreux touristes, le coucher du soleil. Le spectacle n’est pas à l’ouest mais bien à l’est, car les couleurs rougeoyantes viennent bientôt défiler sur la quinzaine de volcans qui constituent la frontière avec la Bolivie avant que l’ombre ne gagne inexorablement la cordillère elle aussi.

Lundi 30 mai – Le soleil tape déjà fort lorsque nous nous mettons en chemin. Nous longeons pendant trois kilomètres le Río San Pedro, qui fait de ce coin une véritable oasis dans le désert, pour atteindre la Pukará de Quitor. Cette forteresse bâtie par le peuple atacama a servi d’ultime refuge pour nombre d’entre eux, jusqu’à sa chute contre l’envahisseur espagnol qui fit décapiter les 300 guerriers. Le site est de toute beauté, juché sur une arête rocheuse inattaquable sur ses deux côtés, et surplombant la rivière. La vue embrasse l’oasis de San Pedro et le Salar au loin, et les volcans qui nous surveillent où que l’on se trouve dans la région. Mais le soleil se fait agressif et nous retournons donc à San Pedro, où après un petit tour au marché artisanal nous recherchons l’ombre en nous abritant dans le musée archéologique. Tout comme en Argentine et en Bolivie, nous découvrons ici la richesse non seulement des civilisations précolombiennes, mais surtout des civilisations préincas. Car dans le sud de leur empire, les Incas ont assimilé de nombreux peuples quelques décennies à peine avant de se faire bousculer par les Espagnols, et le climat froid et sec a souvent parfaitement conservé leurs outils, leurs poteries et parfois même leurs momies. Enfin, alors que le soleil commence à décliner, l’heure du départ a sonné et nous nous dirigeons vers la gare routière : direction La Serena, via Calama et Antofagasta. Le voyage durera 16 heures et nous profitons de sièges fortement inclinables en classe cama.

Mardi 31 mai – Au réveil, le temps est plus que brumeux : le bus attaque la descente vers La Serena, qui se trouve au bord de la mer, dans un brouillard semi-permanent du au courant froid de Humboldt, qui remonte la côte du sud vers le nord. A l’arrivée, nous embrayons presque sans interruption avec un autre bus qui repart de La Serena pour la Valle del Elqui. Au fur et à mesure que le bus monte, nous découvrons cette entaille, subitement ensoleillée au moment où nous sortons de la mer de nuages, et qui semble à la fois aride et cultivée. Au contraire des versants montagneux pelés, le fond de la vallée est tapissé de vignes, destinées au Pisco, la boisson nationale. Les paysages sont simples et reposants, les villages pittoresques et nous l’espérons le séjour agréable. Nous avons choisi de pousser jusqu’au bout de la ligne, jusqu’au petit village de Pisco Elqui, à 1’280m d’altitude. L’ambiance est sympathique, on sent qu’il y fait bon vivre, et nous élisons domicile pour la nuit chez Gabriela. Après un repas qui nous remet d’aplomb, nous visitons la distillerie Mistral, qui nous permet d’apprendre les particularités du processus d’élaboration de cette eau-de-vie, et notamment l’utilisation de fûts de chêne passés à la flamme. Le vin distillé n’est cependant pas à notre goût, et nous préférons le boire en Pisco Sour, un cocktail où on y ajoute sucre, citron et blanc d’oeuf battu.

Mercredi 1er juin – Afin de se mettre en jambe, nous grimpons quelque peu au-dessus du village pour pouvoir contempler le site avec un peu de recul. Dès que l’on quitte le fond de la vallée, la verdure s’efface et on se retrouve vite entourés de roches parsemées de rares arbustes. D’en-haut, nous prenons plaisir à n’écouter que le silence, et à admirer le contraste de couleurs entre le beige de la montagne et le vert de la vallée. Puis c’est le retour au village pour continuer notre voyage : le bus nous redescend à La Serena, en passant d’abord par de plus petits village, puis par des petites villes, enfin le long d’une retenue de barrage avant de descendre encore et de retrouver la grisaille. La température est plus agréable à l’abri de ces nuages, et nous passons l’après-midi à découvrir les multiples églises du centre-ville de La Serena. Relativement simples et coquettes, certaines sont plus originales que d’autres, particulièrement certains clochers plus néoclassiques que coloniaux. Puis, intrigués par les civilisations préincas, nous nous rendons une fois encore au musée archéologique, qui nous en apprend maintenant à propos des Diaguitas qui peuplaient cette région. Il faut dire que nous espérions également par-là même réussir à semer un chien errant qui semblait s’être épris de nous au point de ne plus nous lâcher. Finalement c’est en entrant dans un supermarché et en en ressortant par une autre porte que nous avons réussi à abandonner notre poursuivant qui devenait un peu énervant. Pour fêter ça, un bon repas nous fera du bien avant de retourner à la gare routière pour le bus suivant.

