Opportunément située, à mi-chemin à peu près entre les Orkney et les Shetland, une haute silhouette se profile déjà sur l’horizon avant même d’avoir dépassé North Ronaldsay, la plus septentrionale des Orkney. Il s’agit de Fair Isle, que l’on pourrait traduire en français par Belle-Ile. Comme toute belle, elle se fait pourtant désirer en mettant le vent de son côté, c’est-à-dire de face pour nous. C’est donc après de difficiles négociations au près que nous approchons enfin, ayant mis dans notre poche un allié ponctuel et nettement plus prévisible que le vent : le courant. Le vent essaye donc un dernier coup en nous envoyant un grain, qui bien que allègrement maniable, crée quand même pas mal de remous.

Il faut dire que la chaîne d’îles qui prolonge l’Ecosse au nord-est (les Northern Isles comme on les appelle dans leur ensemble) constitue un formidable frein à l’onde de marée qui vient de l’Atlantique et passe ici pour s’engouffrer en Mer du Nord. Comme toujours avec l’eau, quand on met des obstacles sur le passage, elle accélère, et toutes ces îles, des Orkney aux Shetland, sont parcourues par des courants parfois violents, que l’on surnomme localement Rost, Roost ou encore Röst dans un anglais mêlé de vieux norrois (eh oui, nous sommes déjà quelque peu en terre viking). Sachant en plus que le vent lorsqu’il s’oppose au courant peut lever une mer très courte, désagréable, difficile voire très dangereuse, on comprend sans peine que la réputation de ces tapis roulant version machine à laver n’est plus à faire !

Mais voilà, nous avons réussi à rentrer à South Harbour, qui loin d’être un port n’est qu’une petite baie à peu près protégée, parsemée d’écueils, et dans laquelle il n’est pas recommandé de mouiller. Mais le vent persistant au nord-est, North Harbour ne nous parait pas opportun si l’on veut essayer de dormir à peu près calmement. Le lendemain, après une longue séquence bricolage destinée à remettre dans le droit chemin le moteur hors-bord récalcitrant après l’hiver, nous voilà d’attaque pour arpenter l’île, que nous découvrons colline après colline, chemin après chemin.

Macareux moine à Fair Isle

Macareux moine à Fair Isle

On y découvre quelques enclos des pierre, pas mal de maisons (enfin… tout est relatif, les habitants ne sont que 70 !), beaucoup de moutons, de lapins et surtout d’oiseaux. Depuis les années 50, l’île est une réserve naturelle, et l’on peut y observer de nombreuses espèces lors des périodes de migrations et de nidification. Nous nous contenterons de nos premiers macareux, que nous irons chercher, les objectifs photo à l’affût, au bord d’une falaise. C’est là qu’ils nichent, dans des terriers ! Peu farouches, tous bonhommes, un peu maladroits, ils sont très drôles et terriblement photogéniques.

A l’inverse, nous avons bien croisé quelques personnes, des ornithologues avec téléobjectifs surtout. Mais pour ce qui est des habitants, on en a aperçu de loin, mais le temps qu’on s’approche et ils avaient disparu ailleurs. Heidi trouve que ça donne à l’île un petit air de Myst, le fameux jeu sur ordinateur où l’on doit résoudre des énigmes. Mystique, ça c’est sûr qu’elle l’est, cette île !

Le lendemain, après un bon repos, et toujours avec un beau temps alternant de temps en temps avec une averse, nous quittons notre mouillage après avoir soigneusement calculé les marées et les courants pour la petite traversée vers les Shetland. Il fait beau, tout va bien, mais si l’on surnomme ce passage The Hole, c’est bien pour nous rappeler qu’il ne doit pas tous les jours être tout plat !

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