En tant que citoyen d’un pays d’Europe occidentale, se rendre aux USA est (presque) un jeu d’enfant. Mais à la voile il en est autrement qu’en avion, et si vous comptez vous rendre sur l’un des territoires américains, vous avez tout intérêt à anticiper au maximum !

Il faut tout d’abord savoir que votre bateau et vous-même faites l’objet de formalités distinctes, comme dans la plupart des pays (clearance pour le bateau, immigration pour vous-même). Et ce n’est pas votre bateau qui posera problème, mais bien vous-même, et nous parlerons donc ici uniquement de la procédure pour obtenir un visa.

Les ressortissants de plusieurs pays (notamment européens) venant aux USA pour faire du tourisme bénéficient d’un régime spécial (Visa Waiver Program), qui dispense d’un visa sous certaines conditions. L’une d’entre elle est de se présenter à la frontière par le biais d’une société de transports commerciale reconnue par les USA. Ce qui exclut de facto votre voilier personnel ! Il vous faut donc faire comme tout le monde, plutôt que de profiter des passe-droits officiels que nous octroie dans sa grande mansuétude l’administration américaine !

Pour ceux qui ne naviguent que dans les Caraïbes, je crois savoir qu’il existe bien certaines « combines » tout à fait tolérées par les autorités US des îles Vierges et de Puerto Rico, à savoir de laisser son bateau au mouillage aux BVI et d’obtenir son visa en traversant en ferry vers les USVI. Sauf erreur de ma part, l’inconvénient de cette méthode est que la validité du visa en question (obtenu selon le régime d’exception Visa Waiver Program) est donc limitée à 90 jours.

Territoires américains doutre-mer (© Wikimedia Commons, GNU Free Documentation License)

Territoires américains d'outre-mer (© Wikimedia Commons, GNU Free Documentation License)

Pour ceux qui souhaitent aborder dans d’autres territoires américains et/ou qui souhaiteraient rester plus longtemps, il faut procéder autrement. De plus, il est bien précisé qu’il est beaucoup plus difficile d’obtenir un visa ailleurs que dans son pays de résidence. Nous avons donc d’ores et déjà demandé à l’avance un visa touristique longue durée, valable partout aux Etats-Unis. Voici ce qu’il nous a fallu faire.

