Année 2010

Une trentaine d’heures après avoir quitté Mar del Plata, nous franchissons une ligne imaginaire mais combien symbolique : le quarantième parallèle sud. Nous naviguons dans des contrées hostiles, et cette fois c’est pour de vrai. Les albatros commencent d’ailleurs à devenir plus nombreux. Pas les petits que l’on avait vus déjà le long du sud brésilien. Maintenant nous en voyons qui font une taille moyenne, peut-être 1m50 d’envergure, mais c’est difficile à estimer.

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Faisons une analogie avec l’alpinisme (auquel je ne connais pas grand-chose !). En quittant Buenos Aires le vendredi soir, nous avons quitté la plaine, pour réaliser notre marche d’approche. Celle-ci nous mènera à notre camp de base, au terme d’un premier parcours d’acclimatation. Il nous a d’abord fallu redescendre le Rio de la Plata, aux eaux toujours limoneuses (on ne s’y habitue pas), et surtout clapoteuses (on ne s’y habitue pas non plus !).

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Ca aurait sans doute pu nous faire peur, mais une fois assis, au contraire, cela nous parait tout confort. 18 heures de trajet en bus, c’est le temps qu’il nous faudra pour rallier Puerto Iguazú au départ de Buenos Aires. C’est long, certes, mais c’est le grand luxe : sièges vraiment inclinables, repas servis à bord, films projetés. Bref, c’est évidemment un peu fatigués que nous arrivons dans l’extrême nord-est de l’Argentine, mais étonnement peu tout de même. Après avoir pris possession de l’appart-hôtel qui nous accueillera quelques nuits, les premières loin de Fleur de Sel depuis longtemps, nous voici déjà à pied d’œuvre, direction las cataratas. Car c’est bien elles que viennent voir tous les voyageurs que l’on trouve dans cette localité un peu far-west.

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En quelques mots, Buenos Aires, c’est une agglomération de 13 ou 14 millions d’habitants dans un pays qui en compte 40. Autant dire qu’il s’agit d’un véritable pays dans le pays. Inutile de préciser que le nom ne fait pas référence aux « bons airs » du monoxyde de carbone rejeté par les millions de voitures, bus et camions chaque jour dans la capitale argentine. A l’origine nommée Santísima Trinidad y Puerto de Nuestra Señora del Buen Ayre, ce qui signifie « Sainte Trinité et Port de Notre-Dame du Bon Vent », le nom a été raccourci, comme souvent en Amérique Latine.

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Ambiance très rétro à Colonia - et très charmante aussi !
Un voyage au long cours est parfois admirable, mais il l’est souvent pour de mauvaises raisons. De nombreuses personnes restent ainsi songeuses à l’énoncé de notre provenance, plus encore en apprenant notre destination, mais le sujet de leur pensée nous est souvent dévoilé quasi-immédiatement : « Et vous avez rencontré beaucoup de tempêtes ? » Nous préférons dire la vérité plutôt que de les laisser persévérer dans leur crainte. Eh non, nous ne rencontrons pas beaucoup de tempêtes, du moins pour autant que l’on puisse les éviter, et quand c’est possible, nous essayons alors d’être à l’abri. C’est exactement ce qui est arrivé à Piriapolis, où un coup de vent prévu s’est finalement avéré être une petite tempête, malmenant Fleur de Sel plusieurs heures durant avec un vent soutenu de 50 nœuds. Elle était pourtant bien amarrée derrière les jetées du port, dont les eaux étaient transformées en chaudron, et malgré la protection de 2 gros voiliers à notre vent, le bateau se faisait fouetter par les paquets de mer provenant des vagues ayant explosé sur le brise-lame à 200m de là ! Cela dit, après deux inconfortables journées, le beau temps est revenu, et Heidi aussi. Le vent s’était tassé pour retrouver des vitesses plus habituelles, celles que nous rencontrons dans l’immense majorité des cas, et nous étions alors prêts pour poursuivre notre voyage sur le Rio de la Plata. Mais ce qui nous attendait alors n’était plus un avis de tempête, mais bien un avis de tampons !

