Nous voici arrivés aux îles Lofoten, un petit monde en soi. Situées à quelque distance de la côte norvégienne proprement dites, nous comptons explorer l’archipel deux semaines environ, avant de continuer notre périple. Mais la petite traversée du Vestfjord, qui mène aux Lofoten en nous éloignant du continent est peut-être aussi l’occasion de prendre du recul sur notre parcours norvégien. Voici, au travers de notre petite lorgnette, et de façon totalement subjective, nos impressions sur la Norvège et les Norvégiens. Bien entendu, cela n’engage que nous, et n’a aucune prétention d’exactitude ou de véracité…

Nous sommes arrivés en Norvège au mois de juin. On y croisait très peu de bateaux de plaisance sur l’eau, tout comme en Ecosse l’été passé. Mais une fois le mois de juillet arrivé, tout a changé. Plus du tout comme en Ecosse : le skjærgård est régulièrement parcouru d’une horde de petits bateaux, des småtbåt. Certains sont des voiliers, souvent de grands bateaux de série suréquipés en électronique, avec grand-voile sur enrouleur et propulseur d’étrave. Mais il y a surtout des bateaux à moteur, aussi suréquipés. Les norvégiens les utilisent comme des camping-cars des mers, et sillonnent durant 4 semaines les milliers de kilomètres de côte de leur pays. L’accessoire le plus utile ici, plus encore que le chauffage, le traceur de carte et d’autres encore, c’est la capote intégrale. Elle permet d’isoler complètement le cockpit de l’extérieur et la plupart des bateaux en sont pourvus. Ces bateaux bougent de parking en parking, pardon de marina en marina, et viennent s’entasser à couple, à triple ou plus encore. La première aussière que l’on passe à terre est le câble électrique. Il y a bien aussi d’autres bateaux, de plus petits voiliers, souvent très robustes, beaucoup plus marins, et équipés de manière à affronter du vent plus musclé. Ceux-là relâchent de temps en temps dans un port — tout comme nous — mais le reste du temps, ils préfèrent sans doute — comme nous aussi — se mettre au mouillage. Mais on ne les voit que rarement, les mouillages étant tellement nombreux qu’on y trouve rarement un autre bateau.

Les norvégiens sont très fiers de leur pays, et ce dans un sens pas du tout négatif. Ils le montrent notamment au travers de leur attachement au drapeau. Chaque maison ou presque possède un mât blanc dans son jardin, afin de faire flotter au vent une flamme rouge avec une rayure centrale bleue bordée de blanc, les couleurs nationales. La flamme est hissée quand la maison est occupée, et il y a tellement de maisons secondaires éparpillées ça et là, qu’au moins on sait si le propriétaire est présent ou non. Quant aux bateaux, le pavillon national est pratiquement une voile à part entière tellement il peut être grand ! Notre pavillon français taille standard pour la France fait un peu mouchoir de poche en comparaison… Enfin, on l’oublie parfois, la Norvège est un grand pays. Peu peuplée (moins de 5 millions d’habitants), mais énorme : du nord au sud du pays, il y a aussi long que d’Oslo à Monaco.

Due à des siècles de dédain et de domination de la part des puissances danoises et suédoises ayant contrôlé la Norvège, cette fierté nationale explique que la Norvège n’ait aucunement l’intention de faire partie de l’Union Européenne, à laquelle ont adhéré Danemark et Suède. Le pays est au contraire plus proche des Etats-Unis, notamment par le biais de l’OTAN (la Norvège touche la Russie, rappelons-le). Mais on nous a expliqué que les liens américains de la Norvège ont aussi une explication plus ancienne : la Norvège, un peu comme l’Irlande, a contribué un tiers de sa population à l’immigration américaine au XIX° siècle. Ces migrants sont particulièrement nombreux dans le nord du Midwest, et autour de Chicago. Tout Norvégien de moins de 60 ans parle d’ailleurs anglais. Et les rares qui disent ne pas le parler le parlent finalement mieux qu’un Allemand disant le parler…

Cette relation particulière aux USA explique peut-être l’évolution de la cuisine norvégienne. Traditionnellement simple, et fortement basée sur le poisson (évidemment), la gastronomie norvégienne l’est toujours. Mais la place des surgelés (il y a très peu de conserves), et surtout des plats préparés est impressionnante. Quant au mélange des cultures, c’est assez drôle : dans le plus petit magasin d’une île reculée, et pour autant que le magasin en question soit ouvert, il est possible de trouver de quoi faire des tacos mexicains… La pizza, elle, est le plat national, oui oui ! On trouve toutes sortes de garnitures à pizza préfaites, qu’il suffit d’étaler sur une pâte à pizza congelée. Mais le summum, c’est lorsqu’au restaurant, on vous propose pour accompagner votre pizza un « garlic dip ». J’espère n’avoir entraîné aucune syncope chez les Italiens en écrivant cela. Cela dit ce n’est pas pire que les britanniques qui vous servent des frites comme accompagnement aux spaghetti.

