Vue panoramique sur Ålesund, avec Runde tout au fond

Vue panoramique sur Ålesund, avec Runde tout au fond

Fleur de Sel est arrivée amoindrie à Ålesund, tant bien que mal, lâchée par le vent, évanoui suite à un anticyclone puissant ayant transformé la Mer de Norvège en Lac Léman, et surtout lâchée par son moteur. 2 nœuds maximum, ce fut laborieux d’atteindre Ålesund en boitillant. Tant bien que mal, nous sommes pourtant rentrés dans Brosundet, le vieux port de la ville, établi entre deux îles reliées par un pont bas. Très joli au demeurant, mais l’heure n’était pas pour nous à l’admiration, puisque nous étions sous haute tension. Pas de vent, certes, mais il fallait s’amarrer sans causer de dégâts, avec un moteur qui ne permet que de très faibles régimes. Autant dire pas de marche arrière pour Fleur de Sel qui se sent relativement autonome dans cette direction. Le port est relativement encombré, et les amarrages se font donc à couples (c’est à dire sur un autre bateau, lui-même amarré au quai, ou à encore un autre bateau…) Bonne opération, nous réussissons à accoster sans mal, c’est déjà une bonne chose.

Mais c’est maintenant un gros travail qui nous attend, puisque tous les mécaniciens, chantiers navals, etc. que nous avons joint par téléphone, sur recommandation de l’office de tourisme ou autre, semblent débordés. Certains nous disent pas avant un mois, d’autres réduisent l’attente minimum à une semaine. Mais aussi belle soit la ville (que nous ne prenons pas encore le temps de visiter), nous ne souhaitons pas nous éterniser ici. Déjà ça coûte cher, la place de port par nuit n’étant pas donnée, mais en plus nous souhaitons si possible remettre Fleur de Sel en état de marche pour monter jusqu’aux Lofoten. Sans moteur, il nous faudra abandonner cette idée, ou plutôt ce rêve… Nous sommes évidemment vendredi soir, veille de week-end (les ennuis mécaniques arrivent toujours un vendredi !), mais en plus c’est le début des grandes vacances et les gens semblent plus avoir la tête à fêter l’arrivée de l’été qu’à aider un pauvre bateau français.

Reinhold et Nicolas au travail

Reinhold et Nicolas au travail

Nous le vérifierons d’ailleurs quelques heures plus tard, le port ayant continué à se rempir. Les bateaux sont maintenant amarrés 6 ou 7 à couple les uns des autres ! Notre voisin, arrivé un peu après nous, s’appelle Delight et vient des Pays-Bas (Nieuwendam). Son skipper, Franz, est relativement loquace, et nous discutons un peu. Il prévoit de repartir bientôt directement pour Amsterdam, et attend encore quelques équipiers qui devraient arriver pendant le week-end. Il semble bien s’y connaître en mécanique marine, et nous prodigue quelques conseils quant à notre problème, et dès samedi matin nous nous mettons en quête des pièces qu’il nous faut.

Désillusion quelques heures plus tard, pas possible de réparer en glissant quelques plaques de cuivre entre l’arbre et la pièce d’accouplement. Ca ne passe pas comme ça. Il faudra sans doute percer l’arbre d’hélice pour le boulonner directement. Mais voilà, Reinhold, équipier allemand de Franz et ingénieur en machinerie est arrivé entre temps, et les deux compères se mettent en tête de résoudre notre problème : « Then, I think I need to help you ! » Pas moins d’une journée de travail pour Reinhold, ainsi que quelques heures également pour Francis, à enlever la pièce d’accouplement, la nettoyer, la limer, préparer de petites cales en cuivre, repérer un boulon dans l’arbre, l’enlever, préparer le trou à la perceuse, et remonter l’ensemble. Bref, un monstrueux travail, surtout si l’on tient compte du fait que c’est effectué les mains dans la graisse, tête en bas, dans la cale moteur… En plus nous discutons dans un mélange d’allemand et d’anglais technique, c’est un bon exercice !

“Tu crois qu’il est toujours vivant ?” :-)

“Tu crois qu’il est toujours vivant ?” :-)

A la fin de cette superbe journée (grand soleil et chaleur à près de 30°, l’anticyclone semble bien installé et Heidi se demande face au baromètre : « Tu crois qu’il est toujours vivant ? »), c’est-à-dire vers 21h30 alors que le soleil commence doucement à décliner, lancement du moteur. Ca semble bien marcher ! Bien évidemment, le vrai test se fera à la longue, mais nous sommes nettement plus optimistes maintenant. Tout y est pour que ça marche. Nous devrons, certes, remplacer l’arbre d’hélice et l’accouplement une fois revenus en France, car cette solution ne peut être que provisoire. Mais nous pouvons tenter de continuer notre chemin vers les Lofoten, et ça c’est bon pour le moral !

Art Nouveau à Ålesund

Art Nouveau à Ålesund

Avant même d’avoir pu vraiment admirer l’architecture Art Nouveau qui fait la renommée d’Ålesund, et qui fait d’elle la ville la plus belle et la plus magique de Norvège, une autre magie semble nous avoir frappé. Hollandaise, celle-là, ou plutôt sans frontière puisque c’est l’entraide entre gens de mer, légendaire mais toujours surprenante quand c’est à votre bénéfice qu’elle se manifeste. Les aventures vont donc continuer, tout au moins nous l’espérons, et nous nous réjouissons de vous raconter prochainement la suite (selon les accès possibles à Internet, et inutile de de dire que dans les îles reculées les accès publics sont inexistants).

3 commentaires

  1. tibob écrit :

    Je ne ferai qu’un seul commentaire, en Allemand : « Auf deutchen Mechanikern ist verlaß! »
    Félicitation pour votre réparation de fortune, et maintenant bon vent pour les Lofoten !
    PS : Le passage de Stadhavet sans moteur n’a pas été trop stressant, avec le courant ?

    1 juillet 2009, 23 h 04 min
  2. Jeannot écrit :

    Merci à la solidarité maritime !

    Profitez bien d’Alesund, j’ai de jolis souvenirs de cette ville.

    Bonne montée vers les Lofoten, îles magiques et splendides.

    2 juillet 2009, 9 h 38 min
  3. Nicolas écrit :

    Eh si, Statt n’a pas été évident à passer, comme on peut le voir sur le tracé au nombreux virements de bords… On s’est bien fait secouer malgré le calme plat avant et après. Ce cap génère son propre vent et sa propre mer, et sans moteur c’était une sécurité en moins. Mais bon, il fallait bien faire avec ! Et heureusement c’est passé…

    Nicolas

    6 juillet 2009, 17 h 18 min

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