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Vue schématique et grossière des principaux courants et des vents dominants de l'Atlantique. Attention, ce schéma ne sert qu'à vous faire une idée générale, mais beaucoup de choses n'y sont pas représentées afin qu'il reste lisible. Cliquez sur l'image afin de la voir en grand.
Qui dit voyage en bateau à voile évoque implicitement le vent pour faire avancer notre Fleur de Sel. Les courants océaniques jouent aussi un rôle, portant notre coque au gré de leur dérive, et ils sont souvent liés aux vents, aussi il semble approprié d’en parler conjointement. Enfin, lorsqu’on prévoit un voyage, les saisons ont une importance cruciale, puisqu’elles imposent des fluctuations climatiques, dont il faut tenir compte dans la planification du voyage. Les bateaux de croisière, et surtout leur équipage, préférant de loin le portant au près, il faut donc se renseigner un minimum pour savoir où et quand naviguer, car en mer plus qu’ailleurs, la ligne droite est souvent loin d’être la plus rapide ! C’est tout cet ensemble atmosphérico-océanique que je vous propose d’aborder succinctement pour le domaine atlantique que nous parcourons depuis de nombreux mois maintenant, en rentrant au cœur des préoccupations du navigateur : la météo. Vous pourrez ainsi comprendre certains de nos choix de route et de timing.

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Eh hop ! Une otarie qui marsouine !
Le Rio de la Plata commence à Punta del Este, capitale balnéaire de l’Amérique du Sud, et c’est après une petite navigation tranquille, où le moteur a parfois du nous épauler, que nous arrivons en vue d’une ligne d’immeubles. Tout au long du trajet, la côte était plate, basse et sablonneuse. De toutes les manières, nous avons tiré un peu au large, histoire d’essayer de profiter des derniers soubresauts de notre ami le Courant du Brésil, alors nous n’avons pas vu grand-chose. Enfin, c’est inexact, puisque nous avons tout d’abord eu la visite de dauphins, peut-être un ultime salut au Brésil une fois le chenal de Rio Grande bien dégagé. Ensuite, c’est le Soleil qui a tiré sa révérence de mille feux, et ce plusieurs fois, en alternant avec des come-backs tout aussi flamboyants. Ces couchers et levers de soleil commencent à sentir ceux des latitudes un peu plus hautes, et nous prenons plaisir à renouer avec ce spectacle. En premier lieu, il s’agit plutôt d’un long métrage, comparé aux spots publicitaires ultra-courts qu’on voit sous les tropiques. Ensuite ils ont des couleurs qu’on ne voit pas dans les eaux chaudes… Eh oui, nulle n’est parfaite, et il n’y a pas de destination idéale. Et Fleur de Sel est justement en route vers le sud, toujours le sud, histoire de changer.

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Pour l'assaisonnement, vous aurez l'embarras du choix. Quand on n'a plus de sirop d'érable ni de miel ou de confiture, du sucre et/ou de la canelle sont tout aussi délicieux. Sans oublier une noix de beurre, bien-sûr !
Les anglophones l’appellent French toast, les hispanophones Pan francés. On a parfois l’impression qu’ils pensent qu’en France c’est ainsi qu’on mange le pain. C’est peut-être plutôt que ce doit être une recette bien française. En tout état de cause, voici un plat qui rend le petit-déjeuner bien festif ! Avant une journée chargée, on a de quoi être calé. En plus c’est tout simple à faire, mais la vraie difficulté n’est pas là où on l’attend…

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Est-ce le goût relevé ou la farandole de couleur qui procure cette petite touche exotique ?
Parmi tous les féculents, la semoule de couscous est celle qui est prête le plus rapidement : mieux que les pâtes, que le riz et surtout que les pommes de terres. En l’assaisonnant de quelques légumes, on obtient un bon couscous qui vous réchauffe d’autant plus que les mers sont froides et que vous assaisonnez le tout de Harissa ! En plus, les carottes, les courgettes et les pois chiches se trouvent à peu près sous toutes les latitudes.