L’image du scandinave très proche de la nature, écologique et soucieux de préserver son cadre de vie en évitant la consommation de masse et en travaillant le consensus pourrait sembler écornée par ces propos. Cela dit, il faut se rendre à l’évidence, le passe-temps préféré de ces marins, même à moteur, est la pêche. Que ce soit pendant leurs vacances ou le soir après le travail, on les voit à plusieurs sur leurs canots, souvent non loin d’un haut-fond, à jouer de leur canne-à-pêche. Bien que ce ne soit pas la saison de prédilection pour le cabillaud, on en voit certains le soir détacher les filets de dizaines de poissons. On peut imaginer qu’à l’intérieur des terres, ils sont certainement nombreux à faire de même dans les cours d’eaux du pays, où le saumon fait sans doute leur bonheur. Pour notre part, la pêche n’a vraiment pas été fructueuse, la traîne ne fonctionnant pas bien ici : un seul poisson pêché en un mois. Ca n’aide pas à diminuer les coûts de l’alimentation !

Car tout ici est cher, parfois modérément, d’autres fois plus franchement. Mais plus que le prix de certaines choses, c’est peut-être le fait qu’il faille payer pour tout qui frappe, encore que ce soit souvent le cas dans d’autres pays également : point de toilettes publiques gratuites ici. Mais indubitablement le niveau de vie est très élevé, même quand on a été habitué à vivre en Suisse. Car la Norvège a de l’argent, beaucoup d’argent, énormément d’argent, et encore pour un moment. Tout cela principalement grâce à son pétrole, mais aussi grâce à sa culture économique dans tous les sens du terme. L’or noir a insufflé dans l’économie norvégienne des revenus importants, que les Norvégiens ont su gérer, conserver, utiliser à bon escient, et faire fructifier. C’est l’état d’esprit des paysans et marins, habitué aux coups durs d’une vie rude, qui a évité de dilapider inutilement l’argent gagné, préférant le garder pour l’avenir. La culture protestante luthérienne contribue également au fait de savoir à la fois bien gérer ses avoirs, et de se priver de ce qui est futile et frivole.

Mais on sent qu’aujourd’hui le vent pourrait tourner. Les jeunes générations, surtout abreuvées de films et de séries américaines souhaiteraient pouvoir dépenser leur argent un peu plus librement, baisser les impôts, et vivre sur les acquis. L’argent du pétrole continue de rentrer, certes, et on peut voir aussi bien au large que tout au long de la côte les emplois que cela crée. Chaque petite ville abrite un chantier naval, auquel on voit amarré un ou plusieurs énormes remorqueurs, et l’on devine aussi bien l’activité que le talent maritime de ce peuple. Mais on voit aussi combien ça construit partout : ponts et tunnels pour relier des îles qu’il ne serait autrement plus rentable d’habiter et de ravitailler. Marinas pour abriter les fameux bateaux à moteurs rutilants dans des coins qu’on aurait pensés sauvages. Sans parler de supermarchés, d’aéroports, d’arrêts de ferry rapides, etc.

Bref, c’est un beau pays, et il faut le mériter au niveau navigation car comme le dit très bien notre guide : « The most obvious difference between Northern and Southern Norway is that the North is much farther away ! » Mais il ne faut pas s’attendre à atteindre le bout du monde, du moins pas avant d’arriver au Cap Nord, sur lequel nous ferons l’impasse. Car c’est un pays hyper développé, compte-tenu de l’environnement hostile fait de mer et de montagnes. Quant aux Norvégiens dans tout ça ? On pourrait au premier abord penser qu’ils semblent nous ignorer. Mais il doit y avoir un certain mélange de timidité et de laisser faire. Car quand on a besoin d’aide, ils trouvent toujours le moyen de nous aiguiller, de nous aider ou tout au moins de nous répondre. Certes, quand c’est les vacances, c’est les vacances, et c’est sacré. Là, il n’y a plus personne. Mais on devine que leur pause estivale leur permet de tenir tout le long hiver rigoureux. Et globalement, nous avons trouvé beaucoup de monde très serviable, et aucun désagréable. Ca change d’autres endroits, où l’eau est plus chaude, mais où les gens nous ont beaucoup moins séduit — telle la Croatie, pour ne pas la mentionner…

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