L’archipel de Chiloé – la Isla Grande étant flanquée de nombreuses îles plus petites sur sa façade orientale – est connu pour ses jolies églises en bois. Ces constructions, qui remontent pour la plupart au XIX° siècle, et au XVIII° pour les plus anciennes, sont l’une des attractions touristiques principales de Chiloé, et 16 d’entre elles sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco. Au départ de Castro, nous avons pris un petit bus rural pour nous rendre à Dalcahue, petite ville un peu endormie que vient égayer le dimanche un marché artisanal. Malheureusement, nous n’avons pu voir que l’extérieur de l’église, puisqu’elle était fermée. Heureusement, en revenant à Castro, la cathédrale étaient ouverte. Splendide intérieur de bois, qui donne une atmosphère on ne peut plus chaleureuse.

En repartant de Castro, nous avons fait un petit détour pour nous rendre dans l’Estéro Ichuac, au fond duquel se cache une autre jolie église. Malheureusement, le débarquement ne nous a permis que d’en voir l’extérieur, une fois de plus. Puis, nous sommes passés en face de la ville de Chonchi et du village de Villupulli, où se trouvent encore deux d’entre elles, que nous observons à distance. L’archipel est littéralement hérissé de clochers, qui donnent un charme discret à ces beaux paysages que parsèment également des peupliers au feuillage orangé (c’est l’automne…).

Notre étape suivante sera sur l’Estéro Pindo, dans l’île de Quehui, en face du petit village de Los Angeles, où nous laissons passer un bon coup de vent. Une fois la bourrasque calmée, nous débarquons dans ce petit village de pêcheurs et un habitant nous trouve la clé pour que nous puissions visiter la jolie petite église décorée à l’occasion pour la Semaine Sainte. Puis nous poursuivons notre vagabondage vers le nord vers l’île de Mechuque, où nous étalerons encore deux passages de fronts. Entre les deux, nous faisons une petite excursion de quelques milles vers l’Isla Grande, à Tenaún, où se dresse une jolie église à la façade bleue et décorée d’étoiles. Malheureusement ici encore l’église est fermée. Nous finissons par trouver vraiment dommage que ce patrimoine ne soit qu’à peine mis en valeur.

Le vent se décide enfin à tourner au sud, pour la première fois depuis trois mois, et alors que nous sommes à deux jours du grand port qui marque le bout des canaux, Puerto Montt. Mieux vaut tard que jamais, nous profitons d’une bonne journée de portant pour traverser le Golfo de Ancud, duquel nous pouvons admirer les volcans Corcovado et Chaitén dans le lointain, et le lendemain, nous amarrons Fleur de Sel au Club Nautico Reloncavi, pour quelques jours de repos, de réapprovisionnement et une superbe journée de vadrouille. Nous avons rejoint en bus la station balnéaire voisine de Puerto Varas, installée sur les bords de l’énorme Lago Llanquihue, pour poursuivre ensuite jusqu’à Petrohué. Dans le parc Vicente Pérez Rosales, le plus ancien du Chili, nous avons pu faire une belle balade sur les flancs du volcan Osorno. Sa forme est d’une régularité telle qu’il s’agit presque d’une cône parfait, chapeauté de neige évidemment. En face de nous, le volcan Calbuco, un peu plus petit et tarabiscoté, et majestueux dans le fond, à la frontière avec l’Argentine, le volcan Tronador, à près de 3’500m. Il porte bien son nom, tant il se détache du reste de la cordillère.

De retour sur Fleur de Sel, il nous reste encore une étape à faire, et pas la plus facile. Il s’agit de faire les deux cent milles qui nous séparent de Valdivia, dont une soixantaine à ressortir du cul-de-sac où se trouve Puerto Montt. Evidemment, le temps de parcourir cette distance, la météo a légèrement changé, si bien que le vent de sud-ouest annoncé s’est transformé en vent de nord-ouest, ce qui n’arrange pas nos affaires. Car à cet endroit, Fleur de Sel passe entre Chiloé et le continent, par l’étroit Canal Chacao. Les courants y sont violents, car il y a 2m de marnage à l’extérieur et 7m à l’intérieur. C’est donc à plus de 11 noeuds que l’on se fait expulser du passage, et les 20 noeuds de vent de NW nous cueillent à la sortie dans une mer pas spécialement agréable.

On danse et on danse, mais le doute nous assaille, car le baromètre baisse. De toutes les manières, impossible de faire demi-tour pour l’instant, tant le courant est violent. Heureusement, il ne s’agit que d’une fausse alerte, et petit à petit le petit front qui s’est improvisé cède la place. Oui, mais voilà, il cède la place à un vent mou, tant et si bien qu’il nous faut faire un bon bout de chemin au moteur. Notez qu’après tant de milles dans les canaux nous n’en sommes plus à ça près, mais tout de même, on espérait faire de la voile et la météo nous le laissait espérer !

Le lendemain à la tombée du jour, le voile de brume se déchire et sous le soleil, alors que le vent du sud-ouest se décide enfin à souffler, nous voici à l’approche de la Bahía de Corral, où nous passerons la nuit au mouillage. Le brouillard c’est une spécialité d’ici, la ville en face de Corral s’appelle d’ailleurs Niebla, et c’est donc dans une atmosphère féerique que nous remontons le Río Valdivia sur une dizaine de milles pour atteindre la ville. Le yacht-club nous attend, et Fleur de Sel vient trouver la place qui sera la sienne pendant quelques semaines.

Valdivia est une escale de transition. Cette fois-ci, le chapitre Grand-Sud est bel et bien achevé. Nous en profitons pour tout aérer et nettoyer à bord, alors que nous profitons du beau temps. Il faut préparer Fleur de Sel à la traversée océanique, car c’est d’ici que nous nous élancerons pour traverser le Pacifique, après un bon carénage. Mais auparavant, un autre voyage nous attend, vers les Andes du Nord, et en bus. Peut-être histoire de profiter de ce continent encore un peu, avant de tourner la page…

 

 

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