Ce n’est pas la première visite de l’équipage de Fleur de Sel en Galice. J’avais déjà eu la chance de venir croiser dans les eaux du finistère espagnol. La dernière fois était en 2003, et les traversées aller et surtout retour à la voile avaient fait l’objet de records… de lenteur ! Nous avions navigué au près pendant toute la semaine passée en Galice, pour nous faire cueillir par la célèbre canicule à notre retour. La première visite, elle, date de décembre 1997, lors d’une escale à La Corogne. Le point commun entre ces deux passages en Galice ? Des visites mémorables à St-Jacques-de-Compostelle, dont j’ai surtout le souvenir d’une pluie battante, qui était à peine plus fraîche en hiver qu’en été.

Cette fois-ci, nous avions bien avancé en traversant le Golfe de Gascogne, dans le froid, certes, mais sous un temps ensoleillé. Même le Cap Finisterre nous avait permis de passer au portant. J’en arrivais à me dire que c’est au printemps qu’il faut venir visiter ce pays. Mais le saint patron de la Galice a trouvé cela un peu trop facile.

Le patron, ici, c’est St-Jacques. Une légende (du XI° siècle) raconte comment la dépouille de l’apôtre du Christ aurait miraculeusement atterri en Galice (au I° siècle, donc), et comment les chrétiens ayant résisté à l’envahisseur musulman l’auraient retrouvée, par miracle également (au IX° siècle). Ce n’est que bien plus tard (au XVIII° siècle) que l’on s’aperçut de l’erreur du pape et de Charlemagne, qui avaient déclaré que ce mythe était véridique. Mais peu importe, car entre-temps s’était instauré le plus grand pèlerinage d’Europe occidentale. Les chemins de St-Jacques ont certainement entraîné un véritable essor économique pour toute la région. C’est donc en pèlerins à notre manière qu’une fois au fond de la Ria de Muros, mouillés non loin de Noia, nous avons marché 45 minutes pour rejoindre cette petite ville côtière anciennement florissante, mais dont le port s’est maintenant envasé, afin d’y prendre un car pour Santiago.

A Noia, nous avons pu admirer l'impressionnante technique de pêche aux fruits de mer

A Noia, nous avons pu admirer l’impressionnante technique de pêche aux fruits de mer

Les cartésiens me diront que j’ai donné raison aux statistiques, qui prêtent à St-Jacques-de-Compostelle un total de 1’950mm de précipitations par an. Brest, par exemple, ne reçoit « que » 1’150mm par an, et Bruxelles 800mm par an. On ne joue pas dans la même cour, et Santiago se trouve plutôt en compagnie de Bergen (2’250mm par an), la cité dont l’emblème est le parapluie. Ca en dit long…

Effectivement, jamais deux sans trois, au fur-et-à-mesure que nous avons approché il s’est mis à pleuvoir et c’est sous la douce pluie galicienne que nous avons arpenté les rues pavées de la vieille ville. Loin de moi l’idée des statistiques, je crois que St-Jacques m’a jeté quelque sort dont seul le mythe obscur de sa fondation miraculeuse aurait le secret. Et pourtant, la pluie battante les deux première fois s’est transformée en petite bruine intermittente. Il y a du mieux.

La cathédrale de St-Jacques de Compostelle

La cathédrale de St-Jacques de Compostelle

Nous avons ainsi pu visiter la cathédrale aux dizaines de chapelles latérales, admirer l’autel roccoco où trône une statue argentée de l’apôtre et voir la crypte où St-Jacques reposerait supposément. Sans oublier bien-sûr le fabuleux encensoir géant, en argent massif, qui est propulsé à travers le transept de la cathédrale les jours de fêtes. Après cette visite de la ville, loin des foules de pèlerins qui viennent envahir la cité durant la saison estivale, une pause gastronomique s’imposait : pimientos de Padrón, calamars et Albariño, finalement ça n’allait pas si mal.

De retour auprès de notre fière Fleur de Sel que nous avions laissée seule au mouillage non sans inquiétude, St-Jacques a du trouver que nous nous en sortions un peu trop bien, ayant quelque peu échappé au déluge compostellan. C’est donc trois dépressions bien humides qu’il nous a gentiment envoyées, accompagnées des bourrasques usuelles, si bien que nous sommes restés coincés pas moins de 6 jours dans la Ria de Muros à attendre l’accalmie salvatrice. Notre première tentative de fuite s’est d’ailleurs vue saluée d’un cycle de lavage rapide à l’eau mi-douce, mi-salée, et qui ne nous mènera pas plus loin que Portosín.