Jeudi 2 juin – La nuit fut courte, car nous n’avons parcouru que 450km dans la nuit, partant vers minuit de La Serena et arrivant peu après 6h à Valparaíso, surnommée « Valpo ». La gare routière, où nous patientons une heure, donne le ton. Etriquée, vieillotte, et presqu’abandonnée de tous les services que l’on trouve dans les gares routières modernes du reste du pays, nous nous rendrons vite compte que c’est l’exact reflet de la ville elle-même. Arpentant désespérément les rues de la ville haute, puis de la ville basse en quête d’un petit déjeûner, nous visitons les quartiers colorés de Valparaíso le ventre vide, jusqu’à tomber sur un troquet qui nous propose enfin un petit-déjeûner. Après la courte nuit mouvementée et la balade dans le foutoir des ruelles de Valaparaíso, nous nous empressons de sauter sur l’occasion. Seul problème, le petit-déjeûner proposé n’est rien d’autre qu’un hot-dog à la mayonnaise, un completo. Hum, tant pis, nous nous contenterons de boissons, car le brunch version Valpo ne nous enchante guère. Afin de fuir quelque peu le bazar ambiant, nous nous dirigeons vers la voisine Viña del Mar, station balnéaire bien plus proprette que son historique voisine décrépite. Nous y profitons d’un moment sur la plage, face à la mer que nous n’avons pas vue depuis un moment. Puis, de retour à Valpo, nous grimpons de nouveau en haut d’une colline, d’où l’on peut contempler toute la baie, cette baie où les clippers du siècle passé faisaient escale sur la route du Horn. Mais voilà, depuis l’ouverture du Canal de Panama, voici presqu’un siècle, Valparaíso ne reste dans les mémoires des marins qu’au travers de chansons, et la ville semble presque s’être arrêtée de vivre, tant elle tombe en ruine aujourd’hui. C’est aujourd’hui une ville artistique, complètement bohème. Seul témoignage, ou presque, d’une tentative de redorer les lauriers d’une gloire passée : le monumental Congrès National, où siège le parlement chilien depuis 1990. Finalement, c’est fourbus que pour la troisième fois en quatre nuits nous nous installons dans un dernier bus, qui nous emmènera en direction de Valdivia, retrouver Fleur de Sel, qui nous l’espérons flotte toujours.

Vendredi 3 juin – Trois semaines après avoir quitté Valdivia, nous voici de retour à bord. Au petit matin, alors qu’il faisait encore nuit, nous avons reconnu Valdivia au brouillard épais qui enveloppait la ville. L’humidité ne nous faisait pas de mal après l’extrême aridité du nord, mais les températures sont autrement plus fraîches, et il n’est pas question ici, comme à Viña del Mar, d’aller se prélasser sur la plage, car nous sommes 1’000km au sud, à la porte des quarantièmes. Pendant notre absence, l’hiver est arrivé, et peu de temps après notre retour, le ballet des dépressions, que nous avions connu plus au sud pendant l’été, s’est abattu sur nous. Difficile de faire sécher la lessive par ce temps, et il nous faudra trouver un créneau pour caréner le bateau. Entre-temps, nous nous affairons aux mille tâches qu’il faut faire pour préparer le bateau en vue du Pacifique. Et une fois tout cela effectué, il nous faudra encore trouver une fenêtre météo pour se faufiler vers le nord.

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