Le Rio de la Plata commence à Punta del Este, capitale balnéaire de l’Amérique du Sud, et c’est après une petite navigation tranquille, où le moteur a parfois du nous épauler, que nous arrivons en vue d’une ligne d’immeubles. Tout au long du trajet, la côte était plate, basse et sablonneuse. De toutes les manières, nous avons tiré un peu au large, histoire d’essayer de profiter des derniers soubresauts de notre ami le Courant du Brésil, alors nous n’avons pas vu grand-chose. Enfin, c’est inexact, puisque nous avons tout d’abord eu la visite de dauphins, peut-être un ultime salut au Brésil une fois le chenal de Rio Grande bien dégagé. Ensuite, c’est le Soleil qui a tiré sa révérence de mille feux, et ce plusieurs fois, en alternant avec des come-backs tout aussi flamboyants. Ces couchers et levers de soleil commencent à sentir ceux des latitudes un peu plus hautes, et nous prenons plaisir à renouer avec ce spectacle. En premier lieu, il s’agit plutôt d’un long métrage, comparé aux spots publicitaires ultra-courts qu’on voit sous les tropiques. Ensuite ils ont des couleurs qu’on ne voit pas dans les eaux chaudes… Eh oui, nulle n’est parfaite, et il n’y a pas de destination idéale. Et Fleur de Sel est justement en route vers le sud, toujours le sud, histoire de changer.

Le retour des crépuscules à rallonge...

Le retour des crépuscules à rallonge…

C’est donc, disais-je, à Punta del Este que commence le Rio de la Plata. Mais auparavant, nous nous offrons encore un petit détour, par l’Isla de Lobos, située tout juste au large. Les lobos, ce sont les loups, mais c’est en fait ainsi que s’appellent ici les otaries et l’Isla de Lobos est le site de la plus grande colonie d’otaries et de lions de mer de toute l’Amérique du Sud. Pas moins de 250’000 individus peuplent l’endroit ! Cette fois-ci, c’est vraiment sûr, nous sommes à la porte du grand sud, et le spectacle de ces clowns maritimes est très réjouissant. Ils sont nombreux à venir s’approcher du bateau tandis que nous faisons des ronds sous le vent de l’île. Malheureusement, la mer est trop agitée pour pouvoir mouiller, même quelques instants, l’île ne possédant pas de mouillage digne de ce nom. Mais de toute manière, lorsqu’on mouille, c’est sous le vent pour être à l’abri, et ici, sous le vent, cela signifie en plein dans le sillage pestilentiel ! C’est qu’ils ne sentent pas exactement la rose, ces bestiaux ! En nombre comme ça, les alentours sont invivables. Nous plaignons le gardien du phare. Tiens, c’est aussi le plus haut de l’Amérique du Sud. Décidément, c’est une île des records !

Eh hop ! Une otarie qui marsouine !

Eh hop ! Une otarie qui marsouine !

Allez, ne perdons pas plus de temps, le vent ne devrait pas tarder à tourner, et nous rejoignons donc Punta del Este pour nous mettre à l’abri. L’Uruguay n’étant pas une destination très fréquentée (sauf par les Argentins !), nous ne disposons pas de guide, et il nous faut découvrir le fonctionnement de ce nouveau pays. Tout d’abord, il faut appeler la Prefectura (les garde-côtes) avant d’entrer ou de sortir de n’importe quel port. Ensuite, pour faire les formalités lorsqu’on arrive de l’étranger, ce ne sont pas moins de 4 bureaux qu’il faut visiter : la fameuse Prefectura encore, en plus de la Migración (les services d’immigration), de l’Aduana (les douanes) et de l’Hidrografia (la capitainerie du port). Cela dit, tout se fait dans une ambiance bon enfant, et relativement vite, nos papiers sont tamponnés et retamponnés, tout comme nos passeports d’ailleurs. La mauvaise surprise, c’est le prix du port de Punta del Este, qui même en basse saison (il est quasi-vide) est hors de prix. De plus, on nous impose de nous mettre à quai, les bouées étant soi-disant réservées aux bateaux présents à l’année. Allez, vu le vent froid qui nous souffle dessus dès le lendemain de notre arrivée, nous obtempérons, histoire de pouvoir brancher le chauffage électrique.