Aux Illas Cíes, on se croirait sous les tropiques. Une langue de sable dorée, des eucalyptus, un doux soleil, tout y est, sauf la température de l'eau !

Aux Illas Cíes, on se croirait sous les tropiques. Une langue de sable dorée, des eucalyptus, un doux soleil, tout y est, sauf la température de l’eau !

Quelques jours plus tard, nous voici enfin en route, cap au sud, et sous le soleil. Nous atteignons alors sans peine les merveilleuses Illas Cíes, joyaux de la Ria de Vigo. Le lendemain, nous avons pu randonner avec plaisir sur les chemins de l’Illa do Faro, la plus centrale des trois îles de l’archipel. Promenade entre les eucalyptus, montée au sommet rocailleux surmonté du phare couvrant l’ouvert de la Ria de Vigo, observatoire à oiseaux, le tout sous un beau ciel bleu. Nous ne regrettons pas d’avoir pris le temps de flâner dans ces îles où le mouillage est malheureusement un peu rouleur, mais où la langue de sable qui joint les deux îles du nord est si belle. Non, nous ne regrettons pas de ne pas être partis précipitamment. Car tel était le dilemme. Soit tracer vers le sud, s’enfuir et quitter les Rias Baixas et la Galice, soit rester chez St-Jacques.

Car c’est le patron de toute la Galice. Le 25 juillet, le jour de sa fête, c’est la communauté autonome de Galice toute entière qui s’arrête de vivre pour faire la fête plus encore que d’habitude. Les armoiries de Galice sont empruntes du Saint Calice, et en plus des fruits de mer renommés, le plat « national » galicien est la Tarta de Santiago (délicieuse pâtisserie aux amandes que l’on dégusterait volontiers toute entière…). Même à Baiona, le dernier port de Galice accessible facilement lorsque l’on fait route vers le sud, nous sommes donc chez lui. Et comme pour nous reprocher de nous être enfuis et d’avoir voulu lui échapper, St-Jacques a récidivé.

La mer déchaînée nous a cloués à Baiona quatre jours durant

La mer déchaînée nous a cloués à Baiona quatre jours durant

Ce sont donc deux dépressions supplémentaires que nous avons laissées passer, attendant patiemment dans ce petit port pittoresque que les 6 à 8 mètres de creux dehors se tassent un peu pour y pointer le bout de notre nez. Lors de nos balades en ville, en faisant le tour du Castillo de Montereal, nous avons pu constater que les rouleaux déchaînés ne donnaient que très peu envie de s’y risquer. D’autant qu’à la faveur de quelqu’éclaircie, on peut admirer quelques belles églises, refaire un stock de vivres frais, faire une ou deux lessive, ou encore régler quelques points de paperasse en suspens. Mais ce qui singularise aussi Baiona, c’est la présence dans le port d’une réplique de la Pinta, l’une des trois caravelles de Christophe Colomb. Baiona est en effet la première ville d’Europe à avoir eu vent de l’existance du Nouveau Monde, puisque le 1er mars 1493, Martín Alonso Pinzón, lieutenant quelque peu indomptable de celui qui allait devenir Vice-Roi de Nouvelle Espagne, toucha terre à Baiona avant de s’en retourner vers Séville via Lisbonne. Ces histoires de Grandes Découvertes nous font rêver d’horizons plus lointains en attendant que St-Jacques ne nous autorise à lever l’ancre…

 

NB : Nous ne l’avons appris que bien après, mais la visite aux Illas Cíes nécessite maintenant un permis qu’il faut demander au préalable. Nous avons du passer juste entre les mailles du filet, ouf !

1 commentaire

  1. ejpjulienne écrit :

    Un grand merci de nous tenir au courant de votre périple et nous réagissons particulièrement aux informations concernant votre passage à St Jacques de Compostelle.
    En effet en 1990 nous avons connu le même déluge de pluie durant 8 jours lors de notre arrivée à pied au terme de notre pélerinage de Paris à St Jacques de Compostelle, avec l’oncle Hubert, périple de 2.400kms en 110 jours de marche.
    A chacun son exploit et pour le votre nous sommes plein d’admiration et vous souhaitons bonne chance et bon vent.

    16 mai 2010, 2 h 07 min

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