A l’arrivée à Kirkwall, lorsque nous avons retrouvé Fleur de Sel, il nous a fallu faire à la fois peu et beaucoup. Peu tout d’abord, puisque nous avons retrouvé le bateau dans un très bon état : bien sec à l’intérieur, le linge pas moisi du tout, et le tout bien amarré. Mais nous le savions, pour remettre en route Fleur de Sel, il fallait cependant pas mal de boulot. Et ce malgré l’ange gardien de Fleur de Sel, Mike, qui a veillé sur elle tout l’hiver.

Voici un inventaire des tâches à accomplir avant d’avoir le droit de prendre la mer…

  • réceptionner les colis postés de chez nous et qui contenaient nos effets, qui pesaient trop lourd pour être embarqué dans l’avion;
  • réceptionner également les commandes de matériel effectuées en prévision de cet été;
  • trouver les cartes marines des Shetland et des Féroés que des locaux consentaient à nous prêter, de manière fort sympathique vous en conviendrez;
  • compléter l’avitaillement en vue tout au moins des premières semaines de croisière, avec des produits que nous ne sommes pas certains de trouver en Norvège;
  • vérifier le bon fonctionnement du moteur in-bord et du moteur hors-bord;
  • regréer les voiles, qui avaient été soigneusement rangées à la fin de l’été dernier, histoire qu’elles ne restent pas à subir les intempéries dehors;
  • faire le plein d’eau (notre réservoir peut contenir 450 L);
  • faire aussi le plein de gasoil, non pas pour le moteur, nous avions fait cela avant d’hiverner, mais pour le poêle du carré;
  • fabriquer et fixer des rideaux pour obscurcir les nombreux hublots, en prévision des nuits très courtes sous les hautes latitudes;
  • installer quelques appareils ou pièces achetés cet hiver (comme notre baromètre électronique, notre combiné déporté de VHF, notre pièce de rechange sur le régulateur d’allure ou encore nos nouvelles pales d’éolienne censées être plus silencieuses)
  • sortir et ranger tout plein d’affaires qui dans le premiers jours ont contitué un certain vrac artistique dans le bateau;
  • et enfin caréner le bateau (nettoyer la coque des algues qui ont poussé pendant l’hiver), ce qui n’est pas la moindre des affaires.
Heidi en plein carénage dynamique

Heidi en plein carénage dynamique

Pour ce faire, nous avons donc tiré parti des marées afin de venir poser le bateau au sec. Pour se donner du courage avant cette étape, Heidi a évité le thé « nuit calme » et sélectionné à la place le parfum « Carénage dynamique ». Nous sommes ensuite venus nous amarrer sur le grill de carénage à marée haute (9h du matin), puis on a attendu que ça baisse (c’est la partie relax…). Dès midi nous avons pu travailler d’arrache-pied au nettoyage des oeuvres vives (la partie normalement immergée de la coque). En 4 bonnes heures, c’était fait, grâce surtout au nettoyeur pression grâcieusement prêté par Mike. Autrement il aurait fallu y aller à la spatule et au balais brosse, une tâche autrement plus ardue. Après cette après-midi en bottes à tourner autour de la coque sous toutes ses coutures, Heidi est fière de vous proposer la 2ème création du jour, « Brise de mollusque ». Tout de qu’il vous faut pour sentir la marée basse…

Nicolas à l'oeuvre en tête de mât

Nicolas à l’oeuvre en tête de mât

Bon, les choses allaient vraiment trop bien, et il a bien fallu que viennent s’ajouter quelques petites contrariétés inévitables lors d’un hivernage sous des latitudes rigoureuses. La girouette en tête de mât s’est envolée, sans doute lors d’un coup de vent trop costaud pour elle, et qui a eu raison également du support notre antenne VHF. Il s’agit de notre principal moyen de communication par radio, nous y reviendrons, et c’est donc embêtant, d’autant qu’elle pendouillait lamentablement du haut du mât. Enfin, le plus terrible à la fois pour l’autonomie énergétique cet été et pour le budget, nous nous en sommes rendus compte au bout de 2 jours : le plus grand de nos deux panneaux solaires s’était lui aussi envolé, sans doute pour la même raison. Cela a valu à Nicolas deux expéditions en tête de mât (c’est vraiment la partie qu’il adooore… NOT!), histoire d’aller inspecter le tout, puis après réflexion et préparation des outils nécessaires de panser les plaies histoire de pouvoir au moins naviguer. Tant pis pour la girouette, cela aiguisera notre sens marin, mais nous nous sommes résolus à fixer l’antenne VHF le long du pataras (l’un des câbles qui tient le mât). Cela permet à la VHF de fonctionner à peu près, et surtout évite au câble de s’user avec l’antenne qui se dandine. On verra après pour retrouver l’équerre cassée (qui coûte 8 vulgaires euros, mais introuvable aux Orkney).

Inévitablement, certaines tâches moins prioritaires ont fini par passer à la trappe (enfin… elles sont repoussées à plus tard), afin de PARTIR ! Après plusieurs jours d’une très fraîche brise du nord-est (gla gla gla), une fenêtre météo s’est ouverte. Et puis une semaine pour remettre en route le bateau c’était notre objectif, donc nous avons fini par larguer les amarres. Nous voici donc à faire un bon tour dans l’archipel des Orkney : 40 milles, tout de même ! Nous exerçons nos calculs de marée afin de ne pas louper le coche, puisque les courants sont violents. Nous pourrons nous en rendre compte dans le Westray Firth, où notre vitesse double, de 4 à 8 noeuds ! Puis nous contournerons Noup Head et ses falaises remplies d’oiseaux. Les photographes en plancton (c’est l’équivalent de l’herbe sur l’eau…) se lâchent sur les fous de bassan, les fulmars boréals, les guillemots et autres volatiles. Puis nous irons passer notre première nuit à l’ancre à Papa Westray, avant d’entammer la traversée du lendemain vers Fair Isle, en passant tous proches de North Ronaldsay, la dernière des Orkney tout au nord-est. Adieu archipel de pâturages au milieu de l’eau. Adieu les douces collines verdoyantes et lumineuses sous le ciel du nord. Au sud on apercevait The Sooth (l’Ecosse « continentale »), au nord c’est déjà la mer ouverte.

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