Le plus coquace à Punta del Este, ce sont les lions de mer dans le port

Le plus coquace à Punta del Este, ce sont les lions de mer dans le port

La ville nous parait finalement assez quelconque, malgré sa réputation de St-Tropez de l’Amérique du Sud. Il y a tout de même une jolie balade à faire autour de la pointe, devant des maisons secondaires relativement cossues pour l’endroit (et surtout avec une belle vue !) Nous admirons d’un côté la puissance des vagues de l’Atlantique Sud et de l’autre l’Isla Gorriti, couverte de pins, dans la baie de Maldonado. Le vent souffle fraichement pendant les quelques jours que nous passons à Punta del Este, et nous faisons 15 milles de plus vers l’ouest une fois l’accalmie arrivée, pour atteindre Piriapolis. Outre sa belle plage, Piriapolis est aussi le meilleur port de plaisance d’Uruguay, et son tarif est accessoirement nettement plus abordable. C’est là que Fleur de Sel va s’amarrer pour plusieurs jours.

En effet, c’est de Piriapolis qu’Heidi prend un bus pour l’aéroport de Montevideo, puis un avion pour rejoindre sa maman qui vient de perdre son petit frère. Nous sommes un peu au bout du monde, et cela lui vaudra 24 heures de voyage. Pendant ce temps, je « garde » le bateau, afin de vérifier qu’il soit bien sage. Ce serait étonnant, tant tout parait tranquille ici en Uruguay. L’ambiance est complètement différente de celle du Brésil. Bien-sûr, pas complètement, ce sont des pays voisins, tout de même. Mais c’est très simple, en étant quelque peu provocateur et iconoclaste, on pourrait résumer l’Uruguay en quelques mots-clés : pour la gastronomie par exemple, ce seraient bœuf et yerba maté. Cette dernière est la boisson nationale, et c’est très drôle de croiser les gens qui se promènent quasi-systématiquement, et à toute heure de la journée, avec leur petit godet en cuir, leur « paille filtrante » en argent, et éventuellement leur thermos pour refaire le plein lorsqu’ils ont bu toute leur infusion. Quant au bœuf, c’est très simple : l’Uruguay, comme la Pampa argentine et le sud brésilien est le pays des gauchos. La viande est excellente, et les Orientales sont les plus gros mangeurs de bœuf au monde ! Les Orientales ? Les habitants de ce pays, comme les surnomment leurs cousins argentins. Le fleuve Uruguay sépare les deux pays, et nous sommes ici en República Oriental del Uruguay, sur la rive est du fleuve. C’est donc à une petite pause orientale qu’a droit Fleur de Sel..

Fait unique à Piriapolis : je ne sais pas si nous aurons de nouveau la possiblité d'amarrer Fleur de Sel au pied d'un télésiège !

Fait unique à Piriapolis : je ne sais pas si nous aurons de nouveau la possiblité d’amarrer Fleur de Sel au pied d’un télésiège !

Et chez les Orientales, les autres mots-clés, ce sont tranquillité, nonchalance et désuétude. Pas de stress ici, on y va à son rythme, plutôt lent que rapide, d’ailleurs. On est latino, donc on a quand même la musique dans le sang, mais avec modération et pas trop fort, tout de même, contrairement à l’exubérance délirante des Brésiliens. Le passe-temps favoris des Uruguyens, même les plus jeunes, semble être de s’asseoir et discuter (en buvant son maté, évidemment !) Et comme tout semble à l’arrêt ou presque, cela explique le look un peu rétro de tout ce que l’on découvre ici : hôtels sortis tout droit des années 30 ou voitures des années 60 (en état de rouler !) C’est un peu décrépit, mais c’est ainsi, le temps a du passer plus doucement ici qu’ailleurs.

Il nous reste encore de nombreuses choses à découvrir dans ce pays grand comme 4 fois la Suisse et un tiers de la France, mais pour l’instant, je m’occupe de réparer et de préparer Fleur de Sel. Il y a toujours de nombreuses petites choses à faire sur notre liste d’entretien et de bricolage. Mais il y a surtout une préparation spécifique à faire pour la Patagonie, comme par exemple faire l’acquisition de longues aussières flottantes ou de bidons de gazole. Ce sont tous ces menus travaux auxquels je m’adonne, en attendant le retour prochain de Heidi. Nous mettrons alors les voiles vers la jolie ville de Colonia, dans le sud-est du pays, en passant devant Montevideo. Ensuite nous traverserons le Rio de la Plata qui se rétrécit pour arriver à la mythique Buenos Aires, berceau du tango !

1 commentaire

  1. Philippe Lagarrigue écrit :

    Bonjour Heidi et Nicolas, c’est avec beaucoup de plaisir et d’intérêt que je lis les récits de vos aventures car vous faites ou plutôt avez fait le parcours que je compte suivre dans quelques années.
    Bon vent et encore beaucoup de plaisir
    Philippe

    28 décembre 2016, 22 h 37 min

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