  • Tout d’abord bien étudier les sites officiels traitants du sujet, à savoir le site de l’ambassade américaine en France, en Belgique ou pour nous celui de l’ambassade américaine en Suisse (avec résumé en français).
  • Appeler les services de l’ambassade pour convenir d’un rendez-vous personnel. Il s’agit d’un numéro fortement surtaxé, mais c’est à considérer comme le premier des deux paiements à faire. Lors de cet appel, on convient d’un rendez-vous pour plusieurs membres de la même famille, ce qui limite déjà les frais. Il y a souvent un délai de quelques jours à quelques semaines avant la prochaine date libre.
  • Il faut maintenant payer une deuxième fois, selon les modalités décrites sur le site (via Internet, ou à la poste, etc.). Il s’agit des frais de dossier, et ceux-ci ne seront pas remboursés si la demande de visa est refusée. Bien s’assurer d’avoir un récépissé pour prouver que le paiement a été effectué.
  • Une fois le rendez-vous fixé, il faut rassembler les documents nécessaires au dossier. Une liste minimum est précisée sur les différents sites, à savoir principalement un passeport valide, une photo d’identité (attention, les critères sont très stricts, il faut faire faire une photo exprès), les formulaires adéquats (bien noter qu’il y en a un de plus pour les hommes, sur lequel il faut détailler tous les pays visités dans les 10 dernières années !), et enfin la preuve du paiement des frais de traitement (voir ci-dessus).
  • En dernier lieu, et c’est là que les recommandations sont les plus vagues, il faut également apporter tout document qui prouve que vous êtes financièrement autonomes et que vous n’avez pas l’intention d’immigrer. Cela nous semblait difficile à démontrer, compte tenu de notre projet qui nous voit couper beaucoup d’attaches. Nous avons donc préparé un mini dossier pour présenter notre voyage : parcours prévu, territoires américains que nous serions susceptibles de visiter, présentation et preuve de propriété de notre bateau, mais aussi budget indicatif, ressources financières disponibles, et tout indice de maintien du centre des intérêts économiques son pays (dans notre cas, caisse de pension, mais le cas échéant propriété immobilière aussi, etc). Cependant, et nous le verrons, ce dossier que nous avions peaufiné n’a servi à rien !
  • Nous nous sommes ensuite présentés le jour convenu, bien en avance. Attention, il est bien spécifié qu’il est impossible de rentrer dans l’ambassade de Berne avec un sac à dos, et nous avons donc laissé le notre à la consigne de la gare. Ce qui était moins évident c’est qu’en fait aucun sac n’est autorisé. Pour l’anecdote, nous avons récupéré le sac à main d’Heidi après l’avoir laissé vide dans une poubelle de rue le temps des formalités !
  • Les formalités en elle-même sont simples : vérification du paiement des frais de dossier, du remplissage correct des formulaires (c’est important !), de l’affranchissement suffisant de l’enveloppe retour (en recommandé), et ensuite attente qu’on nous appelle au guichet pour l’interview. Et c’était la bonne surprise, puisque nous nous attendions à devoir présenter notre cas, à étayer à l’aide de notre dossier, de tous nos relevés de compte, etc. L’échange fut bref : «–So… this is a sailing expedition… –Yes. –OK, you’ll be receiving your visa within a few days.» Même pas le temps de préciser que nous souhaitions un visa valable plusieurs années et pour des entrées multiples. Le dossier était clos, dûment tamponné, et notre visa allait nous parvenir sous quelques jours. Et nous nous sentions à la fois contents d’avoir obtenu ce que nous voulions et déçus de ne même pas pouvoir plaider notre cause !

Il ne nous reste maintenant plus qu’à nous présenter aux Etats-Unis, histoire de voir si ça marche ! Les formalités d’entrée sont parait-il relativement faciles et bien organisées, mais c’est une autre histoire, qui viendra en son temps.

Si votre expérience n’est pas conforme à ce que j’ai décrit, merci de me l’indiquer. Ca permettra à tous de mieux s’y retrouver dans ces formalités ! Vous trouverez aussi plus d’informations sur cet article STW, et bien-sûr sur le site de référence en la matière : Noonsite.

2 commentaires

  1. tibob écrit :

    Quand on arrive aux USA en avion, il faut jeter toute denrée, plante etc. Comment ça se passe en voilier ? Tu jettes tes réserves par dessus bord à l’arrivée ? (c’est pas très écolo)

    Ah et puis heureusement que vous avez fait vos démarches en Suisse : les poubelles y sont propres ;-)

    1 avril 2009, 20 h 11 min
  2. Nicolas écrit :

    Le temps d’arriver aux USA à la voile, normalement il ne reste plus grand chose de frais. Mais apparemment, selon http://www.noonsite.com/Countries/USA/?rc=Formalities il faut s’attendre à une Agricultural Inspection à l’arrivée avec confiscation des denrées non autorisées. Pas très écolo, c’est sûr, mais en plus je doute que la seule motivation soit d’ordre écologique. L’Australie est connue pour faire la même chose, mais elle confisque également toute boite de conserve (y compris celles achetées dans les îles du Pacifique, qui proviennent le plus souvent d’Australie !) Le but recherché avec ces règles est simple : qu’il te soit impossible de faire avec des vivres achetés auparavant (à des prix corrects pour l’acheteur) et que tu soies obligé d’aller faire un tour dans leurs supermarchés (à des prix nettement plus sympatiques… pour les vendeurs !)

    3 avril 2009, 16 h 55 min

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