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Ils sont assez rigolos nos nouveaux voisins du Museu Oceanografico...
Le chenal qui mène à Rio Grande fait une longueur phénoménale. C’est le seul port de toute la longue côte (sablonneuse) de l’état de Rio Grande do Sul, mais également l’un des plus grands du pays. Le chenal nous fait donc passer devant les terminaux de containers, céréalier, des engrais, pétrolier, et pétrochimique avant de longer ensuite le port de pêche, pour enfin, tout au bout, atteindre le yacht-club, avant que la profondeur ne s’amenuise tant qu’il ne reste plus rien pour naviguer. C’est que le chenal en question joint aussi la Lagoa dos Patos à la mer. C’est la plus grande lagune d’Amérique du Sud, et elle fait quatre fois la superficie du Lac Léman ! Le marnage a beau être très faible, vu la surface du bassin, les courants sont très prononcés. Nous nous présentons donc au milieu de la marée montante en face des deux longues jetées qui s’étendent quelques kilomètres en mer pour constater avec surprise que le courant sort ! Nous revérifions l’horaire des marées, il est 10h30, la mer devrait être haute à 13h. Mais l’heure ici, ce n’est pas l’heure : apparemment, le courant est plutôt dicté par le vent que par la Lune.

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Vous en connaissez des mouillages abrités où il y a assez de vagues pour surfer ? Cherchez l'erreur...
Le 3 octobre, le vent du sud s’est enfin essoufflé, après un passage de front quelque peu venteux. Nous avons attendu encore un peu dans le mouillage reculé, mais très bien abrité, d’Ilha Cotia, et c’est à l’aube du 4 octobre que nous avons levé l’ancre. Au programme : la traversée en accordéon de la poche entre Rio et Florianopolis. C’est une grande baie de plus de 400 milles de long, mais qui n’a pas vraiment de nom. Tandis que ses deux extrémités, le Cabo Frio au nord-est et le Cabo Santa Marta au sud-ouest sont connues pour leur temps capricieux (mais quel grand cap ne l’est pas ?), le golfe lui-même est plutôt connu pour ses vents mous. Nous constatons d’ailleurs depuis plusieurs semaines qu’en cette saison c’est un lieu de prédilection pour la formation des dépressions qui vont ensuite balayer l’Atlantique Sud. Elles sont encore jeunes donc peu féroces, mais il va néanmoins nous falloir jouer à saute-mouton, ce qui explique l’accordéon.

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Les maisons de Paraty, blanches aux tours de portes colorés, font de la ville un petit joyau
Alors que nous attendions du vent, c’est par une belle pétole que nous avons rallié la Costa Verde, et c’est grâce au moteur que nous avons pu mouiller avant qu’il ne fasse noir. Ilha Grande, Angra dos Reis, Paraty, chacun y va de sa préférence pour désigner la baie dans laquelle nous nous sommes rendus, à 70 milles à l’ouest de Rio. Mais nous avons noté que les brésiliens parlent aussi de cette immense zone en la regroupant sous le vocable Costa Verde, ce qui semble très approprié. En effet, pas de doute possible, le vert est ici roi. Imaginez un dédale d’îles elles-mêmes entourées d’îlots, et de baies au fond desquelles se trouvent encore ici ou là de multiples criques (les sacos, alias culs-de-sac), le tout coiffé par la Mata Atlântica. C’est ainsi que s’appelle la forêt tropicale qui couvrait jadis tout le littoral, et qui est aujourd’hui réduite à 11% à peine de sa superficie de 1500, lorsque les Portugais ont découvert le Brésil… Mais sur la Costa Verde, dans la partie occidentale de l’état de Rio de Janeiro, on peut encore bien s’imaginer la vision qu’ont du avoir les premiers explorateurs. Des collines et des montagnes, tapissées d’arbres, d’arbustes, de buissons, d’herbes, qui ont en commun leur couleur émeraude, qui semble même déteindre sur l’eau, comme si la peinture de l’artiste avait coulé vers le bas du tableau.

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